TUDJMAN FRANJO (1922-1999)

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Avec le Serbe Slobodan Milošević, le Croate Franjo Tudjman fut l'un des principaux artisans de la disparition de la Yougoslavie et du renouveau d'un nationalisme qui a mis à feu et à sang le cœur des Balkans.

Né le 14 mai 1922 à Veliko Trgovišće, dans la Zagorié croate, il est le fils d'un des dirigeants du Parti paysan croate qui rejoindra le mouvement des partisans titistes durant la Seconde Guerre mondiale. Son père sera membre du Conseil antifasciste de libération du peuple yougoslave. Son frère aîné sera tué dans les rangs des partisans au printemps de 1943.

Lycéen à Zagreb, il rejoint à dix-neuf ans les partisans dans le nord-ouest de la Croatie. Jeune communiste zélé, il fait partie des délégués croates au sein du Quartier général de l'Armée populaire de libération en janvier 1945. À la libération, il intègre la nouvelle armée de Tito et est affecté au bureau du personnel du Quartier général. De 1955 à 1957, il effectue des études à la Haute Académie militaire de Belgrade et devient, à la fin de 1960, le plus jeune général de l'Armée populaire yougoslave. Pourtant, l'année suivante, il démissionne de l'armée et décide d'entamer une carrière d'historien. Il fonde alors à Zagreb l'Institut d'histoire du mouvement ouvrier, qu'il dirigera jusqu'en 1967. En 1963, il devient professeur de sciences politiques à l'université de Zagreb et soutient sa thèse de doctorat, en 1965, Les Causes de la crise de la monarchie yougoslave de 1918 à 1941. Petit à petit, il abandonne l'idéologie titiste pour se rapprocher du nationalisme croate, devenant au fil des années un historien révisionniste, minimisant les crimes du régime oustachi (collaborateurs croates des nazis).

Dans les années 1960, il reste cependant dans le giron de la nomenklatura. Il est membre du comité de rédaction de la revue Action militaire, rédacteur en chef adjoint de L'Encyclopédie militaire, éditeur des Chemins de la révolution. Il participe aussi au magazine Forum de l'Académie yougoslave des arts et des sciences. De 1962 à 1967, il est membre de la direction de l'Alliance socialiste de Croatie, chargé des relations internationales. Cette organisation regroupe l'ensemble des organisations communistes de la République. De 1965 à 1969, il dirige la commission Éducation et Culture au Parlement croate et la commission d'histoire croate Mère Croatie.

Exclu de la Ligue des communistes de Croatie en 1967, il demeure un dissident toléré. Mais, un peu plus tard, il est déchargé de toutes ses fonctions officielles. En 1972, il est condamné à deux ans de prison pour nationalisme. Il n'en effectue que neuf mois. En février 1981, il est condamné à trois ans de prison pour la publication d'un ouvrage à caractère révisionniste, mais ne purge que la moitié de sa peine.

En 1987, son passeport lui est restitué et il commence alors une série de voyages, rencontrant la diaspora croate antititiste et souvent nostalgique du régime oustachi. Mafieux et ultra-nationalistes le financent. En 1989, il fonde l'Union démocratique croate (H.D.Z.) dont il devient l'autoritaire président. Après les premières élections législatives libres en Croatie, il est élu président de la Croatie en mai 1990. En mai 1991, il organise un référendum sur l'indépendance de la République. De concert avec Slobodan Milošević qu'il rencontrera quarante-sept fois en dix ans, il organise le démembrement de la Yougoslavie. Dès 1989-1990, il met en place des services de renseignements et une milice parallèles, pour s'attaquer à l'armée yougoslave et à la minorité serbe. À peine devenu maître de Zagreb, il déclare être heureux que « sa femme ne soit ni serbe, ni juive ».

Dès 1992, il arrange avec son homologue serbe le partage de la Bosnie-Herzégovine. Quant à la Croatie, elle est mise en coupe réglée par le clan Tudjman et ses affidés qui amassent de gigantesques fortunes. Le président lui-même montre l'exemple en s'enrichissant sans scrupule et en se pavanant dans des uniformes chamarrés.

En 1995, avec l'aide des Américains et des Allemands, il réarme, s'allie tactiquement aux Musulmans de Bosnie et lance une contre-offensive contre les forces serbes. Milošević le laisse faire, et la Croatie récupère l'intégralité de son territoire. Entre-temps, la presse démocratiq [...]

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Écrit par :

  • : docteur en histoire du xxe siècle de l'Institut d'études politiques, Paris, journaliste, membre du comité de rédaction de la revue Confluences Méditerranée

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Dans le chapitre « La reconquête croate et la paix »  : […] Ainsi, au printemps de 1995, la jeune armée croate est prête à la contre-offensive. Les 1 er et 2 mai, elle reconquiert la Slavonie occidentale mal défendue par les troupes de Belgrade et, ainsi, reprend le contrôle de la route qui relie Zagreb à l'est du pays. L'armée croate pratique alors l'épuration ethnique et quelques milliers de Serbes rejoignent la Serbie. En revanche, l'offensive contre l […] Lire la suite

Pour citer l’article

Christophe CHICLET, « TUDJMAN FRANJO - (1922-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/franjo-tudjman/