WHITTLE FRANK (1907-1996)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'aviation moderne doit à sir Frank Whittle l'invention qui révolutionna le transport aérien de l'après-guerre, le moteur à réaction. Il fut en effet le premier, en janvier 1930, à déposer un brevet sur la propulsion par turboréacteur, alors qu'il n'était âgé que de vingt-trois ans.

Frank Whittle

Photographie : Frank Whittle

L'ingénieur britannique Frank Whittle (1907-1996), pionnier de l'aviation à réaction, à droite, explique, en 1948, le fonctionnement de son turboréacteur W2B. 

Crédits : Charles Hewitt/ Getty Images

Afficher

Frank Whittle naît le 1er juin 1907 à Coventry (Grande-Bretagne) dans une famille modeste d'ouvriers. Il entre à l'école des apprentis de la Royal Air Force (R.A.F.) de Cranwell, puis devient cadet et apprend à piloter les avions, réalisant ainsi son rêve. Il a du mal à supporter les rigueurs de la formation militaire, mais il excelle en mathématiques et en mécanique.

Devenu pilote dans un escadron, il aime particulièrement l'acrobatie aérienne. En 1929, il suit une formation pour devenir pilote instructeur. C'est à cette époque que lui vient l'idée de la propulsion par turboréacteur, c'est-à-dire grâce à la poussée provoquée par un jet de gaz généré par une turbine, s'affranchissant ainsi du même coup du moteur à piston et de l'hélice. Ce type de moteur est le seul à permettre un vol à très grande vitesse et à haute altitude avec un bon rendement thermodynamique. Son invention, qu'il soumet à ses supérieurs, rencontre un grand scepticisme au ministère de l'Air britannique, à tel point que son brevet, déposé le 16 janvier 1930, ne sera même pas couvert par le secret et sera publié en octobre 1932. Frank Whittle ne jugera pas utile de maintenir le brevet – il n'en avait pas non plus les moyens financiers – et celui-ci tombera donc dans le domaine public en 1935.

Il devient pilote d'essai pour le catapultage des avions de la marine, puis, chose exceptionnelle pour un ancien apprenti, entre à l'université de Cambridge pour des études supérieures de mécanique. C'est pendant son séjour à Cambridge en 1936 que, poussé par des amis qui l'aident à financer son entreprise, il crée la société Power Jet Limited pour développer son premier moteur à réaction, le WU (Whittle Unit). Celui-ci fera ses premières rotations le 12 avril 1937.

Il travaille inlassablement avec une toute petite équipe pour résoudre les nombreux problèmes techniques qui se posent, notamment avec la chambre de combustion, et pour trouver des matériaux capables de résister aux températures élevées sous fortes contraintes.

En juin 1939, quelques mois avant l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne, le moteur montre des résultats prometteurs. Le ministère commence à s'y intéresser et finance deux sociétés non aéronautiques pour fabriquer les prototypes des moteurs. La société Gloster se voit confier la réalisation d'un avion expérimental, le Gloster/Whittle E28/39 Pioneer, devant être équipé de ce moteur.

Le premier vol de cet avion a lieu le 15 mai 1941, Frank Whittle est alors âgé de trente-quatre ans. Le pilote d'essai est impressionné par l'absence de vibrations et la douceur du pilotage. En douze jours, l'avion accumule dix heures de vol en dix-sept sorties. Un exploit pour une technologie aussi radicalement nouvelle. Il atteint une vitesse de près de 600 kilomètres par heure, vitesse supérieure à celle du Spitfire, avion de chasse très rapide à l'époque. L'avion Gloster/Whittle E28/39 Pioneer ne fut cependant pas le premier à être équipé de turboréacteurs. Il fut précédé par le He178, avion allemand qui effectua son premier vol le 27 août 1939, propulsé par un turboréacteur dû à Hans von Ohain, dont le brevet était postérieur de cinq ans à celui de Frank Whittle.

La décision fut prise de lancer la fabrication d'un avion bimoteur, le Gloster Meteor, équipé de deux turboréacteurs W2B d'une poussée unitaire de 800 kilogrammes. De nombreuses sociétés, dont Rolls-Royce, ainsi que les Américains avec la société General Electric, commencent à s'intéresser à ce moteur. Ceux-ci feront voler le Bell XP-59A Airacomet avec deux moteurs dérivés du W2B en octobre 1942, six mois avant le Meteor. Le Meteor entrait en service à la fin de juillet 1944 pour parer aux attaques des V1 allemands.

