SVETLANOV EVGENI (1928-2002)

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Comptant parmi les représentants mythiques de la direction d'orchestre russe, Evgeni Svetlanov fut, avec Kyril Kondrachine et Guennadi Rojdestvenski, l'un de ceux qui ont hissé les grands orchestres moscovites au niveau international.

Evgeni Feodorovitch Svetlanov voit le jour à Moscou le 6 septembre 1928, dans une famille de musiciens du théâtre Bolchoï. Il commence à jouer du piano à l'âge de six ans et à composer peu après. Il étudie la composition avec Mikhaïl Gnessine et le piano avec Maria Gurvitch à l'institut Gnessine de Moscou, dont il sort diplômé en 1951. Il travaille ensuite la composition avec Iouri Chaporine et la direction d'orchestre avec Alexandre Gaouk au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou jusqu'en 1955. En 1953, il a déjà fait ses débuts de chef d'orchestre à la tête du Grand Orchestre symphonique de la Radio de l'U.R.S.S. à Moscou, auquel il est attaché pendant deux ans. Puis il est engagé en 1955 au Bolchoï, où il sera premier chef d'orchestre de 1962 à 1964.

En 1965, Svetlanov est nommé premier chef de l'Orchestre symphonique d'État d'U.R.S.S., poste qu'il conservera jusqu'en 2000, lorsqu'il sera remercié par le ministre de la Culture, Mikhaïl Chvidkoï, qui l'accuse d'absentéisme. Sous sa direction, cette formation devient l'un des meilleurs orchestres soviétiques et réalise un nombre considérable d'enregistrements de musique russe pour la firme Melodia, notamment des œuvres peu jouées hors de l'U.R.S.S. Sa carrière internationale se développe lorsque ces disques commencent à être distribués en Occident, dans les années 1970, par E.M.I. puis par R.C.A./B.M.G. En 1968, il est nommé artiste du peuple de l'U.R.S.S. En 1972, il reçoit le prix Lénine et, en 1975, le prix Glinka. En 1979, il devient principal chef invité de l'Orchestre symphonique de Londres. En 1992, il prend la direction de l'Orchestre de la Résidence de La Haye. Entre 1998 et 2000, il est chef permanent de l'Orchestre symphonique de la radio suédoise, à Stockholm. Il se produit également comme pianiste, notamment pour accompagner sa femme, la soprano russe Larissa Avdeïeva. À partir de la fin des années 1990, il dirige régulièrement les orchestres de Radio-France. Il meurt à Moscou le 3 mai 2002. Peu avant sa disparition subite, il avait accepté, après avoir pratiquement renoncé à l'opéra pendant plusieurs décennies, de prendre la direction musicale de l'Opéra national du Pays de Galles, à Cardiff ; il n'aura pas eu le temps d'exercer ces nouvelles responsabilités.

Svetlanov s'est fait le champion du répertoire romantique russe. Sa vision dépouillée et directe de l'œuvre de Tchaïkovski fut une révélation en Occident. Il a fait connaître également la musique de Scriabine et les œuvres symphoniques de Rachmaninov. Il a dirigé aussi nombre d'œuvres peu connues des maîtres russes (parfois) mineurs du xixe siècle car pour lui la musique ne connaissait aucune barrière. Cantonné par les autorités dans le répertoire russe pendant la période soviétique, il a pu, après la chute du rideau de fer, laisser libre cours à sa curiosité naturelle, signant ainsi une intégrale des symphonies de Mahler qui a marqué la discographie. Il n'a cessé de surprendre en dirigeant Honegger, Alfvén, Liszt, Bloch et Debussy tout comme Glinka, Miaskovski, Pärt ou Goubaïdoulina. Il a créé des œuvres de Rodion Chtchedrine (notamment l'opéra Pas seulement pour l'amour, 1961) et Gueorgui Sviridov (Poème à la mémoire d'Essenine, 1956 ; La Russie en bois, 1966). Doté d'un exceptionnel charisme, il envoûtait musiciens et auditeurs par une approche toujours imprévisible et sans cesse renouvelée. Sa technique de direction, d'une étonnante souplesse, n'avait rien d'académique, mais tous le suivaient dans une démarche qui reposait davantage sur l'expression des sentiments que sur une lecture rigoureusement authentique des textes. Dans le domaine du pittoresque, on retiendra l'image du petit ventilateur qu'il faisait installer sur son pupitre pour lui apporter un peu d'air frais pendant ses concerts.

Il dirigeait volontiers sa propre musique, particulièrement sa Symphonie (1956), dont il avait donné la première audition en France en 1999 avec l'Orchestre national de France, la Fantaisie sibérienne pour orchestre (1953), ses poèmes symphoniques et son Concerto pour piano (1951) ; il a également composé plusieurs sonates et sonatines, une cinquantaine de mélodies, de la musique de scène et de la musique de film.

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Écrit par :

  • : chef d'orchestre, musicologue, producteur à Radio-France

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Alain PÂRIS, « SVETLANOV EVGENI - (1928-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/evgeni-svetlanov/