KABAKOV ILYA (1933- ) et EMILIA (1945- )

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Ilya Kabakov (né en 1933 à Dnepropetrovsk, Ukraine, ex-U.R.S.S) partage son temps, depuis les années 1990, entre Moscou et New York. Depuis 1989, il travaille en collaboration avec son épouse Emilia (née en 1945 à Dnepropetrovsk), diplômée en pianio classique de la faculté de musique et ayant étudié la littérature espagnole à l’université de Moscou. Diplômé en illustration en 1957, il commence sa carrière en dessinant près de 150 albums pour enfants. Mais dans les années 1970, alors qu'il vit à Moscou dans un appartement communautaire sous le régime soviétique, il commence à rédiger et peindre des albums inspirés par des personnages imaginaires.

Il donne à ses personnages imaginaires un espace à partir des années 1980 lorsqu'il commence à concevoir les intérieurs de ses Dix Personnages (1981-1988), sa première installation d'envergure dans laquelle il utilise des mécanismes littéraires tirés d'ouvrages de Gogol. « Je me vois forcé d'incorporer l'espace environnant dans l'installation. Cela conduit à ce que j'appelle une installation totale. » Kabakov construit alors des pièces d'appartements, des chambres, des cuisines, des ambiances complètes, théâtres d'une vie, entre remémoration et imagination.

L'Union soviétique bruisse alors de changements politiques, mais la vie quotidienne de ses habitants évolue peu. Kabakov s'attache à documenter ce quotidien confiné, en créant des espaces détaillés et spirituellement animés. Il y plonge un spectateur manipulé, et victime quasi consentante venue tenter une expérience empathique. Les installations totales de Kabakov ne sont pas des dioramas, ni même des reconstitution d'endroits réels, mais bien des projections mentales qu'il faut parcourir, dont il faut s'imprégner. Pour cela, l'artiste joue de ressorts dramatiques quasi systématiques comme une lumière glauque, un hermétisme spatial, des atmosphères psychologiques lourdes, elliptiques bien que fournies de détails. Pour lui, l'esprit du lieu est primordial : ses œuvres sont comme des pièges, des gouffres temporels à la fois datés et pourtant sans âge. Il simule la réalité d'une culture en pleine dissolution, la fin de l'ère soviétique, le repli désespéré vers un ancien système de surveillance et de confinement.

En une vingtaine d'années, Kabakov réalise plus de 150 installations totales : à travers elles, on visite les cauchemars de la bureaucratie, les institutions psychiatriques, un orphelinat à l'abandon, une école désaffectée, des toilettes publiques sordides, un train de propagande. « Un artiste est le miroir de son époque, un miroir n'essaie pas de prouver quelque chose, il ne fait que refléter », dit-il à propos de son travail. Mais Kabakov, s'il s'engage dans un système de manipulation sans but idéologique, ne peut cependant s'affranchir de la charge politique et sociale que véhicule le contexte historique qui enveloppe ses œuvres.

À partir de 1997, Ilya Kabakov et son épouse abandonnent les installations totales au profit de recherches sur les systèmes de monstration, de l'exposition universelle à la rétrospective. Pour cela, ils développent dans leur studio de la banlieue de New York les décors du Palais des projets (1998) et de La vie et l'œuvre de Charles Rosenthal (1999), qui se présente comme une rétrospective d'un peintre juif ukrainien dont la vie et les toiles ont été créées de toutes pièces par Kabakov. Le Palais des projets est, quant à lui, une exposition qui rassemble 65 projets utopiques dans un pavillon-sculpture en forme de spirale blanche rappelant les expérimentations des constructivistes russes. L'un des projets parmi les dessins et les maquettes, est intitulé le Retour au bonheur et est imaginé par un enseignant de musique auquel il donne le nom de Sobakina. Il s'agit d'un matelas pour enfant sale, entouré de planches de bois sur lesquelles ont été accrochées les illustrations pour enfants d'Ilya Kabakov. Le couple nourrit après ces projets monumentaux, le projet d'une ville d'installation, d'un système total. Et, depuis le début des années 2000, il s'attelle à la création de sculptures publiques. C’est dans cette logique qu’à l’occasion de Monumenta 2014 au Grand Palais à Paris Ilya et Emilia Kabakov présentent L’Étrange Cité, un parcours initiatique métaphysique à travers huit installations.

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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Pour citer l’article

Bénédicte RAMADE, « KABAKOV ILYA (1933- ) et EMILIA (1945- )  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ilya-kabakov/