TERRAGNI GIUSEPPE (1904-1943)

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La ville de Côme, haut lieu de la Lombardie touristique, mériterait aussi l'hommage des amateurs d'histoire de l'architecture moderne. C'est en effet ici que vécurent deux figures emblématiques du rationalisme constructif en Italie au xxe siècle, Antonio Sant'Elia (1888-1916) et Giuseppe Terragni. Tous deux firent leurs études secondaires à Côme, où ils furent diplômés, et travaillèrent à Milan où ils se lièrent à l'avant-garde. Ils moururent jeunes, l'un à vingt-six ans, l'autre à trente-neuf ans, des suites de blessures reçues à la guerre, le premier à celle de 1914, le second à celle de 1939-1945. Dans l'intervalle, ces jeunes maîtres avaient tout juste eu le temps de donner la preuve de leur génie, épanoui grâce à la doctrine futuriste qui a fait entrer l'Italie dans la modernité.

Né près de Milan, Giuseppe Terragni suivit les cours de l'École polytechnique de cette ville, où les futuristes avaient lutté avant 1914. Membre actif — avec Giò Ponti — du « groupe 7 », héritier direct du mouvement lancé par le poète Marinetti, le jeune architecte, dès 1927, présente à la troisième biennale de Monza deux projets pour une usine à gaz et pour une usine de tuyaux d'acier qui sont très proches de l'ingénierie. L'année suivante, son immeuble Novocomun, à Côme, constitue le premier exemple de l'architecture rationnelle en Italie, un beau bloc de béton à l'angle cassé par un cylindre et qui ne doit rien au bric-à-brac toujours à la mode depuis que l'Italie a totalement perdu son rôle de chef de file en matière d'architecture.

Marinetti, le père du futurisme, avait adhéré avec enthousiasme au fascisme, et Terragni fera de même, en toute loyauté : engagement fâcheux qui a longtemps embarrassé la critique. Lorsqu'il construira la Maison du fascisme, à Côme — bâtiment heureusement préservé —, il travaillera avec sa foi militante en voulant bâtir un espace destiné à trois fonctions : l'éducation spirituelle des masses, l'exaltation des forces physiques, les besoins de l'organisation du parti. Le résultat est un carré parfait, tout en surfaces vitrées, et que couronne un toit en terrasse. Mies van der Rohe aurait pu signer cet édifice conforme à sa devise « Moins est plus ». Devant cette œuvre rare, on ne peut s'empêcher de penser que Terragni a certainement eu l'ambition de rivaliser avec l'imposant palais communal de Côme, le fameux Broletto qui est l'un des plus anciens palais d'Italie (1215). Contrairement au régime ancien, le fascisme — dans l'esprit de Terragni — n'avait rien à cacher.

Le troisième chef-d'œuvre de Terragni fut ensuite son Asilo Sant'Elia, une école maternelle (1935-1937) dans un quartier populaire de Côme. Ici sont appliquées un certain nombre de recettes classiques pour les tenants du mouvement moderne : absence de symétrie, pas de murs opaques, parois mobiles, recherche de la lumière. Mais en Italie, un tel parti était encore suspect, et Terragni aura bien besoin de son frère, ingénieur devenu notable fasciste, pour imposer ses conceptions « internationales » où le génie romain n'apparaît qu'en filigrane. Cependant Terragni se voyait reconnu par l'intelligentsia : il eut maintes occasions de construire des immeubles, des villas et même quelques rues de quartiers populaires dont la rigueur annonce l'après-guerre. L'un de ses derniers projets fut le Danteum, bâtiment en l'honneur de l'auteur de la Divine Comédie : des blocs d'espaces rectangulaires disposés en labyrinthes symbolisaient les étapes de l'Enfer, du Purgatoire et du Paradis.

Ayant accueilli la Seconde Guerre mondiale avec la même exaltation que Sant'Elia qui s'était engagé en 1915 et fut tué au front l'année suivante, Terragni alla combattre dans les Balkans et en Russie. Rapatrié, il mourut à Côme. En partie grâce à lui, la prophétie de son aîné avait commencé de s'accomplir en Italie : « Nous ne sommes plus sensibles aux formes monumentales, massives, statiques, mais notre sensibilité s'est enrichie du goût des formes légères, pratiques, du provisoire et de la vitesse. » (Sant'Elia, Manifeste de l'architecture futuriste, juill. 1914.)

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Roger-Henri GUERRAND, « TERRAGNI GIUSEPPE - (1904-1943) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/giuseppe-terragni/