Frank Whittle pensait que l'industrie des turboréacteurs devait non pas être laissée à des intérêts privés mais être nationalisée, ce qui fut le cas de la société Power Jet en janvier 1944. Il fut nommé conseiller technique de la société, mais en démissionna en janvier 1946, comme la plupart des ingénieurs de l'équipe d'origine. Ceux-ci refusaient de voir la société confinée par le ministère à une activité de recherche avec interdiction de développer des moteurs complets. Pendant toutes ces années, Frank Whittle ne ménagea pas sa peine, et sa santé en souffrit. Il fit trois dépressions nerveuses et plusieurs séjours à l'hôpital. Il devait démissionner de la R.A.F. pour raisons de santé en 1948.

Une récompense de 100 000 livres lui sera accordée en 1948 pour son invention et ses travaux. La même année, il est élevé au titre de chevalier de l'Ordre de l'Empire britannique par le roi George VI, lui conférant le titre de sir.

Il occupe ensuite des postes de conseiller auprès de diverses organisations et entreprises, donnant de nombreuses conférences à travers le monde. En 1976, il se retire aux États-Unis où il devient professeur à l'académie navale d'Annapolis.

Sir Frank Whittle souffrit beaucoup de devoir constamment lutter contre les influences politiques et industrielles hostiles qui ne lui permirent pas de disposer des moyens financiers et matériels suffisants pour mener à bien ses travaux. Son seul désir était de servir au mieux la R.A.F. et de lui donner la supériorité aérienne dont les Alliés auraient pu disposer bien plus rapidement, et en tout état de cause avant l'Allemagne, si ces moyens lui avaient été accordés et si la responsabilité globale du développement et de la production des turboréacteurs lui avait été confiée. Désintéressé et estimant qu'un officier en service ne devait pas tirer un quelconque bénéfice de ses activités mais seulement être reconnu pour ses mérites par des récompenses, il céda gratuitement au ministère ses parts dans la société Power Jet lors de sa nationalisation.

Sir Frank Whittle est décédé le 8 août 1996 à Columbia, dans le Maryland, aux États-Unis, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages


Écrit par :

Classification

Autres références

«  WHITTLE FRANK (1907-1996)  » est également traité dans :

AVION BRITANNIQUE À RÉACTEUR

  • Écrit par 
  • Bernard MARCK
  •  • 234 mots
  •  • 1 média

Le Gloster E 28-39, premier avion à réaction britannique, accomplit, le 15 mai 1941, au-dessus de Cranwell, son premier vol (17 min), piloté par Jerry Sawyer. Le moteur à réaction, ou turboréacteur, a été conçu par l'ingénieur et inventeur britannique Frank Whittle (1907-1996), officier de la Royal Air Force, qui avait déposé dès 1930 un brevet pour ce type de propulsion. Impressionnés par la démo […] Lire la suite

PROPULSION AÉRONAUTIQUE

  • Écrit par 
  • Jean CALMON
  •  • 7 132 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Historique du turboréacteur »  : […] Le premier brevet décrivant un système propulsif à réaction est attribué au Français Jean Delouvrier, dit Charles de Louvrié. Cet inventeur français soumit, en 1863, à l'Académie des sciences un projet d'appareil, l'Aéronave, mû par l'éjection d'un fluide sous pression après apport de chaleur. De nombreux brevets furent déposés en Europe dans la première moitié du xx e  siècle qui, progressivement […] Lire la suite

TURBINES À GAZ

  • Écrit par 
  • Jean FABRI, 
  • Yves RIBAUD
  •  • 4 054 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Historique »  : […] L'idée d'une turbine à gaz à combustion interne, ou d'une turbine à air chaud, est assez ancienne. Dès 1731, l'Anglais John Barber déposa un brevet sur ce sujet. Cependant, il fallut attendre environ cent ans avant que la turbine à gaz ne prenne son essor. Son développement fut longtemps retardé par le succès de la turbine à vapeur (turbine à action de Gustave Laval en 1883 et turbine à réaction d […] Lire la suite

Pour citer l’article

Yves BROCARD, « WHITTLE FRANK - (1907-1996) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/frank-whittle/