HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES (J.-B. de Monet de Lamarck)

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Expliquer la complexité des animaux

Lamarck commence le premier volume de son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres en posant la question de la définition de l’animalité. Plus précisément, il espère montrer ici, notamment contre Cuvier, que l’organisation animale a quelque chose de spécifique qu’on ne rencontre ni chez les corps bruts (non vivants), ni chez les végétaux, mais que cette spécificité n’est pas liée à la capacité d’exécuter des mouvements volontaires. Cette qualité, qu’il appelle l’« irritabilité », est la propriété du tissu cellulaire des animaux de pouvoir produire de manière spontanée un mouvement de fluides à l’intérieur du corps. Les végétaux, par comparaison, ne sont pas des corps irritables, le mouvement de fluides qui les anime, et qui les distingue des corps bruts, est donc chez eux exclusivement la conséquence d’une cause extérieure à l’individu. Chez les organismes végétaux, ce sont exclusivement l’ensemble des fluides « subtils » (que l’on ne peut enfermer dans un volume) présents dans le milieu de vie qui maintiennent le mouvement vital, comme le fluide électrique ou le calorique.

De ce point de vue, les animaux montrent donc une indépendance plus marquée vis-à-vis de leur environnement extérieur. Leur irritabilité leur assure une certaine autonomie. Surtout, cette propriété est la cause principale d’une seconde caractéristique des animaux : leur capacité à rendre progressivement plus complexe leur organisation interne au fur et à mesure de leur vie. En effet, on retrouve dans le texte de 1815 cette idée si chère à Lamarck que le mouvement des fluides organiques (sang, fluide nerveux, etc.) développe l’organisation, développement qui en retour permet l’accélération progressive de ce mouvement. Lamarck adopte également, comme la plupart de ses contemporains, l’idée qu’un caractère acquis peut devenir héréditaire, alors il pense pouvoir rendre compte, de cette manière, d’une évolution « complexifiante » des organismes animaux au cours de très nombreuses générations.

La complexité organique de certains animaux est ainsi le résultat d’une évolution très graduelle depuis les formes les plus simples (les infusoires), qui sont capables de naître de la matière brute par génération spontanée, c’est-à-dire sous l’action directe des fluides physiques du milieu. Le transformisme de Lamarck est avant tout une théorie physique de l’organisation biologique adossée à l’idée que le temps de l’histoire de la vie sur Terre est un temps très long, qui a permis la genèse progressive des différentes formes animales. Voilà la clé pour mettre de l’ordre dans la classification des animaux : les ranger selon leur degré de complexité organique, depuis les plus élaborés (l’homme) jusqu’aux ébauches de l’animalité, masses gélatineuses dépourvues d’organes et qui ne sont visibles qu’à l’aide du microscope.

La théorie de l’évolution de Lamarck entretient donc des liens très étroits avec sa méthodologie de la classification. D’un côté, la gradation dans l’organisation que montre la série animale – et notamment celle des invertébrés – joue le rôle d’argument empirique principal en faveur de son transformisme. De l’autre, l’évolution progressive des animaux au cours du temps rend légitime le projet d’une mise en ordre de la diversité taxinomique selon une échelle de complexité croissante. Pour Lamarck, la classification doit cesser d’être arbitraire et doit avoir pour objectif de refléter au mieux l’ordre naturel, c’est-à-dire celui produit par l’évolution.

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Écrit par :

  • : docteur en épistémologie et histoire des sciences, chargé de recherche au CNRS, professeur agrégé de sciences de la vie et de la Terre

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Pour citer l’article

Laurent LOISON, « HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES (J.-B. de Monet de Lamarck) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/histoire-naturelle-des-animaux-sans-vertebres/