BETANCOURT INGRID (1961- )

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Femme politique franco-colombienne.

Un sacré coup de publicité. Si Ingrid Betancourt n'avait pas vécu l'enfer et enduré mille souffrances durant six ans, quatre mois et neuf jours dans la jungle colombienne, ainsi pourrait-on presque qualifier son enlèvement par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (F.A.R.C.), le 23 février 2002. À cette date, la Franco-Colombienne est plus connue dans sa patrie d'adoption où elle a grandi et fait ses études que dans son pays d'origine, où elle est pourtant candidate à l'élection présidentielle. Mais elle ne décolle pas dans les sondages, et ne semble pas en mesure d'inquiéter le futur vainqueur, Álvaro Uribe. C'est ce dernier qui ordonnera l'opération militaire spectaculaire permettant la libération d'Ingrid Betancourt en compagnie de quatorze autres otages, le 2 juillet 2008.

Celle qui était alors sénatrice de Colombie n'est pourtant pas avare d'éclats médiatiques, ce qui n'enlève rien au courage de cette épouse d'un diplomate français, mère de deux enfants, qui un jour décide de partir en guerre contre la corruption qui ravage son pays. Après des études à l'I.E.P. de Paris, ville où elle passa une partie de son enfance et de sa jeunesse et où son père – ancien ministre colombien de l'Éducation – est ambassadeur à l'U.N.E.S.C.O., Ingrid Betancourt se trouve confrontée à la violence qui sévit dans sa patrie. Sa mère travaille auprès d'un candidat à la présidence, Luis Carlos Galán, qui prône l'extradition des narcotrafiquants et sera assassiné en août 1989. C'est alors que cette jeune femme de vingt-neuf ans (elle est née le jour de Noël 1961), récemment divorcée, décide de rentrer à Bogotá, la ville où elle est née, pour y mener le combat de sa vie.

Elle occupe un poste au ministère des Finances, puis se présente aux élections législatives de 1994. Elle mène campagne sur le thème de la lutte contre la corruption, et elle est élue. Elle poursuit son combat au Parlement, ainsi qu'à la télévision où elle se montre très à l'aise, dénonçant les dirigeants compromis avec la mafia. « Le montant de la corruption, déclare-t-elle, atteint l'équivalent de deux fois le budget social, de l'éducation, de la santé et du logement prévu pour l'an 2000 ». Elle va jusqu'à s'en prendre au président Ernesto Samper, qui sera effectivement traduit en justice, même si Ingrid Betancourt découvre que la corruption s'est immiscée au cœur du procès. C'est alors qu'elle conduit sa première action spectaculaire : une grève de la faim en plein Parlement... En 1998, elle fonde son propre parti de tendance écologiste, au nom évocateur d'« Oxygène vert » (Verde Oxígeno), se présente au Sénat où elle est élue avec le meilleur score à l'échelon national.

Bien entendu, cette campagne contre les forces du mal ne se déroule pas sans danger ni sans drame. Elle échappe à deux attentats ; des journaux relayent contre elle les accusations les plus infamantes colportées par ses ennemis. Elle préfère éloigner ses enfants ; remariée en 1997 à Juan Carlos Lecompte, homme politique colombien, elle reste seule avec lui. Dans l'ouvrage qu'elle publie en 2001, La Rage au cœur (XO Éditions), et qu'elle présente en France, Ingrid Betancourt explique : « Je crois trop en ce que je fais pour que même le risque de la mort puisse m'arrêter. Je porte sur mes épaules l'espoir de beaucoup de Colombiens. »

Aussi se lance-t-elle dans la campagne présidentielle en 2002. Elle démissionne avec fracas de son poste de sénateur et lance à ses pairs, en plein hémicycle : « Lorsque je serai président, je vous démissionnerai tous ! »

Est-ce ce goût du défi qui la pousse à traverser, en dépit de tous les avertissements, la zone où sévissent les F.A.R.C., ce funeste 23 février 2002 ? Elle avait promis aux habitants de San Vicente del Caguán (département de Caquetá), une municipalité remportée par son parti six mois plut tôt, de leur rendre visite. Alors que des combats sévissent dans la région entre l'armée et la guérilla, elle brave le danger mais tombe aux mains des F.A.R.C. en compagnie de sa directrice de campagne Clara Rojas. Certaines mauvaises langues prétendent qu'elle recherchait cet enlèvement pour faire remonter sa cote dans les sondages. Sans imaginer bien sûr que sa détention pourrait durer plus que quelques jours...

La suite est mieux connue. La captivité d'Ingrid Betancourt ainsi que sa libération ont été forte [...]

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  • Écrit par 
  • Clément THIBAUD
  •  • 1 071 mots
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Pour citer l’article

Bruno DIVE, « BETANCOURT INGRID (1961- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ingrid-betancourt/