HÉROÏNE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Dérivé diacétylé de la morphine, synthétisé en 1898 par le chimiste allemand Dreiser, l'héroïne est utilisée, dès sa découverte, comme analgésique principal dans les cas de tuberculoses incurables. C'est cet usage qui a fait d'abord la renommée de l'héroïne, mais on découvrira par la suite qu'elle permet aussi la désintoxication apparente des morphinomanes. En fait, une intoxication en remplace une autre et les morphinomanes deviennent rapidement des héroïnomanes endurcis, et l'héroïne supplante rapidement la morphine et la cocaïne.

Drogue « dure » par excellence, le « cheval » (ou la « schnouff ») ne possède aucune vertu hallucinogène : elle procure immédiatement après l'injection un vertige brutal et violent, le « flash », souvent comparé à un orgasme généralisé, suivi d'une satisfaction douloureuse de tout le corps, accompagnée d'impulsions violentes. Comme tous les dérivés de l'opium, l'héroïne induit une dépendance psychique et physique intense : dès que l'héroïne cesse d'agir, une grande angoisse respiratoire se manifeste, suivie de vomissement, de fortes transpirations et parfois d'une sensation d'étouffement qui peuvent mener jusqu'au collapsus.

Quoique le mécanisme métabolique d'addiction au toxique demeure encore à préciser, tout se passe comme si celui-ci était devenu un aliment indispensable au nouvel équilibre établi par l'intoxication. Si générale est la modification métabolique que la paroi placentaire n'isole pas le fœtus des effets de la drogue, et c'est ainsi qu'on a pu observer à l'accouchement de femmes héroïnomanes, de véritables crises de sevrage de la part des nouveau-nés. Cette crise de sevrage a rendu longtemps indispensable l'usage de la drogue elle-même durant la cure de désintoxication, le but de celle-ci consistant à diminuer progressivement les doses jusqu'à la cessation complète. On préfère désormais employer des médicaments de structure biochimique voisine, mais non intoxicants, tels que la nalorphine , la méthadone et surtout la buprénorphine ; ce dernier produit est massivement employé et, quoiqu'il ne parvienne qu'à substituer une dépendance médicamenteuse à une dépendance toxique, on peut estimer qu'il permet d'aboutir à une véritable « récupération » pour une grande part des intoxiqués. Il faut ajouter à cela que les guérisons définitives sont rares (15 p. 100 et 20 p. 100 des cas) tant qu'aucune psychothérapie n'est associée à la désintoxication.

L'héroïne était produite, jusqu'en 1970 environ, dans la région marseillaise et en Italie, où aboutissait la morphine base en provenance du Liban, de Syrie et d'autres pays du Moyen-Orient. Une fois transformée, la drogue était acheminée vers les États-Unis, soit à partir de la France, soit à partir de l'Italie et surtout de la Sicile ; une très faible quantité d'héroïne était consommée sur place, en France ou en Italie. Au cours des années 1970, une part croissante de la production clandestine d'héroïne est écoulée en Europe, où le nombre des intoxiqués a généralement quintuplé. Aux États-Unis, on estimait à la même époque le nombre global des héroïnomanes voisin de 300 000 individus, la plupart de sexe masculin. Après avoir culminé dans les années 1990 en France comme dans beaucoup d’autres pays développés, la consommation d'héroïne a connu une diminution régulière en France jusqu'en 2004. Une légère reprise de la consommation a inversé cette tendance depuis lors. L’estimation, recourant à des méthodes de calcul indirectes, du nombre de consommateurs réguliers se situait en 2005 entre 150  000 et 180  000 personnes, tandis que le nombre d’expérimentateurs (usage au moins une fois dans la vie), parmi les 12-75 ans, était estimé à 360  000 personnes. Les risques d'overdose sont élevés Il faut ajouter encore les risques d'abcès aux points d'injection, les hépatites à virus, le sida, lot commun des héroïnomanes, et les endocardites mortelles fréquentes qui assombrissent encore le tableau de cette toxicomanie.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  HÉROÏNE  » est également traité dans :

ADDICTION

  • Écrit par 
  • Bernard Pierre ROQUES, 
  • Eduardo VERA OCAMPO
  •  • 7 783 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Traitements médicamenteux des dépendances »  : […] L'assistance thérapeutique pour aider les personnes dépendantes d'une drogue à parvenir à l'abstinence est désormais de plus en plus souvent utilisée. Cela tient aux bons résultats obtenus avec la substitution de l'héroïne par la méthadone ou la buprénorphine, qui sont tous deux des opioïdes comme l'héroïne mais qui, pour des raisons d'accès prolongé mais plus limité au cerveau et/ou d'activation […] Lire la suite

DROGUE

  • Écrit par 
  • Alain EHRENBERG, 
  • Olivier JUILLIARD, 
  • Alain LABROUSSE
  • , Universalis
  •  • 12 113 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Absence de résultats tangibles de la lutte antidrogue »  : […] Ces dix années écoulées, il a bien fallu constater qu'aucune réduction de la production des drogues n'avait été obtenue. La production de cocaïne, en dépit de quelque cinq milliards de dollars dépensés par les États-Unis dans les pays andins dans le cadre de vastes programmes de lutte comme le Plan Colombie ou l'Initiative andine, auxquels se sont ajoutés les centaines de millions de dollars app […] Lire la suite

MORPHINE

  • Écrit par 
  • Hélène MOYSE, 
  • Michel PARIS, 
  • René Raymond PARIS
  •  • 2 112 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Toxicité »  : […] L' intoxication aiguë entraîne, à forte dose, le coma, la suspension plus ou moins prolongée de la respiration (apnée), la mort par arrêt respiratoire. Les enfants et les vieillards sont très sensibles à son action. Il faut noter par ailleurs que la morphine potentialise l'action des convulsivants notamment la strychnine, le pentétrazole, le nicéthamide, la caféine, la cocaïne, etc. L'intoxicatio […] Lire la suite

PHARMACODÉPENDANCE

  • Écrit par 
  • Edith ALBENGRES
  •  • 1 250 mots
  •  • 2 médias

Le phénomène de dépendance d'un individu vis-à-vis d'un médicament a été dénommé pharmacodépendance par l'Organisation mondiale de la santé (O.M.S.), qui en a donné la définition, internationalement admise, suivante : « État psychique et quelquefois également physique résultant de l'interaction entre un organisme vivant et un médicament, se caractérisant par des modifications du comportement et p […] Lire la suite

Les derniers événements

1er-19 décembre 2001 France. Poursuite de la polémique au sujet de la loi sur la présomption d'innocence

d'héroïne. Le magistrat mis en cause justifie sa décision par l'heure trop tardive de la présentation de la personne mise en examen. Tandis que le garde des Sceaux évoque un « grave dysfonctionnement », le Premier ministre, Lionel Jospin, parle d'une « effroyable erreur ». Le 3, le président Chirac dénonce à son tour les « dysfonctionnements graves […] Lire la suite

Pour citer l’article

Olivier JUILLIARD, « HÉROÏNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/heroine/