GAUCHERIE

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Le terme « gaucherie » comporte plusieurs sens. Ce terme fait référence au choix de la main gauche pour écrire, mais il signifie également « manque d’adresse ». Les gauchers seraient-ils maladroits, par opposition aux droitiers ? Ou s’agit-il d’une stigmatisation sans fondement dont sont souvent victimes les minorités ?

On dit d’une personne qu’elle est gauchère si elle écrit avec sa main gauche et se sert de cette même main pour effectuer la majorité des actions de la vie quotidienne. Mais la dichotomie droitier-gaucher est trompeuse : elle n’est valable que lorsqu’on considère une activité automatisée comme l’écriture. La main gauche d’un gaucher est rarement dominante pour toutes les actions, les gauchers étant souvent moins latéralisés que les droitiers. De nos jours, lorsque l’utilisation de la main gauche n’est pas réprimée par la société, environ 10 à 12 p. 100 de la population est gauchère. On observe légèrement plus de gauchers chez les hommes que chez les femmes. Les gauchers sont ainsi minoritaires dans toutes les sociétés étudiées, et les artefacts les plus anciens prouvent que cela a toujours été le cas. Dans les sociétés occidentales, l’interdiction d’écrire de la main gauche à l’école s’accompagnait parfois de sévices corporels pouvant aller jusqu’à attacher la main gauche de l’enfant sur la chaise : depuis que cette interdiction a cessé, entraînant la disparition des « gauchers contrariés », le pourcentage de gauchers a fortement augmenté, comme en Australie, par exemple, où il est passé de 2 p. 100 en 1900 à 13 p. 100 en 1960. Un certain nombre de sociétés considèrent toujours la main gauche comme la main impure avec laquelle on ne doit pas manger, ni même écrire parfois.

La latéralisation cérébrale est différente entre gauchers et droitiers. Chez les gauchers, l’hémisphère dominant pour la motricité unimanuelle est presque toujours l’hémisphère droit, et non l’hémisphère gauche comme chez les droitiers. Une différence frappante concerne le contrôle des principales fonctions langagières : certes, les gauchers ne sont pas le miroir des droitiers, mais seulement 70 p. 100 des gauchers ont les principales fonctions du langage représentées dans l’hémisphère gauche (contre plus de 90 p. 100 des droitiers), et les gauchers ont beaucoup plus souvent que les droitiers une représentation bilatérale du langage. Il se pourrait que cette représentation bilatérale ait à voir avec le fait que le corps calleux, cette bande de fibres qui relie les deux hémisphères et permet les échanges interhémisphériques, est plus volumineux chez les gauchers que chez les droitiers.

En revanche, sur le plan comportemental, les différences entre gauchers et droitiers sont loin d’être flagrantes. La plupart des études montrent que les adultes gauchers ne se différencient pas des droitiers d’un point de vue cognitif, sauf parfois dans le domaine du langage où les droitiers auraient de meilleures performances. Quelques études ont montré un développement plus précoce du langage chez les enfants droitiers comparés aux gauchers, mais la différence est faible et varie avec le test utilisé. Les gauchers ont la réputation d’être plus créatifs que les droitiers ; il existe certes des gauchers célèbres dans le monde de l’art mais, à ce jour, rien ne prouve qu’il faille généraliser quoi que ce soit en la matière. Une différence dans les habiletés motrices à la défaveur des gauchers a été observée chez les enfants, mais les gauchers adultes sont surreprésentés dans l’élite de certains sports, en particulier des sports d’opposition comme le ping-pong, le tennis ou l’escrime. Ces athlètes pourraient avoir un avantage sur les droitiers grâce à leur plus grande familiarité avec un opposant droitier, comparée celle des droitiers face à un gaucher. Il se peut aussi que, dans les échanges très rapides, le fait que l’attention spatiale et la motricité du bras sont sous le contrôle du même hémisphère leur procure un avantage de rapidité sur les joueurs droitiers dont l’hémisphère gauche contrôle la motricité manuelle tandis que l’hémisphère droit joue un rôle prépondérant dans le traitement de l’espace. On a tendance à imputer ces caractéristiques particulières au fait d’utiliser la main gauche, alors qu’il se peut que la tendance à l’ambidextrie plus forte des gauchers soit un facteur important de leur avantage.

On a longtemps dit que les gauchers étaient surreprésentés dans les populations souffrant de pathologie du développement. En fait, les études approfondies montrent que c’est plutôt un déficit de latéralisation qui caractérise la plupart des pathologies du développement. Ce déficit, qui va de pair avec une habileté moyenne mais égale de l’une ou l’autre main, est à distinguer de l’ambidextrie fréquente chez les chirurgiens, qui s’accompagne d’une excellence des deux mains.

La difficulté de traiter des gauchers en général provient du fait qu’ils ne représentent sans doute pas une catégorie homogène. Les gauchers ont en commun qu’ils utilisent leur main gauche pour la plupart des tâches manuelles, et ils partagent aussi le fait de vivre dans une société de droitiers à laquelle ils doivent s’adapter. Cependant, tous les gauchers ne le sont pas pour les mêmes raisons et celles-ci les différencient sans doute plus que ne les réunit leur gaucherie. Ainsi, les gauchers ont souvent une « histoire familiale de gaucherie ». La gaucherie serait-elle donc héréditaire ? Personne n’a jamais trouvé de « gène de la gaucherie », ni de « gène de la droiterie » qui serait absent chez les gauchers. Les jumeaux sont plus fréquemment gauchers, mais les vrais jumeaux ne partagent pas beaucoup plus souvent la même préférence manuelle que d’autres frères et sœurs. Et les enfants gauchers restent minoritaires même avec deux parents gauchers.

Des facteurs autres que génétiques peuvent influencer la préférence pour la main gauche de l’enfant d’un parent gaucher, l’imitation par exemple. Il se peut néanmoins que des facteurs génétiques indirects expliquent le choix de la main gauche chez certains gauchers : l’influence génétique – dont on fait l’hypothèse qu’elle apporte un biais dans le système postural de l’embryon et du fœtus et pèse ainsi sur le choix d’une main préférée – pourrait être absente ou différente chez les gauchers. Parmi les facteurs périnataux retrouvés plus fréquemment chez les enfants gauchers que chez les droitiers se trouve l’exposition à certains œstrogènes ; on a aussi parfois montré un effet de la saison de naissance, les gauchers naissant plus souvent pendant les mois froids que pendant les mois chauds, mais les résultats ne concordent pas toujours entre les études qui restent assez peu nombreuses à avoir inclus le mois de naissance parmi les paramètres étudiés. Dans de rares cas, on retrouve chez des gauchers un antécédent de lésion précoce [...]

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LATÉRALISATION MANUELLE

  • Écrit par 
  • Jacqueline FAGARD
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Pour citer l’article

Jacqueline FAGARD, « GAUCHERIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/gaucherie/