TURNER FREDERICK JACKSON (1861-1932)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L’historien américain Frederick Jackson Turner est connu pour avoir formulé la thèse de la « Frontière », suggérant que le caractère distinctif des États-Unis tient à leur longue histoire de la conquête de l’Ouest. En dépit de la renommée de cette théorie, qui repose sur une cause unique, Turner, dans ses fonctions d’enseignant et de directeur de recherche, insiste sur la multiplicité des causes en histoire et reconnaît l’interaction de cette discipline avec la politique, l’économie, la culture et la géographie. Son analyse de l’histoire et de la culture américaines influencera de nombreux ouvrages sur l’histoire des États-Unis.

Frederick Jackson Turner

Photographie : Frederick Jackson Turner

Frederick Jackson Turner, historien américain progressiste, a mis en lumière l’importance de la frontière dans l’histoire des États-Unis. 

Crédits : Library of Congress, Washington D.C.

Afficher

Frederick Jackson Turner est né le 14 novembre 1861, à Portage, dans le Wisconsin, alors situé à la frontière des États-Unis. Il étudie à l’université du Wisconsin, à Madison, puis à l’université Johns-Hopkins (Baltimore), sous la direction d’Herbert Baxter Adams. Titulaire d’un doctorat en 1891, il est un des premiers historiens formés aux États-Unis et non en Europe. Turner débute sa carrière d’enseignant à l’université du Wisconsin en 1889 et commence à faire parler de lui avec son premier article scientifique, « The Significance of History » (1891), où il explique que chaque époque écrit l’histoire du passé à l’aune de la pensée de son temps. Cette conception, controversée, selon laquelle il n’existe pas de vérité historique immuable, et que toutes les interprétations historiques sont façonnées par les problématiques de l’époque où elles sont énoncées, deviendra emblématique de la « nouvelle histoire ». Turner fait partie des historiens dits « progressistes », avec James H. Robinson et Charles Beard notamment, même si son progressisme, conformément au tempérament politique d’un homme né dans une petite ville du Midwest, est plutôt timide. Il démontre cependant clairement que ses analyses historiques s’inspirent des problématiques contemporaines.

Turner expose pour la première fois son interprétation de l’histoire américaine dans le discours « The Significance of the Frontier in American History » prononcé lors d’un colloque d’historiens à Chicago en 1893 et publié en 1920. Herbert B. Adams, son mentor à l’université Johns-Hopkins, avait avancé que toutes les institutions américaines importantes puisaient leurs racines dans des institutions allemandes et anglaises. Fermement opposé à cette idée, Turner explique au contraire que les Européens ont été transformés par la colonisation du continent américain, et que le caractère unique des États-Unis tient à l’histoire de la frontière.

Il retrace l’évolution sociale de la vie à la frontière à mesure que cette dernière se déplace à travers le continent, analysant les conditions de vie primitives de l’explorateur, du trappeur et du marchand, puis le développement agricole et, enfin, la complexité de la ville et de l’usine. Turner postule que l’identité américaine a été profondément façonnée par les conditions de vie à la frontière, en particulier par l’abondance de terre disponible, dont le peuplement engendre des traits de caractère tels que l’autonomie, l’individualisme, l’inventivité, une énergie inépuisable, la mobilité, le matérialisme et l’optimisme. Sa thèse sera, pour les cinquante années suivantes, l’interprétation dominante de l’histoire américaine, se propageant largement dans les universités et dans la littérature populaire. Si les historiens tendent aujourd’hui à rejeter ces théories iconoclastes et préfèrent mettre en œuvre une multitude de facteurs dans leurs interprétations du passé, l’analyse de la frontière élaborée par Turner demeure l’explication la plus populaire de l’histoire américaine dans les milieux cultivés.

Au regard de son immense influence, Turner écrit relativement peu d’ouvrages. Il fait publier Rise of the New West, 1819-1829 (1906) dans la collection The American Nation, qui réunit des contributions des plus grands historiens des États-Unis. La suite de cette étude sur l’Ouest américain, intitulée The United States, 1830-1850 : The Nation and Its Sections (1935), paraîtra à titre posthume.

En revanche, il maîtrise à merveille l’art de l’essai et les meilleurs d’entre eux sont réunis sous les titres The Frontier in American History (1920, La Frontière dans lhistoire des États-Unis) et The Significance of Sections in American History (1932), récompensé par le prix Pulitzer en 1933. Turner promeut dans ces écrits de nouvelles mét [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  TURNER FREDERICK JACKSON (1861-1932)  » est également traité dans :

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Le territoire et les hommes) - Géographie

  • Écrit par 
  • Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, 
  • Catherine LEFORT, 
  • Laurent VERMEERSCH
  •  • 19 933 mots
  •  • 16 médias

Dans le chapitre « Les mythes liés au territoire »  : […] Bien que les États-Unis soient un pays à population majoritairement urbaine, les Américains n'en sont pas moins attachés à la nature, qui a joué un rôle essentiel dans la formation de la nation et qui reste aujourd'hui très présente dans les paysages et dans la culture. Les premiers temps de la conquête ont constitué une lutte contre la nature, alors perçue comme un milieu hostile parce que inconn […] Lire la suite

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Marc CHÉNETIER, 
  • Rachel ERTEL, 
  • Yves-Charles GRANDJEAT, 
  • Jean-Pierre MARTIN, 
  • Pierre-Yves PÉTILLON, 
  • Bernard POLI, 
  • Claudine RAYNAUD, 
  • Jacques ROUBAUD
  •  • 40 208 mots
  •  • 24 médias

Dans le chapitre « Frederick Jackson Turner, l'Ouest et la frontière : 1893 »  : […] En juillet 1893, Chicago, la grande métropole du Midwest, a organisé, pour célébrer le quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique, une Exposition universelle et c'est à cette occasion qu'un jeune historien du Wisconsin, Frederick Jackson Turner, donne lecture d'une conférence sur « l'importance et la signification de la Frontière dans l'histoire américaine » qui allait ouvrir un nouveau […] Lire la suite

Pour citer l’article

John M. FARAGHER, « TURNER FREDERICK JACKSON - (1861-1932) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frederick-jackson-turner/