SVEVO ITALO (1861-1928)

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Svevo est, avec Pirandello, le seul prosateur italien moderne dont l'œuvre ait une résonance européenne. Il figure, aux côtés de Joyce et de Proust, parmi les plus grands romanciers contemporains. Ami du premier, qui l'admirait et le fit découvrir, en France, à Benjamin Crémieux et à Valery Larbaud, révélé aux Italiens par le poète Eugenio Montale, traduit en plusieurs langues, Svevo, en dépit d'une reconnaissance posthume de principe, reste un romancier, sinon méconnu, du moins peu lu. Auteur plus cosmopolite qu'italien par sa culture et par l'universalité de sa vision, écrivant dans une langue qui n'est pas la sienne et que ses compatriotes jugeront avec sévérité parce qu'elle était exempte des fioritures rhétoriques chères à leur tradition, ce Triestin n'avait en effet rien pour plaire en son pays ; mais, fait plus étonnant, même à l'étranger où la critique l'exalta, le plaçant parfois au-dessus de Proust dont on l'a rapproché arbitrairement, il n'a pas obtenu la consécration qu'a reçue, il est vrai grâce à son théâtre, un autre grand méconnu dans sa patrie, Pirandello.

Italo Svevo

Photographie : Italo Svevo

L'écrivain italien Italo Svevo (1861-1928) est l'auteur de La Conscience de Zeno (1923), un roman d'une grande originalité mêlant fiction et psychanalyse, cultivant bien des affinités avec l'œuvre de Marcel Proust ou de James Joyce. 

Crédits : Umberto Veruda/ Mondadori/ Getty Images

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Bourgeois cossu ou rêveur impénitent ?

Italo Svevo, de son vrai nom Ettore Schmitz, est né à Trieste d'une mère italienne et d'un commerçant juif d'origine rhénane, dans une de ces familles d'irrédentistes farouchement attachés à l'Italie. Le patronyme d'Italo Svevo (c'est-à-dire Souabe), que très tôt il se choisit, révèle assez l'ambiguïté de sa situation : patriote italien de sentiment, Triestin de langue, Allemand de culture (enfant, on l'envoya avec ses frères au collège en Bavière, pour parfaire ses connaissances dans la langue de Goethe, qu'il rejeta d'ailleurs, non sans qu'elle laissât des traces indélébiles sur son œuvre).

Ses parents ruinés, il dut s'employer dans une banque, expérience qu'il transposa dans son premier roman Une vie (Una vita, 1892). Le succès d'estime obtenu par le livre, d'un genre inconnu dans la littérature italienne, qui combine le roman d'analyse à la manière des romantiques à un naturalisme ironique et impitoyable, l'incita à continuer dans cette voie, et cinq ans plus tard il publie Sénilité (Senilità). Mais cet ouvrage, d'une profondeur et d'une cruauté d'analyse insolites voire choquantes pour son époque, tomba dans l'indifférence générale. Son troisième grand roman La Conscience de Zeno (La Coscienza di Zeno), première tentative d'application au roman des théories psychanalytiques (rapports entre père et fils, interprétation des rêves, par exemple), parut, après un silence de vingt-cinq ans, à compte d'auteur.

Entre-temps, Ettore Schmitz s'était établi : marié, père de famille, il a quitté la banque pour l'usine et occupe un poste dirigeant dans l'entreprise de vernis « sous-marins » de ses beaux-parents. Mais cet « homme sans qualités », soucieux d'assurer le confort et la prospérité des siens, récupéré par cette classe bourgeoise qu'il critiquait si âprement encore dans Journal pour une fiancée (Diario per la fidanzata, 1896), assimilé à un milieu où le talent se mesure à l'aune de l'argent, mène une existence parallèle dont témoignent le journal qu'il tient avec constance, les notes qu'il ne cesse de griffonner sur des feuilles volantes, ses lectures inlassables – après les philosophes et les poètes allemands, Schopenhauer, Jean-Paul, les naturalistes français, les romanciers russes, les dramaturges Ibsen et Tchekhov, Freud à qui il doit tant et son dernier enthousiasme, Kafka – ses amitiés enfin, et en premier lieu celle de Joyce qui, à Trieste où ils se rencontrent, reconnaît d'emblée en lui un pair. C'est La Conscience de Zeno qui lui vaut un succès de critique dont il n'a guère le loisir de recueillir les fruits : il meurt à Trévise des suites d'un accident de voiture, après avoir écrit une longue nouvelle Le Bon Vieux et la belle enfant (Il Buon Vecchio e la bella fanciulla) et laissant sur le métier Les Confessions du vieillard (Confessioni del vegliardo), sorte de suite à La Conscience de Zeno). La dernière amertume de sa vie aura été l'incompréhension de Pirandello.

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Écrit par :

  • : ingénieur de recherche en littérature générale et comparée à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle, traductrice

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LA CONSCIENCE DE ZENO, Italo Svevo - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Gilbert BOSETTI
  •  • 986 mots
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Après l'insuccès de ses deux premiers romans, Une vie (1892) et Sénilité (1897), ignorés par la critique italienne alors que leur auteur n'est encore à Trieste qu'un sujet de l'Empire austro-hongrois, Italo Svevo (1861-1928) a renoncé à toute ambition littéraire. Toutefois, bien qu'absorbé par la gestion de la riche entreprise de ses beaux-parents, ce graphomane n'a pas cessé d'écrire. Après la […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Angélique LEVI, « SVEVO ITALO - (1861-1928) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/italo-svevo/