SPOERRY FRANÇOIS (1912-1999)

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Issu d'une famille d'industriels du textile à Mulhouse, l'architecte François Spoerry commence sa formation à Strasbourg (1930) puis devient l'assistant de Jacques Coüelle (1902-1996) entre 1932 et 1934. Avec ce dernier, il participe à la réalisation du château de Pigranel, près de Mougins, en intégrant à l'œuvre contemporaine des éléments architecturaux du xve siècle – dialogue du passé et du présent dont la génération des modernes n'était pas coutumière. Une mission d'inventaire l'amène en Grèce (1939) à la recherche des traditions populaires des Cyclades. Il obtient son diplôme d'architecte, dirigé par Eugène Beaudouin, en 1942, puis s'engage dans la Résistance avant de connaître les camps de concentration.

Au lendemain de la guerre, il est chargé de l'achèvement de la tour Perret à Amiens (1957). Les traces de cette formation « moderne » apparaissent encore à Mulhouse, dans la construction du quartier de l'Europe et de sa monumentale tour (premier restaurant panoramique tournant en Europe, 1960-1970) ou encore dans l'ensemble de 2 500 appartements construits dans les quartiers résidentiels de Pierrefontaine et d'Entremont (1967-1975).

Mulhouse : la tour de l'Europe

Photographie : Mulhouse : la tour de l'Europe

Au centre de Mulhouse se dresse la tour de l'Europe, d'une hauteur de 106 mètres. Conçue par l'architecte François Spoerry dès 1969 et achevée en 1972, elle est constituée d'une structure de béton armé et compte 180 logements. Au sommet se trouve un restaurant panoramique dont la... 

Crédits : H. Eid/ AKG

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Il aurait pu mener une carrière d'architecte officiel, responsable des Z.U.P. ou des Z.A.C. qui fleuriront à la périphérie des villes. Il s'en détournera. Sensible aux « réalisations des Anciens et des villages traditionnels », il ne peut guère adhérer à une modernité qui rejette toute filiation avec les usages séculaires. L'architecte qualifie cette production de « brutaliste », « sèche », « répétitive », « méprisant les sites », ou de « langage issu d'une conception purement fonctionnaliste ». Encore fallait-il trouver des débouchés professionnels en accord avec cette vision de l'architecture.

À un moment où le développement de la civilisation des loisirs de masse engendre des ensembles monumentaux (La Grande-Motte par Jean Balladur, 1968 ; Avoriaz par G. Brémont, 1964-1974 ; ou Flaine par Marcel Breuer, 1960-1970), il réalise dans la baie de Saint-Tropez, la cité lacustre de Port-Grimaud (1963-1966) – d'une tout autre nature. Église, commerces et maisons sont entièrement reconstitués d'après des modèles vernaculaires du bassin méditerranéen et débordent de couleur, d'ornements (vrais ou faux), ainsi que de détails pittoresques affirmant avec fantaisie un monde en dehors du temps. La ville se développe en une succession de vides organisant et resserrant les espaces publics autour d'eux, valorisant les hiérarchies traditionnelles entre le monumental et le vernaculaire. Donnant sur des canaux où chacun peut amarrer son bateau, les maisons en bande (500 à l'origine, plus de 2 000 aujourd'hui) constituent une ville rassurante, à l'échelle du piéton : la voiture y est interdite.

La leçon de Port-Grimaud s'exportera particulièrement bien dans les années 1980. Adaptant ses architectures au « goût local », il réalise aux États-Unis l'ensemble de vacances de Port Louis en Louisiane (1982), dans un style colonial, puis des résidences principales en bardeaux de bois à Port Liberty , dans la baie de New York (1 800 logements, 1984). En Espagne, le village de Puerto Bendinat près de Palma de Majorque (1982-1988) et, au Mexique, celui de Puerto Escondido (1984) reprennent, eux aussi, la tradition vernaculaire. En France, il appliquera cette manière quelque peu régionaliste à l'extension du village de Gassin en Provence (100 maisons, 1985) puis au quartier du Port dans la ville nouvelle de Cergy-Pontoise (avec son fils Bernard, 1988).

À l'époque de la réalisation de Port-Grimaud, des critiques violentes venues du milieu des architectes soulignaient « l'absurdité de créer un pastiche architectural », parlaient « d'un nouveau poids au passif de l'évolution », de « décadence » qui remettait en cause les principes doctrinaires de l'architecture moderne. Aujourd'hui, les critiques sont plus réservées : on en parle même comme de « l'une des meilleurs réussites d'aménagement touristique » (plus de deux millions de personnes s'y promènent chaque été). Pour Spoerry, il s'agissait seulement d'architecture « douce » (titre de son ouvrage publié par Robert Laffont, en 1989) dont « les références ne sont ni anciennes ni modernes, elles sont éternelles... ». Son ambition était de réconcilier [...]

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Hélène GUÉNÉ-LOYER, « SPOERRY FRANÇOIS - (1912-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-spoerry/