SIEFF JEANLOUP (1933-2000)

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Le photographe Jeanloup Sieff est né le 30 novembre 1933 à Paris, de parents polonais immigrés. L'élève des lycées Chaptal et Jacques-Decour, qui a reçu à quinze ans un appareil Photax, se passionne pour le cinéma américain et bientôt pour la photographie qui occupe ses loisirs et empiète sur ses études. Il s'inscrit à l'école de photographie de la rue de Vaugirard, qu'il quitte rapidement pour rejoindre l'école de Vevey en Suisse, où il ne termine pas la première année, préférant commencer à Paris une carrière de reporter indépendant. Ses premiers sujets – actualités et scènes de rues –, dont il signe les textes et les images, resteront inédits. Dès 1955, il entre comme reporter à l'hebdomadaire Elle qui lui confiera son studio après le départ du photographe Lionel Kazan.

Si la mode lui vaut un réel succès, le photojournalisme semble rester la préoccupation majeure de Sieff qui entre en 1958 à l'agence Magnum, pour laquelle il réalise plusieurs reportages, en Grèce, en Turquie, et dans la Pologne de ses origines. Après une année en agence, Sieff travaille en indépendant pour la presse magazine, notamment pour Réalités et pour Le Jardin des Modes. Lauréat du prix Niépce en 1959, il décide, deux ans plus tard, de s'installer à New York où il travaille pour les plus grands magazines de mode, Harper's Bazaar, Glamour, Esquire, Look, sans abandonner sa collaboration aux titres européens tels que Twen, Vogue ou Queen. En 1966, Jeanloup Sieff revient à Paris où il installe définitivement son studio, rue Ampère. Son travail pour la mode se double d'une activité de photographe publicitaire. Jouant avec le succès et la provocation, Sieff commence à s'imposer sur la scène photographique. Il participe, en 1967, au congrès international de l'Europhoto à Garmisch en Allemagne où il se distingue par une projection-lecture intitulée La photo de mode n'existe pas. Grâce à son travail pour le magazine Nova, il obtient la médaille d'argent du club des directeurs artistiques à Londres. En 1969, le Museo Espirito Santo de Victoria au Brésil lui décerne une médaille d'or et l'université de Miami organise une projection de son œuvre.

Ses premières expositions personnelles révèlent le style singulier de ses photographies de paysages et de nus (La Vallée de la Mort, Portraits de dames assises, de paysages tristes et de nus mollement las, suivis de quelques instants privilégiés, et accompagnés de textes n'ayant aucun rapport avec les images). Le style de Sieff s'affirme alors : une perspective exacerbée par l'emploi de l'objectif grand-angulaire, des épreuves au profond contraste rehaussé par une retouche chimique des contre-jours. Les images de Jeanloup Sieff marquent la génération des jeunes photographes du début des années 1970, d'autant que l'homme ne fait pas mystère de ses artifices techniques, qu'il développe, en 1976, dans un livre didactique, La Photo, cosigné avec le photographe Chenz. Préférant aux mondanités une sérénité partagée avec sa femme, la photographe Barbara Rix, et leurs enfants Sonia et Sacha, Sieff est néanmoins bientôt reconnu comme un des plus grands portraitistes de personnalités célèbres. Apprécié du grand public pour la nouveauté de son style et pour la lisibilité de ses images, il aime communiquer. D'abord par l'écrit : ses livres lui donnent la place de s'exprimer sur sa manière de voir le monde et d'apprécier la photographie, en maniant l'humour et le paradoxe. Il participe pour la télévision à la série de films « Chambre noire » de l'écrivain Michel Tournier, répond aux invitations, venues de toute l'Europe, des radios et des télévisions. Il devient, en 1979, membre du conseil d'administration de la Fondation française de photographie, qu'il quitte un an plus tard.

Personnage élégant et bohème, Sieff gardera ses distances vis-à-vis de succès qu'il ne refuse pas plus que les distinctions des arts et lettres ou de la Légion d'honneur. L'importante rétrospective que le musée d'Art moderne de la Ville de Paris lui consacre en 1986 révèle l'ampleur d'une œuvre encore mal appréciée par la critique et qui recevra en 1990 le Special Award de la Japan Society of Photography, le grand prix national de la photographie en 1992, le grand prix de la biennale de Nancy en 1994. Jeanloup Sieff meurt à Paris le 20 septembre 2000, quelques jours après la sortie de son dernier livre, Faites comme si je n'étais pas là.

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PHOTOGRAPHIE (art) - Un art multiple

  • Écrit par 
  • Hervé LE GOFF, 
  • Jean-Claude LEMAGNY
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Pour citer l’article

Hervé LE GOFF, « SIEFF JEANLOUP - (1933-2000) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeanloup-sieff/