LUCHINI FABRICE (1951- )

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On découvre Fabrice Luchini interprétant un adolescent (quoique il ait déjà dix-neuf ans, puisque né en 1951 à Paris) dans Le Genou de Claire (Eric Rohmer, 1970) et il demeurera un acteur « rohmérien » : Perceval le Gallois (1980), La Femme de l'aviateur (1981), Quatre aventures de Reinette et Mirabelle (1986), L'Arbre, le maire et la médiathèque (1992). De fait, il porte à son extrême, dans Les Nuits de la pleine lune (1983), la préciosité brillante, moraliste et intellectuelle du metteur en scène pour composer un personnage désormais transposable chez d'autres réalisateurs. Ainsi dans La Discrète (Christian Vincent, 1990) s'installe avec Luchini, au cœur de l'intrigue, le cynisme de Marivaux et Laclos, l'esprit sûr de lui de Guitry et la légèreté trompeuse de Lubitsch. Partout le comédien « fait » du Luchini (L'Année Juliette, Philippe Le Guay, 1994), et particulièrement dans les films en costume (Le Colonel Chabert, Yves Angelo, 1994 ; Beaumarchais l'insolent, Edouard Molinaro, 1995 ; Le Bossu, Philippe de Broca, 1997) ou bien chez Claude Lelouch (Tout ça... pour ça !, 1992 ; Hommes, femmes, mode d'emploi, 1996).

Acteur atypique – un peu comme Jean-Pierre Léaud –, il paraît à l'étroit dans la comédie de mœurs à la française, caricature lui-même son timbre de voix et son phrasé incomparables (souvent imités) pour des publicités ou prestations télévisées dans lesquelles il déstabilise ses interlocuteurs en parvenant à outrepasser les provocations pourtant attendues. Néanmoins il sait aussi se montrer silencieux (le P-DG de Pas de scandale, Benoît Jacquot, 1999), d'une normalité confinant à l'anonymat (dans Rien sur Robert, Pascal Bonitzer, 1998 ; là ce sont les autres qui sont fantasques ou incongrus), retenu de façon exemplaire (face à Sandrine Bonnaire dans Confidences trop intimes, Patrice Leconte, 2004), voire touchant de fragilité (Paris, Cédric Klapisch, 2008). Mais il faut reconnaître qu'il a une façon bien à lui d'être sobre et tendu : un plissement du front, un cillement de ses yeux ronds et affleure tout un exhibitionnisme rentré que l'on sent près d'exploser ! En fait, Fabrice Luchini a besoin de s'approprier le personnage. C'est pourquoi ceux qui paraissent au départ les plus originaux, par exemple un fan de Johnny Hallyday (Jean-Philippe, Laurent Tuel, 2006) ou le « vrai » Monsieur Jourdain dans une biographie de Molière (Laurent Tirard, 2007), ne lui permettent pas de donner les interprétations les plus réussies. Mais, après Potiche (2010), François Ozon a su tirer parti des traits les plus marquants de l’acteur en l’emprisonnant dans le labyrinthe fictionnel de Dans la maison (2012). On retiendra également son interprétation dans Ma Loute (Bruno Dumont, 2016) et dans Alice et le maire (Nicolas Pariser, 2019).

L'espace qui lui convient, Fabrice Luchini semble l’avoir trouvé ailleurs : le plateau nu d'une scène, et des mots à dire avec gourmandise et volupté. Depuis des années ses one-man shows au théâtre constituent en effet un spectacle étonnant (Voyage au bout de la nuit, dont il lit régulièrement des passages depuis 1984 ; Fabrice Luchini lit Philippe Muray, 2010 ; La Fontaine, 2011 ; Des écrivains parlent d'argent, 2017). Benoît Jacquot a capté ses lectures de Céline, La Fontaine, Baudelaire et Flaubert dans Par cœur (1998).

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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René PRÉDAL, « LUCHINI FABRICE (1951- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/fabrice-luchini/