ZERI FEDERICO (1921-1998)

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Décédé dans sa maison de Mentana, près de Rome, le lundi 5 octobre, Federico Zeri était incontestablement l'historien de l'art le plus célèbre d'Italie. Il était né à Rome le 12 août 1921. Éduqué à la maison et non à l'école, sous l'influence d'une mère qui l'inclina vers les livres et la peinture, il confiait dans une interview à L'Express en mars 1995 : « Le parfum de l'Antiquité a enveloppé mon enfance. Mes parents avaient engagé une vieille demoiselle chargée de promener le bambino que j'étais dans les musées, les galeries... » De son père, médecin réputé et professeur à l'université, il aimait évoquer l'« admirable indépendance d'esprit » dont il avait hérité.

Après un début d'études de chimie et de botanique – science qui le passionna jusqu'à la fin de sa vie –, il s'inscrivit en 1943 à la faculté des lettres de Rome auprès de Pietro Toesca, sous la conduite duquel il allait soutenir une thèse sur le maniériste toscan, Jacopino del Conte. C'est à Toesca qu'il devait d'ailleurs ses premières amitiés et relations dans le monde de l'histoire de l'art, notamment avec Roberto Longhi, comme son introduction auprès de Bernard Berenson. « Ma formation s'est faite sur le tas, en lisant les ouvrages de Berenson, de Longhi, d'Antal, de Panofsky. Et surtout en regardant les œuvres. L'université ne mène à rien. Ne sert à rien », déclarait-il.

Licencié en histoire de l'art moderne en 1945, il devient inspecteur des biens culturels auprès de l'administration des Beaux-Arts, puis, de 1952 à 1957, directeur de la célèbre Galleria Spada de Rome qu'il parviendra à restituer dans son état du xviiie siècle après en avoir établi le catalogue des collections, premier d'une suite d'ouvrages exemplaires où fait d'emblée merveille la démarche « attributionniste » de ce connaisseur hors pair, fondée à la fois sur la « mémoire cognitive », la memoria visiva, et une référence constante aux livres et aux photographies. C'est de fait durant cette période que Zeri commence à constituer sa documentation personnelle, devenue avec le temps la plus riche au monde sur l'art italien (80 000 livres d'art, 1 million de clichés photographiques), léguée à l'université de Bologne.

En rupture avec l'administration des Beaux-Arts, il mène ensuite une double carrière internationale d'expert et de professeur d'histoire de l'art : en 1957, il enseigne à Florence ; en 1963, Sydney Freedberg le convie en tant que visiting professor à Harvard pour donner un cours sur le xvie siècle italien ; en 1966, Rudolf Wittkower l'invite à son tour à l'université Columbia, où il ne restera que six mois. Plus tard, en 1985 et en 1989, il enseignera également à l'Université catholique de Milan. Expert auprès du grand marchand franco-américain Georges Wildenstein de 1957 à 1963, il aidera aussi le comte Vittorio Cini, le célèbre industriel et mécène vénitien, à organiser ses collections du Castillo de Monselica et du palais Loredan, et le milliardaire californien J. Paul Getty à créer son musée de Malibu, construit sur le modèle de la Villa dei Papiri de Pompéi : Zeri sera en effet trustee du musée J. Paul Getty de 1975 à 1984, jusqu'au fameux scandale du Kouros archaïque acquis à prix d'or par ce musée et dénoncé par lui comme un faux (à l'instar du trône Ludovisi et des sculptures de Modigliani retrouvées dans l'Arno à Livourne...).

Outre ses catalogues des galeries romaines Spada (1952), Barberini (1954) et Pallavicini (1959), ainsi que des peintures florentines et vénitiennes du Metropolitan Museum de New York (1971, 1973) et de la Walters Art Gallery de Baltimore (1976), Zeri laisse de très nombreux articles scientifiques parus notamment dans des revues comme Pantheon et Paragone dont il était membre du comité de rédaction, des chroniques et des comptes rendus rédigés régulièrement pour La Stampa, le grand quotidien libéral de Turin, articles « aussi savants que d'une lecture distrayante », selon Pierre Rosenberg, où brillent les qualités de ce « polémiste redoutable et redouté ». Ses ouvrages d'histoire de l'art et ses essais, souvent traduits en français, reflètent sa prédilection pour l'Italie du Trecento et du Quattrocento, pour Cimabue et Giotto, comme sa « curiosité vorace, insatiable, tout spécialement marquée pour les périphéries culturelles » (P. Rosenberg) : Due dipinti, la Filologia e un Nome... (1961), Le Mythe visuel de l'Italie (1986), Renaissance et Pseudo-Renaissance (1987), Derrière l'image : conversation sur l'art de lire l'art (1988), La Peinture au fil des jours (1990), Dans le jardin de l'art : essai sur l'art de l'Antiquité à nos jours (1991), Giorno per giorno nella pittura... (1992), J'avoue m'être trompé : fragments d'une autobiographie (1995, en collaboration avec Patrick Mauriès). Vice-président du conseil supérieur du ministère italien des Biens culturels à partir de 1994, Zeri, souvent sollicité par la télévision et la radio, était devenu l'une des figures les plus médiatiques du monde de l'art. Après avoir longuement résisté à ce qu'il qualifiait de « bouffonneries », il fut élu coup sur coup en 1995 à la vénérable Académie romaine de Saint-Luc à Rome, et comme membre étranger associé de l'Académie des beaux-arts en France.

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Robert FOHR, « ZERI FEDERICO - (1921-1998) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/federico-zeri/