SZERYNG HENRYK (1918-1988)

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Henryk Szeryng fut l'un des violonistes les plus marquants et les plus sincères du xxe siècle, héritier d'une tradition artistique qu'il avait su étendre à des activités humanitaires.

Né dans une famille juive le 22 septembre 1918 à Zelazowa Wola, près de Varsovie, à côté de la maison natale de Chopin, il travaille d'abord le piano avec sa mère dès l'âge de cinq ans. Deux ans plus tard, son frère l'initie au violon, qu'il étudie avec Maurice Frenkel, un disciple de Leopold Auer, à Saint-Pétersbourg. Il n'a que dix ans lorsque Bronislaw Huberman l'entend et conseille à ses parents de l'envoyer travailler à Berlin avec Carl Flesch (1928-1932). Il y est également l'élève de Willy Hess. En 1932, la famille se fixe à Paris, où il étudie à la Sorbonne (littérature, philosophie, esthétique, histoire). L'année suivante, il donne ses premiers concerts. En 1935, il joue le Concerto de Beethoven à Varsovie sous la direction de Bruno Walter. Il entre au Conservatoire de Paris dans la classe de Gabriel Bouillon et remporte un premier prix de violon en 1937. Il travaille également avec Nadia Boulanger et Jacques Thibaud, qui dirigera son premier enregistrement (Concerto de Beethoven) au début des années1950. À la déclaration de guerre, il se porte volontaire pour servir dans l'armée polonaise en France : il est nommé officier de liaison et interprète (il parlait huit langues) auprès du Premier ministre polonais, le général Sikorski. Il donne de nombreux concerts de bienfaisance et joue pour la troupe. En 1942, il accompagne un groupe d'exilés polonais en Amérique latine et doit chercher un gîte à quatre mille personnes. L'accueil particulièrement chaleureux qu'il reçoit au Mexique l'incite à y retourner à la fin de la guerre et à s'y installer en 1946. Il fonde et dirige le département de violon à l'université de Mexico et reçoit la nationalité mexicaine en 1946. Peu après, il est nommé professeur au Conservatoire de Genève, où il passe deux mois par an. Sa rencontre avec Artur Rubinstein à Mexico, en 1954, décide de la reprise de sa carrière, qu'il avait interrompue depuis 1942 : présenté à l'imprésario américain Sol Hurok, il effectue dès 1956 sa première tournée en Europe et est nommé, la même année, « ambassadeur culturel » du Mexique, ce qui lui permet de voyager avec un passeport diplomatique. Il fait ses débuts aux États-Unis en 1958. En 1965, il est invité au festival de Salzbourg et est nommé délégué musical du Mexique à l'U.N.E.S.C.O. L'année suivante, il devient directeur honoraire du Conservatoire de Mexico.

Sa carrière est alors une succession de tournées dans le monde entier et il consacre autant de temps aux concerts et aux enregistrements qu'à l'enseignement (il a donné des cours dans vingt-six pays différents). Il joue en sonate avec Artur Rubinstein, en trio avec Wilhelm Kempff et Pierre Fournier (enregistrement intégral des trios de Beethoven pour le bicentenaire de sa naissance, en 1970) puis avec Claudio Arrau et János Starker. Il cherche à repousser les limites du répertoire traditionnel en sollicitant des compositeurs contemporains qui écrivent à son intention : Maderna, Penderecki, Haubenstock-Ramati (Séquences), Martinon (Concerto pour violon no 2), Montsalvage (Poème concertant) et les Mexicains Carillo, Rodolfo Halffter (Concerto), Ponce (Concerto mexicain), Chávez (Concerto), Revueltas, Gallindo... Il se fait aussi l'apôtre des œuvres oubliées du xixe siècle : le Concerto de Schumann, le Concerto no 3 de Paganini, qu'il exhume et dont il donne la première audition moderne à Londres en 1971, le Concerto de Raynaldo Hahn, qu'il avait créé en 1937 et dont le manuscrit, perdu, avait été retrouvé à la Bibliothèque nationale de Caracas (ville natale de Hahn). Szeryng l'avait rejoué pour la première fois depuis sa création, à Atlanta en 1987, peu avant de mourir à Kassel le 3 mars 1988.

Szeryng possédait deux violons de grande valeur, un stradivarius et un guarnerius « del Gesù » sur lequel il jouait le plus volontiers, « le Duc » (1743). Il avait aussi acheté le stradivarius de Charles Münch, dont il avait fait don à l'État d'Israël en 1972 pour son vingt-cinquième anniversaire et qui avait été rebaptisé à cette occasion « Kinor David » (la lyre de David). En 1974, il donnait à l'État mexicain un guarnerius del Gesù, le « Sanctae Theresiae » (1685), destiné aux Konzertmeister de l'Orchestre symphonique national du Mexique. Cette générosité était l'un des traits dominants de la personnalité de Szeryng, tant dans le domaine musical que dans le domaine humanitaire : il apportait aussi volontiers son aide aux jeunes musiciens pour leur permettre de gravir les premières marches de la carrière qu'à la ville de Venise, à l'État d'Israël ou à diverses organisations humanitaires. Musicien très cultivé, il s'identifiait totalement à l'univers dans lequel la musique qu'il jouait avait vu le jour : son approche était ainsi l'une des plus diversifiées, loin des stéréotypes de son époque. Elle traduisait une exigence perpétuellement insatisfaite et une remise en cause permanente particulièrement sensible dans les œuvres qu'il a enregistrées plusieurs fois à différentes époques. Il avait gardé de la tradition française une grande élégance de style et un sens de la lumière qui venait enrichir une virtuosité sans limites et un jeu étonnament précis.

On pourra consulter : R. d'Ivernois et B. Favre, Rencontre avec Henryk Szeryng, Pressart, Genève, 1988.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « SZERYNG HENRYK - (1918-1988) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henryk-szeryng/