MAURIAC FRANÇOIS (1885-1970)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'adieu à l'adolescence

Né à Bordeaux, François Mauriac est resté attaché à cette ville, dont il a dépeint la bourgeoisie sans indulgence. La plupart de ses romans sont placés dans ce décor de province, étroit, oppressant, parmi des gens soupçonneux et férocement attachés à leurs possessions et à leurs traditions. Pour Mauriac comme pour Balzac, il n'y a qu'en province que l'on sache bien haïr, et peut-être aussi aimer. Il a d'ailleurs grossi, par l'imagination ou le souvenir, et les passions de ses personnages, et les angoisses de malheureuses femmes de la province négligées par leurs maris, et la sensualité qui se dégage des étés brûlants, des pins des Landes assoiffées, des tilleuls et des lilas odoriférants des jardins solitaires. Mais ses meilleurs romans doivent une partie de leur force de suggestion à ces vignettes poétiques par lesquelles la nature sans cesse influe sur les personnages.

Sa sensibilité très vive fut accrue par la perte de son père, mort comme celui de Gide avant qu'il eût atteint sa dixième année. La mère, laissée veuve avec cinq enfants (le futur romancier était le dernier), dut les élever avec quelque sévérité ; elle était fort pieuse, et le tableau que le romancier a souvent tracé de son enfance est austère. Il a parlé de son « éducation janséniste », sans qu'il ait aimé beaucoup le jansénisme plus tard. Il en connut surtout les Pensées de Pascal, mais y regretta un abus de rationalisme dans les choses de la foi. Il fut élevé d'abord par les Frères maristes, puis au lycée. Se sentant, en raison de sa sensibilité, qui le rendait très vulnérable, mal armé pour la vie active, il songeait surtout à étudier le passé (il prépara à Paris l'École des chartes) et à s'exprimer par la plume.

À Paris, il découvrit avec exaltation la liberté de la vie de l'esprit, mais aussi combien était grande, comme elle le sera chez ses personnages, la nostalgie de la petite patrie familiale et provinciale abandonnée. « Chaque écrivain venu de sa province à Paris est une Emma Bovary évadée », s'écria-t-il. Il a, après sa cinquantième année, prodigué les confidences [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur honoraire à l'université Yale, Connecticut, États-Unis

Classification

Autres références

«  MAURIAC FRANÇOIS (1885-1970)  » est également traité dans :

LE NŒUD DE VIPÈRES, François Mauriac - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Claude-Henry du BORD
  •  • 975 mots

Grande figure de la littérature française du xx e  siècle, François Mauriac (1885-1970) ne fut pas seulement un romancier catholique explorant les abîmes de l'âme. Il fut aussi un grand polémiste, un maître du style, que ce soit dans les Mémoires (1959-1965) ou dans le célèbre Bloc-Notes (1958). Hantés par la province et la bourgeoisie bordelaises, la plupart de ses romans trouvent, dans ce déco […] Lire la suite

WIAZEMSKY ANNE (1947-2017)

  • Écrit par 
  • Véronique HOTTE
  •  • 1 056 mots
  •  • 1 média

Petite-fille de François Mauriac, Anne Wiazemsky naît à Berlin le 14 mai 1947. Elle est la fille de Claire Mauriac et du diplomate Yvan Wiazemsky, dont la famille princière a émigré en France en 1919, après la révolution russe. Elle passe son enfance à l’étranger – Genève, Caracas –, et rentre à Paris en 1961, peu avant la mort du père, en compagnie de son frère Pierre, qui deviendra le dessinate […] Lire la suite

Pour citer l’article

Henri PEYRE, « MAURIAC FRANÇOIS - (1885-1970) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/francois-mauriac/