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LE NŒUD DE VIPÈRES, François Mauriac Fiche de lecture

Grande figure de la littérature française du xxe siècle, François Mauriac (1885-1970) ne fut pas seulement un romancier catholique explorant les abîmes de l'âme. Il fut aussi un grand polémiste, un maître du style, que ce soit dans les Mémoires (1959-1965) ou dans le célèbre Bloc-Notes (1958).

Hantés par la province et la bourgeoisie bordelaises, la plupart de ses romans trouvent, dans ce décor tiré de l'enfance, matière à décrire l'hypocrisie, les calculs vénaux, l'étroitesse d'esprit si caractéristiques de son univers. Si l'analyse psychologique des personnages est à ce point subtile, incisive et sans complaisance, sans doute est-ce en partie dû à la poésie de la langue, d'une grande rigueur classique. Après avoir publié Le Baiser au lépreux (1922), Génitrix (1923) et Le Désert de l'amour (1925), il donne Thérèse Desqueyroux en 1927, puis Le Nœud de vipères en 1932. Si l'introspection gouverne la structure de Thérèse Desqueyroux par un monologue d'une extrême tension dramatique, la lettre-journal intime sert de fil rouge au Nœud de vipères.

Au commencement était la haine

Louis, grand bourgeois, avocat d'affaires et d'assises, est atteint d'une angine de poitrine qui le condamne. Il va confier, dans une lettre adressée à son épouse Isa, le progrès de la haine qu'elle lui inspire. Cette explication en forme de règlement de comptes n'est, en principe, destinée à n'être lue qu'après la mort du riche chef de famille. C'est par elle qu'Isa devra apprendre la haine qu'elle inspire à Louis : l'aveu qu'elle lui a fait d'un amour passé a suffi à tout transformer en mariage d'intérêt. Par un retour dans le passé, Mauriac vient mettre en lumière la conscience du présent. L'amour a existé, il a même scellé une union d'abord heureuse, mais la confession d'Isa a délité toute promesse de bonheur. Louis vit reclus, au sein d'une famille vénale qui convoite sa fortune, il prend en haine la religion de sa femme et seule la présence de quelques êtres parvient à l'apaiser : l'abbé Ardouin, Marie, la fille aimée, l'amitié avec Marinette, sa belle-sœur... Mais ces dernières meurent. Louis reporte alors son affection sur Luc, le fils de Marinette, mais cette âme pure est à son tour fauchée par la Première Guerre mondiale. Au cours d'une nuit d'orage, Louis envisage de renoncer à ses biens, première étape d'une simplification qui le conduira vers la foi. Mais la famille, contexte proprement infernal, ne lâche pas prise et complote. Louis découvre les manœuvres de ses enfants et décide de laisser sa fortune à Robert, son fils naturel. Mais la médiocrité du bâtard est telle qu'il s'arrange avec les enfants légitimes... Isa meurt alors que Louis se trouve à Paris. D'abord bouleversé, il finit par se détacher d'elle, autre étape vers la découverte des valeurs spirituelles : il abandonne ses biens à ses enfants ébahis. Louis découvre qu'Isa l'a aimé, il s'ouvre aux autres, et surtout à sa petite-fille Janine que son mari a abandonnée. Après la mort de Louis, son fils Hubert veut détruire la fameuse lettre. Janine s'y oppose en invoquant la grâce qui dans ses derniers instants a touché son grand-père.

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Écrit par

  • : professeur d'histoire de la philosophie, critique littéraire à Études, poète et traducteur

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • MAURIAC FRANÇOIS (1885-1970)

    • Écrit par Henri PEYRE
    • 2 565 mots
    • 1 média
    ...Mauriac est revenu à ce personnage maladif et attachant, l'un des rares protagonistes de ses romans qu'il s'est résigné à ne pas convertir in extremis. Le Nœud de vipères est celui d'une famille avare et haineuse, et plus encore le réseau de méchanceté, de dépit, d'endurcissement dans l'égoïsme et la...

Voir aussi