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BERTRAND GABRIEL (1867-1962)

Chimiste français, Gabriel Bertrand fut, sans doute, parmi les savants de son époque, celui dont les travaux ont, depuis Pasteur, exercé le plus d'influence dans les domaines les plus divers en raison de leurs incidences en chimie, en physiologie, en médecine, en hygiène et en agriculture.

Distingué comme un remarquable chimiste par Frémy, Gabriel Bertrand s'inscrit à l'École supérieure de pharmacie et sera pharmacien de première classe en 1894. Mais il reste au Muséum, d'abord comme préparateur bénévole de L. Maquenne (1889) au laboratoire de P. P. Dehérain, puis comme préparateur à la chaire de chimie appliquée aux corps organiques (professeur Albert Arnaud). Il n'a alors que vingt-trois ans. En 1897, Émile Duclaux, successeur de Pasteur à la direction de l'Institut Pasteur, l'appelle au poste de chef de service. Sa thèse de doctorat, sur la biochimie de la bactérie du sorbose, lui vaut d'être nommé chargé de cours à la Sorbonne en 1905. Titulaire de la chaire de chimie biologique de la faculté des sciences de l'université de Paris, il restera simultanément chef de service à l'Institut Pasteur.

Membre de l'Académie des sciences en 1923, il en fut président en 1943 ; il appartint aussi à l'Académie d'agriculture (1926) qu'il présida en 1935 et à l'Académie de médecine (1931).

La partie maîtresse de son œuvre a été, d'après lui-même, consacrée à la connaissance de la composition chimique élémentaire des plantes et des animaux. Gabriel Bertrand a créé le mot « oligo-éléments » pour désigner ceux des éléments chimiques qui sont régulièrement trouvés, bien qu'à l'état de traces, à l'analyse fine de tous les organismes. Il écrivait en 1937 que dix-huit métalloïdes et métaux étaient dosés d'une manière constante en petites proportions : fluor, brome, iode, bore, arsenic, silicium, fer, zinc, cuivre, nickel, cobalt, manganèse, aluminium, plomb, étain, molybdène, vanadium et titane. Certains de ces résultats eurent aussitôt un retentissement considérable : l'arsenic devait être considéré comme un élément normal de tous les organismes, même de ceux qui sont prélevés à grande profondeur dans la mer, donc à l'abri des pollutions industrielles. L'importance réelle d'autres recherches ne s'est confirmée que par la suite, ainsi par exemple celles qui lui permettaient d'affirmer, dès 1903, que le manganèse devait être considéré comme un élément fertilisant en agriculture et (avec H. Agulhon) que le bore était dans le même cas. Dès 1921, il montrait que le zinc jouait un rôle important dans les phénomènes de reproduction chez les animaux. Le zinc est le premier oligoélément dont le caractère indispensable ait été établi par M. Javillier, un de ses anciens élèves, dans le cas d'Aspergillus niger (1907).

Dans le domaine des zymases (ou enzymes), Bertrand a montré, dès 1894, le rôle du calcium dans l'activité de la pectase de Frémy. Son nom restera attaché à la découverte des deux types d'oxydoréductases catalysant l'oxydation des phénols : la laccase et la tyrosinase. Il reconnut (1894) que le constituant oxydable du latex de l'arbre à laque était un composé phénolique (le laccol) et que la laccase « est l'agent provocateur de l'oxydation » (1895). La première oxydase était découverte et le rôle d'un métal dans le mécanisme de l'oxydation enzymatique était, pour la première fois, suggéré. « La laccase, écrivait-il en 1903, est [donc] susceptible de provoquer soit uniquement l'oxydation, soit à la fois l'oxydation et la condensation... Le second cas s'est présenté [ici] avec un corps [le gayacol] dont la molécule renferme un seul oxhydrile phénolique, et la condensation a eu pour résultat de fournir, précisément comme dans le cas plus simple de l'hydroquinone, un dérivé à fonction quinonique. »[...]

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Écrit par

  • : professeur honoraire au Conservatoire national des arts et métiers, correspondant de l'Académie des sciences.

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • OLIGOÉLÉMENTS

    • Écrit par Jean LAVOLLAY
    • 3 576 mots
    • 1 média
    ...quels étaient ceux dont l'existence dans tous les organismes, végétaux et animaux, permettrait de les envisager comme des constituants normaux. Dès 1937, Gabriel Bertrand considérait comme démontré qu'en plus des onze éléments qualifiés de plastiques (C, H, O, N, P, S, K, Na, Ca, Mg, Cl) dix-huit ...

Voir aussi