KAHLO FRIDA (1907-1954)

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Depuis sa mort précoce, en 1954, la vie et l'œuvre de Frida Kahlo, qu'on a longtemps présentée dans l'ombre et le sillage de son mari Diego Rivera, font l'objet de révisions constantes qui soulignent avec de plus en plus de force l'originalité et la créativité de cette artiste. De son vivant, elle avait déjà attiré l'attention de personnalités aussi diverses que Picasso, Kandinsky, André Breton, ou encore Trotski, qu'elle accueille en 1937 lorsqu'il se réfugie au Mexique et à qui elle a dédié un de ses autoportraits. André Breton évoquait à son sujet un « ruban attaché autour d'une bombe », tout en voyant en elle « une artiste fascinante et une femme complexe et compliquée, hantée par des fantasmes ennemis ». Par la suite, et avec le recul des années, Carlos Fuentes, Jean-Marie Le Clézio et d'autres reviendront sur le génie créatif de Frida Kahlo, dont Octavio Paz a qualifié la peinture de « poésie explosive ».

Une autobiographie en portraits

Frida Kahlo est née dans les faubourgs de Mexico à Coyoacán, le 6 juillet 1907, elle a souvent prétendu qu'elle était née en 1910, année où éclate la révolution mexicaine. Son père est un juif allemand issu d'une famille aux origines hongroises et sa mère mexicaine. Enfant, Frida assiste souvent son père dans son métier de photographe, et c'est par lui qu'elle apprend l'art des retouches et du cadrage qu'elle mettra particulièrement à profit dans les portraits qui constituent une ligne de force de son œuvre. À leur propos, Picasso dira à Rivera : « Ni Derain ni moi ni toi ne sommes capables de peindre une tête comme celle de Frida Kahlo. » Ses portraits et autoportraits ont la pose un peu hiératique des photographies d'identité et, en même temps, la « naïveté » de certaines peintures populaires. Ces tableaux comportent souvent des banderoles peintes, où apparaissent la date de composition, le nom de l'artiste, ainsi que ceux des personnages représentés, comme sur les ex-votos que collectionne Frida et qui recouvraient un des murs de la « Maison bleue ».

Renvoyant à des situations autobiographiques implicites, les autoportraits ont également d'indéniables implications socioculturelles. Dans le tableau Frida et Diego (San Francisco, Museum of Modern Art, 1931), où elle se représente en compagnie de son époux, elle montre ce regard noir, teinté d'humour et de témérité, parfois de gravité et de détresse – on pense à l'Autoportrait aux cheveux dénoués de 1947 (collection particulière) – qui fixe directement le spectateur sous le double arc soudé de ses épais sourcils. On retrouve ce même visage dans les nombreuses images qu'elle a données d'elle-même. Un visage androgyne, ombré d'une légère moustache, sévère, jamais souriant, voire les larmes aux yeux, qui se détache tantôt sur un fond abstrait, accompagné quelquefois de ses animaux familiers (singes et chiens), tantôt sur un écran de feuillages et de lianes que vient contredire une impassibilité apparente.

Frida Kahlo

Photographie : Frida Kahlo

André Breton rencontre Frida Kahlo en avril 1938, à l'occasion de son séjour au Mexique. Revenu en France, il organise en mars 1939 une exposition, Mexique, dont une section est précisément consacrée à l'artiste peintre. Dans la notice du catalogue, reprise par la suite dans Le... 

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« Ma peinture porte en elle le message de la douleur », explique l'artiste. Victime d'un très grave accident de la circulation en 1925, Frida Kahlo subit une interminable série d'opérations qui iront jusqu'à l'amputation d'une jambe et qui finiront par la terrasser à l'âge de quarante-sept ans. D'où la présence, dans ses tableaux et dessins, du sang et d'organes représentés à la manière des planches anatomiques. Dans ce qui est peut-être son tableau le plus célèbre, Les Deux Frida (1939, Musée d'Art moderne, Mexico), qu'elle présente à l'Exposition internationale du surréalisme qui se tient à Mexico en 1940, les cœurs des deux personnages apparaissent à nu, sur les robes dont les corps sont parés. La Colonne brisée (1944, Fondation Dolores Olmedo, Mexico) la montre dans un paysage désertique, les larmes aux yeux, le corps perforé de clous, comme saint Sébastien par les flèches, et entrouvert pour laisser apparaître une colonne dorique fragmentée qui lui tient lieu de colonne vertébrale. Autre conséquence de cet accident tragique : plusieurs fausses couches qu'elle a évoquées dans des dessins et un étrange tableau de 1932, Hôpital Henry Ford ou le lit volant (Fondation Dolores Olmedo, Mexico), où elle gît sur un lit maculé de sang. De son corps semblent s'envoler, au mépris de toute perspective et de tout sens des proportions, l'enfant qu'elle vient de perdre, un escargot (image de la lenteur que la fausse couche a mise à se manifester), un corset orthopédique, un appareil chirurgical, une é [...]

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Frida Kahlo

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Diego Rivera et Frida Kahlo

Diego Rivera et Frida Kahlo
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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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FRIDA KAHLO / DIEGO RIVERA. L'ART EN FUSION (exposition)

  • Écrit par 
  • Claude FELL
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Le musée de l’Orangerie à Paris présente une exposition intitulée Frida Kahlo / Diego Rivera. L’art en fusion (9 octobre 2013 - 13 janvier 2014) dédiée à ces deux artistes, dont « l’histoire – écrit J.M.G. Le Clézio dans l’essai qu’il leur a consacré,Diego et Frida (1993) – [est […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Claude FELL, « KAHLO FRIDA - (1907-1954) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frida-kahlo/