FRANCE (Histoire et institutions)La France d'aujourd'hui

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Nom officielRépublique française (FR)
Chef de l'ÉtatEmmanuel Macron (depuis le 14 mai 2017)
Chef du gouvernementJean Castex (depuis le 3 juillet 2020)
CapitaleParis
Langue officiellefrançais

Les temps difficiles

De la crise à la croissance molle

Alors que l'histoire de la France depuis 1945 avait été marquée par la forte croissance des Trente Glorieuses, les choses changent brutalement à la fin de 1973. La première crise pétrolière qui fait suite à la guerre israélo-arabe d'octobre 1973 aboutit à un quadruplement du prix du pétrole en quelques semaines. Elle est suivie en 1979 d'une seconde crise consécutive à la révolution iranienne et qui aboutit à des prix d'hydrocarbures multipliés par neuf par rapport à 1973. Il en résulte un brusque coup d'arrêt de la croissance économique qui fait place à la crise en 1974-1975. La production industrielle diminue, le commerce extérieur connaît un déficit considérable, et le pays entre dans l'ère de la « stagflation », qui combine stagnation de la production et importante inflation (qui atteint et dépasse 10 p. 100). La conséquence la plus dramatique en est l'augmentation du chômage qui, en quelques années, touche près de 10 p. 100 de la population active, chômage dû aux faillites d'entreprises ou aux licenciements opérés pour diminuer les coûts salariaux.

Si une certaine reprise se manifeste à partir des années 1980, celle-ci se marque par une croissance ralentie, inférieure le plus souvent à 2 p. 100 et insuffisante pour résorber le chômage, qui devient la préoccupation majeure des Français. Or la situation est d'autant plus préoccupante que, si la crise a été analysée dans un premier temps comme liée au coût croissant des hydrocarbures, on s'aperçoit assez vite que la crise pétrolière a surtout servi de révélateur aux dysfonctionnements structurels de l'économie. En outre, face aux difficultés économiques, l'intervention de l'État et les pratiques keynésiennes utilisées jusque-là apparaissent vite sans effet. La France de la fin du xxe siècle est intégrée dans une économie mondialisée et libérale, où les barrières douanières sont largement démantelées, où les instances de l'Union européenne font triompher les règles de la concurrence, où le marché fait la loi. Du même coup, l'État a perdu une grande partie de ses pouvoirs économiques et n'a de prise ni sur l'activité des firmes multinationales ni sur la décision des entreprises de délocaliser leurs activités vers les pays à faible coût de main-d'œuvre. La France des débuts du xxie siècle fait ainsi figure de pays au faible dynamisme économique, en déclin relatif par rapport aux taux de croissance élevés des nouvelles grandes puissances d'Asie, comme l'Inde ou la Chine, ou à l'essor de la Russie et des pays d'Europe de l'Est.

Du même coup, l'euphorie qui marquait la société française des années de la croissance fait place à la morosité. Malgré quelques reprises éphémères, le chômage se maintient à un niveau élevé, atteignant environ 9 p. 100 de la population active, spécifiquement les jeunes de moins de vingt-cinq ans, les femmes, les salariés âgés de cinquante ans et plus. Pour une partie des autres se multiplient les emplois précaires à durée limitée, à temps partiel et à faible taux de rémunération. Ainsi, dans une société où la fraction de la population qui possède des emplois sûrs et bien rémunérés continue à accéder aux multiples biens et services de la société de consommation, de nouvelles poches de pauvreté apparaissent choquantes : le retour de la sous-alimentation pour des familles qui vivent de la charité publique ou privée, la présence dans les rues de « sans domicile fixe » qui s'abritent tant bien que mal du froid ou de la pluie, l'entassement dans des banlieues-ghettos de jeunes désœuvrés et déscolarisés, en partie issus de l'immigration, dont une minorité verse dans la marginalité ou la délinquance. Il existe bien, en ce début du xxie siècle, un malaise français qui prive de perspectives d'avenir une importante partie de la société.

Les répercussions de la crise

La mort brutale du président Georges Pompidou le 2 avril 1974 met fin à l'équilibre politique institué par le général de Gaulle en 1958, au moment même où s'efface le contexte économique qui avait contribué à la stabilisation politique. Désormais la vie politique française est dominée par les vains efforts des gouvernements successifs pour relancer la croissance, redynamiser l'économie, réduire le chômage. Leurs échecs successifs entretiennent un profond mécontentement dans l'opinion, qui se manifeste à chaque consultation électorale par le désaveu des hommes au pouvoir et la perte de confiance des Français dans la capacité de leurs dirigeants à trouver des solutions aux problèmes nationaux. Il en résulte des taux d'abstention élevés et des votes aux extrêmes qui sont avant tout des manifestations protestataires. Le dernier quart du xxe siècle voit donc se multiplier les alternances, l'opinion tentant tour à tour les solutions préconisées par les diverses fractions de la droite, libérale ou gaulliste, ou par la gauche socialiste.

Les élections présidentielles en témoignent. En 1974, les Français choisissent de donner comme successeur à Georges Pompidou non le gaulliste Jacques Chaban-Delmas, d'ailleurs abandonné par une fraction de son parti conduite par Jacques Chirac, mais Valéry Giscard d'Estaing, qui se réclame du « libéralisme avancé », mais dont la marge de manœuvre va se trouver entravée par les deux crises pétrolières comme par l'absence d'une majorité fidèle, puisque l'essentiel en est constitué par les gaullistes du R.P.R. qui suivent Jacques Chirac, devenu le rival du président après avoir été son Premier ministre de 1974 à 1976. Cette division de la droite permet l'élection à l'Élysée en 1981 du socialiste François Mitterrand, appuyé par une majorité absolue de députés de son parti, qui se propose de résoudre la crise par une politique de relance économique et une extension des nationalisations, accompagnées de larges réformes qui touchent tous les domaines de l'organisation de l'État et de l'action publique. De 1981 à 1983, l'échec de cette politique, sanctionnée par trois dévaluations successives, conduit les socialistes à remettre en cause, sans le reconnaître ouvertement, les conceptions d'économie dirigée qui constituaient un aspect essentiel de leur identité et à placer désormais leur action dans le cadre du marché. Cela permet à François Mitterrand d'être réélu en 1988 en faisant campagne sur le slogan de « la France unie ». Mais, pour autant, la crise française n'en est pas résolue. Aussi Jacques Chirac réussit-il, à sa troisième tentative, en 1995, à accéder à l'Élysée en promettant aux Français de « réduire la fracture sociale », vœu pieux qu'il ne parviendra pas à réaliser.

François Mitterrand, 1981

Photographie : François Mitterrand, 1981

François Mitterrand (1916-1996) lors de l'élection présidentielle de mai 1981 qui le portera au pouvoir. 

Crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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Il est vrai que l'alternance présidentielle n'est pas la seule conséquence du mécontentement des Français. Alors que, de 1958 à 1986, les présidents de la République ont tou [...]

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Charles de Gaulle, 1946

Charles de Gaulle, 1946
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Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954

Diên Biên Phu et accords de Genève, 1954
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Fin de la guerre d'Algérie, 1962

Fin de la guerre d'Algérie, 1962
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Affrontement en mai 1968

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  • : professeur émérite des Universités à l'Institut d'études politiques de Paris

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Serge BERSTEIN, « FRANCE (Histoire et institutions) - La France d'aujourd'hui », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/france-histoire-et-institutions-la-france-d-aujourd-hui/