IZANAGI & IZANAMI

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Couple démiurge de la cosmogonie japonaise, Izanagi et sa sœur-épouse Izanami, descendants des divinités primordiales asexuées, engendrent, selon le Kojiki et le Nihon shoki, la multitude des kami du Ciel et de la Terre. Les îles du Japon elles-mêmes sont leur création, mais aussi et surtout Amaterasu ō-mi-kami (le soleil), Tsuki-yomi-no-mikoto (la lune) et Susa-no-o-no-mikoto (le typhon). Leur légende est tout d'abord une longue énumération de ces naissances ou créations. Elle s'achève toutefois par un récit qui mérite une attention toute particulière, parce qu'elle rappelle de très près le mythe d'Orphée.

Izanami, brûlée à mort en donnant naissance au dieu du feu, descend dans le « Royaume des ténèbres » (Yomi no kuni). Izanagi, inconsolable, descend dans ces enfers pour en ramener son épouse. Elle lui promet de le suivre, bien qu'elle ait déjà goûté à la nourriture du « foyer des ténèbres », si les dieux de Yomi l'y autorisent et à la condition qu'il ne la regarde pas avant le retour. Comme elle tarde à revenir, Izanagi, d'une dent de son peigne, se fait une torche et entre dans le palais. Il y trouve un cadavre en décomposition d'où naissent les « huit tonnerres » qui s'élancent à sa poursuite. Il leur échappe à grand-peine et, revenu sur terre, il obstrue la caverne qui mène aux enfers, coupant ainsi définitivement la voie qui relie les mondes des vivants et des morts. Puis il procède à de minutieuses ablutions pour se laver des souillures contractées dans ce « pays impur », et de chaque pièce de son vêtement, de chaque partie de son corps naissent des divinités nouvelles ; de son œil gauche naît le soleil, du droit la lune. Sans qu'un culte distinct leur fût jamais rendu, si ce n'est dans une chapelle d'Ise, les dieux créateurs, comme d'autres kami du Kojiki, paraissent avoir été assimilés très tôt à telles ou telles divinités locales du shintō populaire et, dans les campagnes plus particulièrement, aux dieux de la fécondité. C'est le cas des dieux des chemins, les dōsō-jin, dont l'origine est peut-être chinoise et dont les statues grossières que l'on trouve le long des routes représentent un couple étroitement enlacé. De même « le vieux et la vieille », personnages masqués dont la mimique obscène est l'un des éléments obligés de la plupart des fêtes saisonnières villageoises, passent en bien des endroits pour reproduire et perpétuer le geste procréateur du premier couple de l'univers, geste dont l'imitation a depuis lors assuré la fécondité et la prospérité des hommes, des animaux et des plantes.

—  René SIEFFERT

Écrit par :

  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales

Classification


Autres références

«  IZANAGI & IZANAMI  » est également traité dans :

AMATERASU-Ō-MI-KAMI

  • Écrit par 
  • René SIEFFERT
  •  • 863 mots

Épithète du Soleil dans la mythologie japonaise (R. Sieffert, Les Religions du Japon , Paris, 1968), Amaterasu ō-mi-kami est la « grande auguste divinité qui luit au ciel ». Les chroniques du viii e siècle, Kojiki et Nihon-shoki , en font une divinité féminine, souveraine de la Plaine du Haut-Ciel (Takama-ga hara) et ancêtre de la dynastie. Selon le Kojiki , elle naquit de l'œil gauche d'Izanagi […] Lire la suite

SHINTŌ

  • Écrit par 
  • René SIEFFERT
  •  • 6 597 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Le shintō archaïque »  : […] Selon la Chronique du Japon ( Nihon shoki , 720), le bouddhisme serait parvenu au Japon, ou du moins à la cour, à une date relativement tardive, l'an 13 du règne de l'empereur Kimmei (552). Le prince régent Shōtoku-taishi (572-621) en fit, un demi-siècle plus tard, la religion de l'État. Ses raisons étaient politiques autant que religieuses, car, s'il fut le premier des grands saints bouddhistes […] Lire la suite

Pour citer l’article

René SIEFFERT, « IZANAGI & IZANAMI », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/izanagi-et-izanami/