AMIN DADA IDI (entre 1923 et 1926-2003)

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Appartenant à la petite tribu nubienne des Kakwa dans le nord-ouest de l'Ouganda, Idi Amin Dada passe son enfance à garder les chèvres ; après quelques études élémentaires vite terminées, il s'engage à vingt et un ans comme aide-cuisinier au King's African Rifles, mais prétend avoir participé à la guerre de Birmanie avec les Britanniques. Il sert de nouveau ceux-ci en 1952 au Kenya pendant la révolte des Mau-Mau. Le 9 octobre 1962, son pays devient indépendant et le Premier ministre Milton Obote lui confie la direction de l'armée, malgré sa réputation de brutalité. Obote s'appuie sur lui pour chasser le roi du Bouganda et faire de l'ensemble des principautés un État centralisé (15 avril 1966). Contre l'avis d'Obote, Idi Amin, qui est l'interlocuteur direct de la mission militaire israélienne à Kampala, fait des séjours en Israël et favorise l'aide qu'apporte ce pays à la guérilla autonomiste anyanya au Soudan méridional.

Idi Amin Dada, vers 1978

Photographie : Idi Amin Dada, vers 1978

Chef de l'État ougandais depuis 1971, date à laquelle il renversa le président Milton Obote, le général Idi Amin Dada sera lui-même chassé du pouvoir en 1979, après un règne marqué par la terreur. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Le 25 janvier 1971, alors que le président ougandais participe à la conférence du Commonwealth à Singapour, Idi Amin prend le pouvoir et suspend les partis politiques. Obote se réfugie en Tanzanie chez son ami Julius Nyerere. Des combats éclatent aux frontières des deux pays. On signale le massacre de militaires fidèles et de membres de la tribu de l'ancien chef d'État, celle des Longo. Idi Amin rencontre le colonel Kadhafi, se convertit à l'islam, expulse les Israéliens et les remplace par des conseillers palestiniens. Il fait entrer dans l'armée nombre de représentants de sa tribu et constitue une police de mercenaires nubiens (Public Safety Unit, Bureau of State Research), détestés par la population. Ils seront à l'origine de la plupart des exactions (cent mille morts en deux ans d'après la Commission internationale des juristes). En août 1972, il ordonne l'expulsion des cinquante mille commerçants asiatiques (décision démagogique et populaire). On rapporte alors les faits et gestes de ce personnage excentrique (il se fait porter en palanquin par des hommes d'affaires britanniques) mais, pour l'Occident, l'humour tourne à la tragédie quand il s'en prend directement aux Européens et menace d'exécuter le professeur anglais Dennis Hills qui l'avait traité, dans un ouvrage, de « tyranneau de village ». L'intervention des chefs d'État africains sauve le Britannique. Et lorsque, le 28 juillet 1975, il préside à Kampala, comme chef d'État hôte, la douzième session de l'O.U.A. la question se pose dans la presse mondiale : « Qui représente l'Afrique ? » Les suites du raid israélien sur Entebbe (3 juillet 1976) démontrent sa participation à la prise d'otages et entraîne l'élimination systématique des acteurs involontaires et des nouveaux ennemis potentiels. On dit alors de lui qu'« il tue pour survivre » (tribus Baganda et Longo, étudiants qui avaient brocardé son fils, sa propre épouse, et plus tard l'évêque anglican de Kampala). Il échappe à plusieurs attentats plus ou moins réels. En juin 1977, le véhicule qu'il devait prendre est détruit par un obus de bazooka. Il s'ensuit une nouvelle épuration au sein de l'armée.

Mais ses débordements ne s'exportent pas, surtout lorsqu'ils s'exercent aux dépens des pays voisins, comme la Tanzanie, par exemple, dont il envahit une partie du territoire (le saillant de la Kagera) en 1978. Julius Nyerere, qui est au socialisme africain ce qu'Houphouët-Boigny est au capitalisme (une réussite pour chacun dans leur genre), entreprend la reconquête. Mais les soldats tanzaniens, auxquels se sont joints des guérilleros du Front de libération de l'Ouganda, formés en toute hâte, traversent la frontière et entrent dans Kampala à la mi-avril 1979. L'ancien recteur de l'université de Makarere, Youssouf Kironde Lule, est nommé à la tête d'un gouvernement provisoire de quatorze membres. Les deux mille soldats libyens envoyés pour renforcer la garde d'Amin Dada sont rapatriés à la suite d'un humiliant accord financier entre Kadhafi et Nyerere. Tandis que ses partisans s'enfuient et que les ethnies qui lui étaient favorables passent la frontière du Soudan, Amin Dada se réfugie à Tripoli. « Conseiller technique » de ses services de sécurité et son âme damnée, le major Bob Astles sera extradé par le Kenya quelques mois plus tard à la demande de l'Ouganda.

Conflit entre l'Ouganda et la Tanzanie, 1979

Photographie : Conflit entre l'Ouganda et la Tanzanie, 1979

Dernières résistances des Ougandais face aux troupes tanzaniennes de Nyerere (1979), dans le nord-ouest de la Tanzanie. Formée des troupes tanzaniennes et d'opposants au régime, l'Armée de libération de l'Ouganda poursuivra sa reconquête jusqu'à Kampala, entraînant la chute et la fuite... 

Crédits : Hulton Getty

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Idi Amin, que l'on dit illettré (il ne sait signer que les chèques de 100 shillings) et irrationnel (il sait cependant remarquablement exploiter les situations et retourner en sa faveur celles qui ont mal commencé pour lui), représente pour beaucoup le personnage du bouffon que l'on trouvait à la cour des anciens souverains des royaumes très structurés des grands lacs. Pygmées le plus souvent ou originaires de petites ethnies marginales, ils étaient les exécuteurs des basses œuvres du roi pour lequel ils maniaient les redoutables poisons. À la cour, ils étaient les seuls à pouvoir critiquer ce dernier qui montrait leurs excentricités et leurs incohérences à son peuple comme étant l'envers déréglé d'une société dont il ne fallait pas bouleverser l'ordre établi. Idi Amin, dont la foi islamique est profondément imprégnée des rituels magiques (sa mère était une sorcière jeteuse de sorts), est très respectueux des traditions (il a fait revenir de Londres la dépouille du roi du Bouganda). Beaucoup de chefs d'États africains préféreraient voir à Kampala un autre Ougandais. Cependant, si Idi Amin représente un tant soit peu l'Afrique, c'est dans sa critique bouffonne de l'ancien monde colonial. Mais le carnaval a tourné au tragique et s'est prolongé toute l'année. Et c'est pour y mettre fin que, pour la première fois en Afrique, un pays en envahissait un autre pour en chasser son dirigeant en violant la sacro-sainte charte de l'O.U.A. L'artisan en avait été l'un des sages de l'Afrique, et personne n'y vit rien à redire.

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Idi Amin Dada, vers 1978

Idi Amin Dada, vers 1978
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Conflit entre l'Ouganda et la Tanzanie, 1979

Conflit entre l'Ouganda et la Tanzanie, 1979
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Bernard NANTET, « AMIN DADA IDI (entre 1923 et 1926-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/idi-amin-dada/