GENRE ET HISTOIRE DE L'ART

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En histoire de l’art, les études de genre s’intéressent aux diverses représentations de la masculinité et de la féminité, aux rapports sociaux de sexe et aux sexualités, et à leurs transformations au cours du temps. Le concept de genre se réfère à la répartition hiérarchique des rôles selon le sexe dans une société donnée, répartition qui contribue à la construction sociale des normes masculines et féminines. Catégorie fondamentale de l’organisation culturelle, le genre est en relation étroite avec les catégories de race, de classe et d’orientation sexuelle.

Issues des réflexions féministes des années 1970, les études de genre prolongent les analyses des conditions faites aux femmes à travers une prise en compte des relations sociales entre les sexes, dans une co-construction des identités. Les artistes tentent de défaire les assignations sociales par de nouvelles images, pour engendrer d’autres manières d’être ou légitimer d’autres possibilités d’existence que celles qui sont issues de la polarité homme-femme, masculin-féminin, hétérosexualité-homosexualité. Ces représentations sont liées à des constructions identitaires dont l’historiographie peut être partagée en trois périodes : la période féministe des années 1970, la déconstruction des années 1980 et l’ouverture queer des années 1990-2000 (le terme anglais queer qui signifie « étrange, bizarre » est ici entendu comme une extension des luttes féministes et homosexuelles à une palette encore plus large de représentations sexuées et sexuelles). Ces trois perspectives visent à enrichir, déconstruire et ouvrir l’histoire de l’art dominante. À la fin du xxe siècle, certaines institutions telles que le Centre Georges-Pompidou, à Paris, ont commencé à aborder l'art dans la perspective de la différence sexuelle, notamment à travers l’exposition Féminin-Masculin (1995) et elles@centrepompidou (2009), qui proposait un nouvel accrochage des collections permanentes.

Valoriser les expériences des femmes

Les analyses féministes se développent à partir de l’article de Linda Nochlin « Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? », paru dans la revue américaine Artnews (1971). La résurgence du mouvement féministe dans les années 1970 amène des interventions féministes propres au monde de l’art : valorisation de thématiques féministes, recherches historiques, relecture des œuvres et étude du parcours des hommes. Soutenues par le développement d’une scène alternative dynamique, elles s’intéressent à la mise en place de positions asymétriques entre les femmes et les hommes au sein du canon de l’histoire de l’art.

Some Living American Women Artists, M. B. Edelson

Photographie : Some Living American Women Artists, M. B. Edelson

Le montage photographique Some Living American Women Artists/Last Supper (1972) de l'artiste américaine Mary Beth Edelson revisite La Cène de Léonard de Vinci à travers le prisme d'artistes femmes, icônes du mouvement féministe des années 1970. Parmi elles, Georgia O'Keeffe occupe ici... 

Crédits : 2014 Mary Beth Edelson/ D.R./ MoMA, New York

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Linda Nochlin conclut à l’impossibilité pour les femmes de réussir à l’intérieur du système de valeurs dominantes. Dans l’ouvrage Old Mistresses (1981), Rozsika Parker et Griselda Pollock analysent les stéréotypes appliqués à l’art féminin. Elles rendent compte du jeu mené par les plasticiennes avec les codes artistiques et les institutions pour parvenir à produire à toutes les époques. L’exposition Issue : Social Strategies by Women Artists (1980), organisée à l’Institute of Contemporary Arts de Londres par Lucy Lippard, présente des artistes féministes intéressées par des sujets tabous. Elle dresse un bilan des apports féministes à l’art, qui vont de l’introduction du contenu émotionnel et autobiographique à la valorisation de l’art populaire, du travail collectif ou du remplacement de l’image centrée (symbole du sexe féminin) par des collages multiples, renvoyant aux aspects fragmentés des vies des femmes. Lucy Lippard soutient, par exemple, les travaux de Mierle Laderman Ukeles, Martha Rosler, Adrian Piper ou encore de Suzanne Lacy et Leslie Labowitz. Cette contribution analyse ce que signifie être femme dans un contexte patriarcal.

Aux États-Unis, des écoles féministes se constituent et mettent l’expérience socioculturelle des femmes au cœur de la création (le Feminist Art Program en Californie). L’affirmation valorisante de la culture et du corps des femmes est considérée comme un acte politique, ce qu’illustrent les performances et les installations réalisées dans le cadre de la Womanhouse à Los Angeles en 1972 : sous l’influence de Judy Chicago et Miriam Schapiro et des élèves de l’école féministe, les pièces d’une maison sont investies pour représenter l’état de la condition féminine. Les œuvres utilisent les expériences féminines comme des [...]

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Some Living American Women Artists, M. B. Edelson

Some Living American Women Artists, M. B. Edelson
Crédits : 2014 Mary Beth Edelson/ D.R./ MoMA, New York

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Untitled (Your Body is a Battleground), B. Kruger

Untitled (Your Body is a Battleground), B. Kruger
Crédits : Courtesy of Barbara Kruger/ The Broad Art Foundation, Santa Monica

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Do women have to be naked to get into the Met. Museum ?, Guerrilla Girls

Do women have to be naked to get into the Met. Museum ?, Guerrilla Girls
Crédits : 1989, 1995 by Guerrilla Girls

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Écrit par :

  • : docteure ès histoire de l'art, professeure d'histoire de l'art à l'École européenne supérieure d'art de Bretagne

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Fabienne DUMONT, « GENRE ET HISTOIRE DE L'ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/genre-et-histoire-de-l-art/