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CARRIÈRE EUGÈNE (1849-1906)

Formé dans l'atelier de Cabanel, Carrière a connu, après 1870, des débuts difficiles de lithographe commercial. Ses premiers tableaux exposés (La Jeune Mère, 1879, Avignon) se caractérisent déjà par l'intimisme discret qui marquera la plupart de ses sujets. C'est dans les années 1880 qu'il élabore peu à peu une manière très particularisée, renonçant presque totalement à la polychromie pour adopter une sorte de camaïeu brunâtre qui doit beaucoup à l'étude des maîtres du sfumato, Vinci ou Corrège, ou encore aux préparations de Rubens, et à Velázquez. Les scènes de la vie familiale, où perce parfois un certain pathétique (L'Enfant malade, 1885), et les portraits peints ou lithographiés (E. de Goncourt, 1892 ; Verlaine, 1891, musée d'Orsay, Paris) constituent alors l'essentiel de son œuvre, à côté toutefois de réalisations exceptionnelles, comme un important Christ en croix (1897, musée d'Orsay) ou les décorations de l'Hôtel de Ville et de la Sorbonne (1898). Ces travaux lui avaient attiré peu à peu un petit cercle d'amis fidèles, surtout parmi les écrivains (Jean Dolent, Gustave Geffroy, Roger Marx...) et ce solitaire, tourné surtout vers la vie intérieure, fut paradoxalement amené à jouer un rôle notable dans la vie artistique française : fondation de la Société nationale des beaux-arts en 1890, banquet en son honneur en 1904, grande rétrospective en 1907. Faite toute d'émotion et de spiritualité, la peinture de cet indépendant, qui nous a laissé sur ce sujet des textes révélateurs (Écrits, 1907), devait être un pôle d'attraction important, face aux réalistes et aux successeurs de l'impressionnisme, pour les peintres symbolistes, attirés par les secrets de l'« âme » : « Le mystérieux de la réalité et la réalité de l'invisible m'ont attiré. Pour moi l'évidence est ce qui ne se perçoit pas au premier instant », écrivait-il. Très typée, son œuvre était promise au succès (« On dira un jour les Maternités de Carrière comme on dit les Pietà de Michel-Ange », déclarait A. Besnard), puis à un discrédit excessif : à la fin du xxe siècle, elle n'a pas encore retrouvé la notoriété qu'elle mérite.

<it>Alphonse Daudet et sa fille Edmée</it>, E. Carrière - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Alphonse Daudet et sa fille Edmée, E. Carrière

Paul Verlaine, E. Carrière - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Paul Verlaine, E. Carrière

— Jean-Paul BOUILLON

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Écrit par

  • : professeur d'histoire de l'art moderne et contemporain à l'université Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand

Classification

Pour citer cet article

Jean-Paul BOUILLON. CARRIÈRE EUGÈNE (1849-1906) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Médias

<it>Alphonse Daudet et sa fille Edmée</it>, E. Carrière - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Alphonse Daudet et sa fille Edmée, E. Carrière

Paul Verlaine, E. Carrière - crédits : Erich Lessing/ AKG-images

Paul Verlaine, E. Carrière

Autres références

  • SYMBOLISME - Arts

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    • 5 745 mots
    • 5 médias
    ...contradictions, de la part des peintres comme de leurs exégètes. Redon est partisan d'un art de l'âme et des idées, mais n'en condamne pas moins l'extrémisme de Carrière qui « s'est vanté de n'avoir jamais voulu peindre, et qui reste indifférent à la peinture elle-même. Il se dit visionnaire jusqu'à pouvoir extraire...