GUERRE SOCIALE

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La guerre qui se déroule de ~ 91 à ~ 89 entre Rome et les alliés italiens révoltés et au cours de laquelle les Marses et les Samnites jouent un rôle prépondérant est si peu populaire que les historiens latins se contentent de généralités pleines de réticences. Il est vrai que les Romains, par leur égoïsme politique et économique, ont provoqué cette révolte, comme il est sûr que l'orgueil romain a été mis à l'épreuve dans ce grave conflit qui dure officiellement trois années mais que prolongent jusqu'en ~ 80 des troubles endémiques. Aussi comprend-on mieux la conspiration du silence qui entoure toute cette affaire, même si on sait que Tite-Live écrivit un ouvrage sur la guerre sociale qui a été perdu.

Cette guerre est « sociale » à deux titres : étymologique puisque socii signifie alliés, et sociologique car elle met face à face la noblesse conservatrice de Rome, incapable de promouvoir une politique libérale et progressiste, et des sous-citoyens méprisés, tyrannisés, oubliés, mais dont Rome se souvient utilement, en cas de conflit à l'extérieur. La guerre sociale s'apparente donc à une lutte des classes au sein de l'Italie et prend souvent l'aspect d'une guerre civile.

Le conflit éclate à la suite du refus opposé par le sénat aux réformes du tribun Livius Drusus. Ce dernier propose en effet d'accorder aux alliés le droit de cité romaine et il annexe à son projet révolutionnaire une loi agraire. Si les grands propriétaires provinciaux représentés en majorité au sénat sont hostiles aux lois de Livius Drusus et les rejettent, les Italiens, en revanche, font de leur acceptation une question de principe. L'assassinat de Livius Drusus, au cours de l'été ~ 91, provoque leur révolte ; Pompedius Silo, un Marse, rassemble bientôt cent mille rebelles ; ceux-ci prennent pour capitale Corfinium, y installent un sénat, nomment des préteurs et fondent en fait une sorte de république fédérale couvrant presque toute l'Italie et s'opposant à la république d'une seule ville, celle de Rome : ce n'est plus à une révolte, mais à une révolution, et à une sorte de guerre de sécession que les Romains doivent faire face. Cette guerre est menée très durement dans un camp comme dans l'autre. Elle provoque la mort de plus de trois cent mille Italiens. Elle permet aussi à un certain nombre de jeunes Romains promis à la célébrité de faire leurs premières armes, comme Sertorius, ou à d'autres généraux déjà blanchis sous le harnais, tels Sylla et Marius, de prendre la mesure de leur popularité et de leur puissance dans la perspective d'une rivalité prochaine. Dans le même temps où Rome parvient à reprendre une à une les villes insurgées, notamment sous la conduite de Pompeius Strabo, et à tuer Pompedius Silo, les responsables politiques s'aperçoivent que des réformes sont indispensables. Ils achètent la soumission des villes contre le droit de cité romaine mais ils sont assez habiles pour verser les nouveaux citoyens dans huit des trente-cinq tribus existantes. Ceux-ci, toujours minoritaires, ne peuvent donc avoir aucune influence électorale. C'est vers ~ 89 que s'éteint officiellement cette guerre atroce. Mais Mithridate, roi du Pont, continue à alimenter de ses subsides des foyers de révolte, afin de gêner les Romains et de détourner vers les rebelles les opérations militaires prévues contre lui. Néanmoins cette guerre sociale n'a pas été inutile. Les conditions d'une unification de l'Italie, devenue enfin romaine, sont créées. Mais il faudra attendre 212 et l'édit de Caracalla pour que le droit de cité romaine, dont Rome avait été si avare, soit reconnu à tous les habitants de l'Empire : seconde étape de l'unification du monde romain, dont la guerre sociale a été la première.

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  • : diplômé d'études supérieures d'histoire, directeur de collections historiques

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Pour citer l’article

Joël SCHMIDT, « GUERRE SOCIALE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/guerre-sociale/