FRANCEL'année politique 1997

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L'épreuve du gouvernement

La composition du gouvernement dirigé par Lionel Jospin, composé de vingt-six ministres et secrétaires d'État, traduisait une intention d'efficacité et de renouvellement. L'absence de « poids lourds » de l'ère Mitterrand, la présence de huit femmes et la marginalisation du courant fabiusien devaient donner une image d'ouverture. Instruit par l'échec en la matière de son prédécesseur, Lionel Jospin tenait en effet, dès sa prise de fonction, à asseoir solidement la légitimité de son gouvernement. Dès le 6 juin, une circulaire adressée à l'ensemble des ministres précisait les modalités de fonctionnement du travail gouvernemental et leur demandait notamment d'adopter « le comportement que les Français exigent désormais de ceux qui ont la charge des affaires publiques ». Dans un souci de transparence, il décida également la réalisation d'un audit des comptes publics, dont les résultats devaient lui permettre de montrer le caractère indispensable de la rigueur dans la gestion des finances publiques. Enfin, sa communication se révéla moins « solitaire » que celle d'Alain Juppé, en raison de la présence au gouvernement de plusieurs ministres d'envergure et médiatiques.

Quant au fond, Lionel Jospin devait s'attacher à la fois à honorer son programme de campagne, au nom d'un « contrat » passé avec les Français, à faire preuve de pragmatisme et de réalisme et à ménager les sensibilités diverses de sa majorité et de son électorat. Ce souci d'équilibre devait se traduire par la mise en œuvre de quelques mesures audacieuses, le maintien d'une tendance libérale présente à gauche depuis 1983 et un mélange, parfois instable, de fermeté et de défense des idéaux traditionnels de la gauche.

Le respect du programme de campagne prit essentiellement la forme des trois initiatives les plus médiatisées et les plus contestées du gouvernement : la réduction à trente-cinq heures du temps de travail hebdomadaire avant l'an 2000, la création de 350 000 emplois-jeunes dans le secteur public et la mise sous conditions des ressources des allocations familiales. Malgré les oppositions, y compris internes au gouvernement et au P.S., Lionel Jospin tint bon sur ces trois dossiers qui se situaient dans la filiation de la doctrine traditionnelle de la gauche.

Ailleurs, le pragmatisme domina largement. Le passage à la monnaie européenne unique devrait se faire sans que le gouvernement ait obtenu qu'il s'accompagne de toutes les garanties demandées lors de la campagne. Le mouvement de privatisation et d'ouverture du capital des grandes entreprises publiques, celle-ci pouvant n'être que le prélude à celle-là, se poursuit en 1997 malgré quelques accrocs, comme la démission de Christian Blanc, président d'Air France. La remise en cause d'une fiscalité avantageant le capital par rapport au travail paraît ténue. Quant au basculement d'une partie des cotisations d'assurance-maladie sur la C.S.G., il avait été aussi envisagé par le gouvernement précédent.

C'est sur le dossier des étrangers et de l'immigration que la gauche a adopté la position la plus équilibrée. À la suite du rapport demandé à Patrick Weil, le gouvernement refusa d'abroger les lois Pasqua et Debré, à la stupéfaction d'une partie de la gauche, tout en mettant en œuvre des mesures, certes bien encadrées, de régularisation des clandestins, de protection des droits des étrangers et d'acquisition plus facile de la nationalité française. Son principal objectif est de trouver un juste milieu entre une position d'ouverture tous azimuts et une politique trop restrictive et tatillonne, contraire aux traditions de générosité et d'accueil de la République. Sa relative froideur dans la présentation de ce dossier provoqua des tensions importantes au sein de sa majorité tout en conduisant la droite, piégée par cette inflexion, à un durcissement préjudiciable à son équilibre interne. Sur le thème sensible des droits de l'homme et de la justice, le gouvernement paraît vouloir se démarquer des positions les plus ambitieuses. Si la réforme de la justice présentée par Élisabeth Guigou constitue une avancée incontestable vers un moindre interventionnisme du gouvernement dans le cours des affaires, elle ne va pas jusqu'à couper complètement le cordon entre la chancellerie et les parquets. Sur un autre plan, les réponses vives du gouvernement aux critiques du procureur du Tribunal pénal international émises à l'encontre de l'attitude française en ex-Yougo [...]

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Écrit par :

  • : président du Centre d'étude et de réflexion pour l'action politique

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Pour citer l’article

Nicolas TENZER, « FRANCE - L'année politique 1997 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-l-annee-politique-1997/