DUPANLOUP FÉLIX (1802-1878)

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Évêque d'Orléans, Dupanloup fut une personnalité marquante de l'Église et de la politique française dans la seconde moitié du xixe siècle. Enfant naturel, peut-être d'un des « grands noms de France » (selon P. Lasserre), il reçut à Paris, où sa mère se fixa en 1809, une excellente éducation et se trouva dès son adolescence en contact avec l'élite de la société française et du clergé de la Restauration. Chargé, de 1826 à 1834, du catéchisme de la Madeleine, il y fit merveille. Nommé en 1837 supérieur du petit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, il s'y révéla un éducateur hors pair, dont son ancien élève Renan a souligné les dons dans ses Souvenirs d'enfance et de jeunesse (mais l'enfant que Dupanloup avait si bien compris était plutôt celui des collèges que de l'école primaire, car il ne s'intéressa jamais beaucoup à l'éducation populaire, si ce n'est pour la soustraire à l'influence irréligieuse et révolutionnaire des instituteurs publics).

À partir de 1844, cet ancien adversaire de Lamennais se lança dans la campagne pour la liberté de l'enseignement secondaire, aux côtés de Montalembert, dont il devint pour un quart de siècle l'ami et le confident ; il mit au service de cette cause ses talents de conciliateur et le prestige personnel dont il jouissait dans le monde catholique parisien, surtout depuis qu'il avait négocié, dans les derniers mois de la vie de Talleyrand, la réconciliation de l'ancien évêque d'Autun avec l'Église, et il fut le principal artisan de la loi Falloux de 1850.

Nommé évêque d'Orléans en 1849, il fit preuve d'une activité pastorale multiforme, mais il n'en poursuivit pas moins, grâce à la proximité de la capitale, sa fiévreuse activité sur le plan national, devenant bientôt l'un des chefs les plus en vue du groupe catholique libéral du Correspondant, en lutte ouverte avec Louis Veuillot, devenu le champion d'un ultramontanisme intransigeant, que Dupanloup, avec son sens aigu de l'opportunité, considérait comme étant de nature à écarter de l'Église les milieux dirigeants, sur l'appui desquels il fonda toujours sa politique ecclésiastique.

La publication des premiers volumes de son traité L'Éducation (6 vol., 1850-1866), son élection à l'Académie française en 1854 et plusieurs exploits oratoires contribuent à attirer l'attention sur lui dans des cercles de plus en plus étendus. Il s'oppose avec véhémence à Victor Duruy, qui veut imposer aux jeunes filles l'enseignement des lycées, et combat la candidature du « positiviste Littré » à l'Académie. Mais ce sont surtout ses interventions répétées en faveur du pouvoir temporel du pape, au lendemain de la guerre d'Italie, qui le placèrent au premier plan de la scène politico-religieuse européenne. Cette situation fut encore renforcée par le succès mondial de sa brochure La Convention du 15 septembre et l'encyclique du 8 décembre (janv. 1865), qui réussit, grâce à son habileté, à apaiser en quelques jours la tempête soulevée par le Syllabus. Dupanloup espérait profiter de son prestige international pour influencer le concile œcuménique convoqué par Pie IX, mais il eut le tort de prendre position dès avant l'ouverture du concile contre la définition de l'infaillibilité du pape (dans laquelle il voyait une manifestation de l'intransigeance antilibérale qu'il stigmatisait depuis longtemps, et aussi un danger pour la situation de l'épiscopat dans l'Église). Il acheva d'indisposer la majorité des modérés par la fougue un peu brouillonne avec laquelle il tenta de prendre la direction de l'opposition pendant le concile, allant même jusqu'à solliciter l'intervention du gouvernement impérial.

Élu à l'Assemblée nationale en 1871, puis sénateur de 1875 à sa mort, il consacra les dernières années de sa vie à préparer la restauration monarchique en France et, en attendant, à donner à la IIIe République une orientation aussi conservatrice et cléricale que possible.

C'est que, en dépit des critiques passionnées dont il fut l'objet de la part des adversaires du catholicisme libéral depuis l'époque de la loi Falloux, le libéralisme de l'évêque d'Orléans était des plus relatifs. Si, par tempérament, il n'aimait pas les pressions sur les âmes, s'il croyait préférable, dans les relations avec le monde issu de la Révolution, de souligner surtout « non pas ce qui sépare mais ce qui rapproche », et si son antibonapartisme le rapprocha davantage encore des libéraux, il resta toujours fidèle [...]

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Roger AUBERT, « DUPANLOUP FÉLIX - (1802-1878) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/felix-dupanloup/