GONG XIAN [KONG HIEN] (av. 1599-1689) ET KUNCAN [K'OUEN-TS'AN] (1612-av. 1680)

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Le théoricien et l'artiste

Les théories picturales de Gong Xian se trouvent consignées dans un traité Les Secrets de la peinture – Hua jue – ainsi que dans les nombreuses inscriptions tracées par l'artiste sur ses œuvres. Le traité est constitué en fait par une compilation des notes que Gong Xian avait écrites en marge des esquisses et démonstrations graphiques destinées à ses élèves, aussi présente-t-il un caractère d'initiation élémentaire à la technique picturale, très simple et concret. La théorie esthétique est plus développée dans les inscriptions de peinture. Pour Gong Xian, le fondement de l'art réside dans la nature ; avec la nature pour guide, le peintre doit développer une création autonome, affranchie des stéréotypes et des écoles. On retrouve ces mêmes idées chez les autres grands contemporains de Gong Xian, les individualistes du xviie siècle, chez Shitao en particulier qui les exprimera avec le plus d'éloquence. La différence entre Shitao et Gong Xian est que le premier hausse la théorie esthétique sur le plan abstrait et universel de la philosophie, tandis que le second la relie toujours étroitement à l'expérience concrète de la technique picturale.

Une autre idée essentielle de Gong Xian est que le peintre doit atteindre l'originalité – qi – par des moyens équilibrés – an. La vertu d'équilibre est illustrée par les peintres professionnels qui possèdent une grande sûreté de métier, mais qui manquent d'inspiration spirituelle ; les lettrés, au contraire, expriment plus aisément une invention originale, cependant que la solidité équilibrée du métier leur fait souvent défaut ; à tout prendre, cette maladressesheng – inspirée est préférable à la banalité stable des professionnels, l'idéal n'en restant pas moins d'asseoir l'originalité sur un équilibre naturel. Gong Xian s'interroge sur les relations qui unissent art et réalité : l'art est une illusion, mais une illusion nourrie de réalité ; le paysage peint doit être tout à la fois conforme à la logique des paysages réels et animé d'une invention créatrice qui lui confère son caractère d'étrangeté unique, naturel sans être ordinaire, plausible et pourtant singulier.

Aux maîtres Song, Gong Xian a emprunté cette technique d'une peinture lente, à la texture dense, nourrie de couches successives qui peuvent aller jusqu'à six et sept épaisseurs de surpeints. Aussi chez lui l'« encre » (les valeurs tonales) prend-elle le pas sur le « pinceau » (le graphisme) : le trait a tendance à se dissoudre dans un pointillisme tonal qui suggère les variations de lumière sur les volumes et crée à l'entour des objets cette sorte de touffeur sombre, vivante et mystérieuse qui est la marque unique du maître. Gong Xian appartient à cette race d'artistes pour qui l'intériorité compte plus que le spectacle ; pour creuser plus profondément son domaine propre, il se refuse les métamorphoses chatoyantes (en cela, il est l'exact opposé de Shitao). Il aborde assez rarement les grands formats ; sur les larges surfaces son procédé, si original pourtant, aboutit facilement à un effet de répétition assez fastidieux. Mais il excelle dans le feuillet d'album et s'y montre mieux capable de renouvellement. Artiste d'une conscience admirable, il n'était pas assez « désinvolte » (yi) pour satisfaire les goûts de son temps. Aujourd'hui, en revanche, cette peinture méditative et dense exerce directement son appel sur la sensibilité moderne.

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Écrit par :

  • : reader, Department of Chinese, Australian National University

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Pour citer l’article

Pierre RYCKMANS, « GONG XIAN [KONG HIEN] (av. 1599-1689) ET KUNCAN [K'OUEN-TS'AN] (1612-av. 1680) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gong-et-kuncan/