SANDERS-BRAHMS HELMA (1940-2014)

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C’est un film à petit budget en autoproduction, Sous les pavés, la plage (Unter dem Pflaster ist der Strand, 1975), qui révèle son talent en Allemagne et dans plusieurs pays européens. Œuvre d’une grande finesse psychologique marquée par l’esprit des « années 1968 », c’est le portrait d’une femme partagée entre ses aspirations et les pressions sociales. La sensibilité d’Helma Sanders-Brahms, née le 20 novembre 1940 à Emden (Basse-Saxe) et qui avait débuté comme présentatrice à la télévision avant de faire des stages dans les studios romains en 1967, était déjà manifeste dans les réalisations télévisuelles où elle abordait le monde du travail : Angelika Urban, vendeuse, fiancée (Angelika Urban, Verkäuferin, verlobt, 1971) ; l’immigration : L’Armée industrielle de réserve (Die industrielle Reservearmee, 1971) ; la révolte individuelle : Tremblement de terre au Chili (Erdbeben in Chili, 1974), d’après une nouvelle de Kleist.

Le lyrisme, caractéristique première de l’auteur, réside dans l’image et dans l’écriture d’un commentaire off auquel elle prête sa propre voix. Il reste bien présent dans des œuvres en apparence très différentes. Ainsi, un an après Sous les pavés, la plage, elle réalise pour la télévision Les Noces de Shirin (Shirins Hochzeit, 1976), un film qui sortira en salles ultérieurement et dont l’héroïne est une jeune Turque qui émigre en Allemagne à la recherche de l’homme qu’elle aime, mais qui ne connaîtra du pays que contremaîtres, policiers et souteneurs. Fidèle à sa réputation de « forte voix féministe » et à la voix off qui interpelle son personnage, Helma Sanders-Brahms réalise son film le plus célèbre et sans aucun doute le mieux maîtrisé, Allemagne, mère blafarde (Deutschland, bleiche Mutter, 1981). Peut-être en écho à Brecht, à qui elle emprunte le titre de son film, elle parvient à traiter le récit avec objectivité malgré l’affection qui l’unit à son héroïne, le scénario s’inspirant de la vie de sa propre mère, dont le rôle est interprété par une excellente actrice (Eva Mattes, révélée dans les studios de Munich par R. W. Fassbinder). Sa destinée, symptomatique, est celle d’une femme traversant l’histoire récente de l’Allemagne, le nazisme, la guerre, la paix naissant dans les ruines, la grisaille du « miracle économique » – soit autant de moments de l’oppression des femmes.

Allemagne, mère blafarde, Helma Sanders-Brahms

Photographie : Allemagne, mère blafarde, Helma Sanders-Brahms

À sa sortie en 1981, le film d'Helma Sanders-Brahms Allemagne, mère blafarde suscita une immense émotion. D'inspiration largement autobiographique, il relatait l'histoire de l'Allemagne de l'avènement du nazisme jusqu'à l'après-guerre, telle qu'elle fut vécue par une mère et sa... 

Crédits : Westdeutcher Rundfunk/ The Kobal Collection/ Picture Desk

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Après La Fille offerte (Die Berührte, 1981), un film dérangeant dont le scénario lui a été apporté par une inconnue, une insoumise qui lui a décrit ses excès et ses cauchemars, et L’Avenir d’Émilie (Flügel und Fesseln), tourné en France en 1984, la cinéaste connaît plus de difficultés pour financer ses films. Car, figure représentative du cinéma d’auteur allemand des années 1970 et 1980, elle tenait à en rester la productrice et la scénariste. Une certaine diversité thématique s’impose alors dans les travaux cinématographiques et télévisuels qui suivent. Deux directions principales se distinguent, dans la fiction comme dans le documentaire. D’une part une tendance littéraire illustrée dès 1976 avec Heinrich, un essai biographique sur Kleist (certainement le classique le plus sollicité par les cinéastes allemands de l’époque), bien reçu en Allemagne malgré la complexité de sa construction, et qui s’achève avec une fiction décevante, d’autre part Chère Clara (Geliebte Clara, 2008), qui évoque les amours de Clara et Robert Schumann et de Johannes Brahms. Loin de ce triangle amoureux, Mon âme m’appartient (Mein Herz - niemandem, 1997) est un essai historique traitant des amours de deux poètes, Else Lasker-Schüler, qui fuit l’Allemagne parce que juive, et Gottfried Benn, qui à l’époque soutenait les nazis. Helma Sanders-Brahms en avait tiré un livre paru la même année.

Le documentaire sur son père, qu’elle conduit en Normandie, où, militaire, il faisait partie de l’armée d’occupation, puis son essai sur les traces du passé juif de Berlin confirment que l’histoire de l’Allemagne reste pour elle une préoccupation essentielle. Cinéaste établie à Berlin après ses débuts à Munich, elle consacre deux films à la division du pays : Laputa (1987), métaphore de Berlin-Ouest décrite sous le nom d’une des îles visitées par Gulliver, et Manœuvres (Manöver, 1988), une satire de l’espionnage qui oppose R.F.A. et R.D.A. dans les années 1950. Les Fruits du Paradis (Apfelbaum, 1992), réalisé après la réunification, est un film plein d’amertume sur l’opportunisme et le pouvoir, dont les effets perdurent après u [...]

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  • Pierre GRAS, 
  • Daniel SAUVAGET
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Dans le chapitre « L'Allemagne coupée en deux »  : […] Le régime aura soutenu le cinéma jusqu'aux dernières semaines précédant la défaite, comme en témoigne Kolberg , fresque historique de Veit Harlan, destinée à stimuler la combativité de la population en 1945. Après la fin de la guerre, l'Allemagne en ruines étant partagée en zones d'occupation militaire, les plus importantes infrastructures du cinéma (Babelsberg) tombent sous la coupe des Soviétiqu […] Lire la suite

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Daniel SAUVAGET, « SANDERS-BRAHMS HELMA - (1940-2014) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/helma-sanders-brahms/