KRASUCKI HENRI (1924-2003)

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Syndicaliste français, Henoch Krasucki est né le 2 septembre 1924, à Wolomin, près de Varsovie. Il a deux ans lorsque ses parents, juifs et communistes, émigrent à Paris, où il prendra le prénom d'Henri. Son père, Isaac Krasucki, tient un atelier de tricot dans le quartier de Belleville, qui compte alors une importante communauté yiddish. Il est également syndicaliste à la C.G.T.U., la fraction de la C.G.T. qui a épousé, en 1921, la cause de l'U.R.S.S.

Henri Krasucki grandit dans ce double milieu immigré et engagé, tout en fréquentant l'école de la République. Bon élève, il fréquente le lycée Voltaire jusqu'en 4e, mais il ne retourne pas en classe à la rentrée 1939. À des raisons financières s'ajoutent les conséquences du pacte germano-soviétique et l'interdiction du P.C.F. qui s'ensuit. Le jeune lycéen est déjà un militant aguerri, pionnier du parti (avec pour instructeur Pierre Georges, le futur colonel Fabien) puis membre actif de la Jeunesse communiste.

Il plonge dans la clandestinité à la fin de 1940, animant la section juive des jeunes résistants communistes de la M.O.I. (Main-d'œuvre immigrée), d'abord dans le XXe arrondissement, puis au niveau de la région parisienne. Il est arrêté en mars 1943 par la police française, torturé, puis livré aux Allemands. Il est déporté à Auschwitz en juin 1943 (convoi no 55). Sélectionné comme apte au travail à son arrivée au camp, il échappe à l'extermination immédiate. Avec l'aide du réseau communiste clandestin, il est affecté comme mineur de charbon dans le camp annexe de Jawischowitz, en Haute-Silésie. Au début de 1945, face à l'avancée des Soviétiques, il est transféré au camp de Buchenwald (Thuringe). Libéré par les Américains, il rentre à Paris en mai 1945, obtenant rétroactivement le grade de lieutenant des F.T.P.

Henri Krasucki travaille quelques mois comme ajusteur chez Renault. Mais, dès 1945 – à vingt et un ans – il embrasse définitivement une carrière de « révolutionnaire professionnel », d'homme d'appareil stalinien, entièrement dévoué au P.C.F. Renouant avec ses responsabilités à la Jeunesse communiste, il obtient un poste de permanent à l'union locale C.G.T. du XXe arrondissement de Paris, puis à l'union départementale de la Seine. De fréquents déplacements en Pologne, où sa mère s'est réinstallée après la guerre et occupe des fonctions officielles, son premier voyage en U.R.S.S. en 1952, où il participe à la dernière commémoration sous Staline de la révolution d'Octobre 1917, enfin le soutien de dirigeants communistes tels Léon Mauvais ou Eugène Hénaff, secrétaire général de l'Union départementale de la Seine, lui permettent de gravir les échelons du parti et du syndicat. Il intègre la commission administrative (l'exécutif collégial) de la C.G.T. en 1955, puis le comité central du P.C.F. en 1956. Membre du bureau confédéral (le « gouvernement ») de la C.G.T. en 1960 (il dirige l'hebdomadaire La Vie ouvrière), puis du bureau politique du P.C.F. en 1964 (où il est chargé du secteur « intellectuels »), il apparaît promis aux plus hautes fonctions.

Cependant, en 1967, c'est Georges Séguy, secrétaire de la fédération des cheminots, qui est porté à la tête de la C.G.T. En écartant Henri Krasucki, il est probable que la confédération n'a pas souhaité désigner, à l'époque, un secrétaire général d'origine juive et étrangère (malgré sa naturalisation intervenue en 1947). Mais Henri Krasucki sera plus qu'un numéro deux. Il veille aux dogmes, fait preuve de pragmatisme, développe une pédagogie de l'action. Il suit les « luttes », pilote les négociations. En mai 1968, il prépare les entretiens de Grenelle par des contacts discrets avec Jacques Chirac, alors secrétaire d'État à l'emploi.

Après le congrès de Grenoble (1978), qui traduit l'« ouverture » de la C.G.T., Henri Krasucki campe sur une ligne conservatrice, reprend en main certaines organisations, puis succède à Georges Séguy en 1982. L'homme à la casquette, qui est aussi un mélomane passionné d'opéra, prête facilement à la caricature pour sa « gouaille » et sa « raideur », mais son intelligence politique alimente aussi les commentaires. Partenaire influent de la gauche au pouvoir, il se retrouve pris dans le piège de conflits décidés par la direction du P.C.F., pour contrer le gouvernement socialiste, à partir de 1985 (occupation de l'usine S.K.F. d [...]

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Pour citer l’article

Dominique ANDOLFATTO, « KRASUCKI HENRI - (1924-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/henri-krasucki/