ESPAGNE (Le territoire et les hommes)Économie

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CapitaleMadrid
Unité monétaireeuro (EUR)
Population47 526 000 (estim. 2021)
R.N.B. par habitant (USD)30 330 (2019)

Les contrecoups politiques et sociaux de la crise espagnole

En 2013-2014, près de sept ans après le déclenchement de la crise, force est de constater que ces processus économiques et financiers interdépendants ainsi que l’intervention des acteurs publics et privés, mus par des logiques et des intérêts différents, ont modifié durablement le panorama général de l'activité économique en Espagne.

Crise de liquidités et transferts de capitaux

Malgré la perfusion financière de la B.C.E., la circulation du crédit ne retrouve pas son niveau d’avant la crise. La récession a provoqué une fuite des capitaux vers les places étrangères. Cependant, les entreprises qui le pouvaient se sont tournées vers l'Europe, qui absorbe 65 p. 100 des exportations, ainsi que vers les marchés émergents (Amérique du Sud, mais aussi États-Unis, Maghreb et pays du golfe Persique). La baisse du coût de la main-d'œuvre, la forte chute de la consommation de biens d'équipements (importés pour l’essentiel), la bonne tenue du secteur touristique, tous ces éléments dopent la balance des comptes courants. En 2013, son solde redevient positif d’environ 7 milliards d'euros.

Certes, en 2013, beaucoup d’éléments négatifs assombrissent encore le paysage. Le manque de liquidités – et de trésorerie – complique encore la vie des petites et moyennes entreprises espagnoles (la très grande majorité du tissu productif), qui restent fragiles et aiguisent l'appétit des fonds spéculatifs internationaux. Certaines entreprises doivent céder une portion de leurs parts pour survivre ou investir. D'autres sociétés, par exemple les compagnies immobilières, les bureaux d'ingénierie du B.T.P., toutes ces entreprises qui avaient été saisies par les banques à l'époque de l'explosion de la bulle, sont revendues à des fonds étrangers, quelquefois basés dans des paradis fiscaux. Les banques espagnoles sont forcées à ces cessions rapides, car elles sont surveillées à la loupe par la B.C.E. et doivent absolument augmenter leurs fonds propres. Les années 2013 et 2014 ouvrent une période d'intenses rachats d'actifs immobiliers, mais aussi d'entreprises fragilisées par des questions de trésorerie. Des groupes industriels et des fonds de pensions issus d'Asie, d'Amérique du Nord et d'Amérique du Sud rachètent de grands hôtels de luxe, des centres commerciaux, des parcs industriels et logistiques, des surfaces de bureaux vides ou occupés... tout ce qui, dans une future période de reprise, sera profitable. En revanche, le stock du million de résidences du bord de mer, qui a déjà perdu presque 60 p. 100 de sa valeur, reste invendable, malgré les efforts de la S.A.R.E.B.

La récession au risque des politiques d'ajustement

La crise entraîne un appauvrissement généralisé de la population et une précarisation du marché du travail. L'économie souterraine (on l’évalue alors à plus de 20 p. 100 de l'activité) et la solidarité intrafamiliale permettent à bien des ménages de survivre. Cependant, l'explosion du chômage (plus de 5,9 millions de chômeurs en décembre 2013) crée une profonde fracture dans la société espagnole. Le P.I.B. par habitant enregistre une baisse de 6,6 p. 100 entre 2008 et 2012, et repasse sous la moyenne européenne – alors qu'il l’avait dépassé de 5 p. 100 au début des années 2000. Les inégalités sociales se creusent : selon l'O.C.D.E., l'Espagne est le pays dans lequel le dixième de population le plus défavorisé a connu la plus forte perte de revenu (13,7 p. 100), tandis que le dixième le plus aisé a amorti le choc avec une perte de revenu inférieure à 2 p. 100.

Dans de nombreux ménages, tous les adultes en âge de travailler sont au chômage depuis trop longtemps pour bénéficier d’une indemnisation. Ils doivent vivre sans aucun revenu. C’est notamment le cas des 3,5 millions d’actifs au chômage depuis plus de un an. Les moins insérés dans le système productif, les plus précaires et les moins diplômés représentent d'énormes contingents parmi les chômeurs : 55 p. 100 des chômeurs espagnols n'ont pas de diplôme de l'enseignement secondaire, 40 p. 100 ont plus de cinquante-cinq ans. À l’époque de la prospérité, les emplois agricoles semblaient réservés aux migrants. Ils sont à nouveau recherchés par les Espagnols, même s’ils sont de courte durée : campagne de cueillette des olives de la province de Jaén en hiver, campagne de la fraise de la province de Huelva au printemps… La fracture entre générations se creuse. Les jeunes de vingt à trente-cinq ans, même s’ils sont plus diplômés que leurs aînés, peinent à intégrer le marché du travail et se tournent vers l'émigration. En 2012, l'Allemagne accueille 30 000 jeunes Espagnols, le Royaume-Uni 37 000 – contre environ 10 000 avant la crise. Il s’agit souvent d’une population qualifiée. Le chômage contribue au blocage de l’ensemble de la machine économique. Il interdit à des centaines de milliers de débiteurs de rembourser leurs emprunts immobiliers, ce qui retarde l'assainissement bancaire et nourrit une vague d'expulsions aux effets délétères sur l'ambiance politique et sociale (environ 50 000 expulsions en 2013, dont 21 000 délogements forcés sur décision judiciaire). Le gouvernement espagnol se trouve donc dans une passe délicate : sa politique d'austérité se solde par une baisse de la consommation, le report des achats (d'une résidence, d'une automobile…) et la diminution des investissements productifs des entreprises. Ces phénomènes réduisent les rentrées fiscales, ce qui accroît les déficits publics…

Les voix de l'opposition (P.S.O.E., gauche radicale d'Izquierda Unida et mouvement Podemos apparu aux élections européennes de 2014 et issu du mouvement du 15 mai 2011 à la Puerta del Sol) répètent à l’envi que l’austérité est contre-productive, qu’elle empêche l'Espagne d'atteindre ses objectifs de réduction des déficits et retarde la sortie de la crise. De son côté, le gouvernement redoute un scénario déflationniste entraînant une chute générale des prix (les prix immobiliers ont perdu plus de 30 p. 100 de leur valeur entre 2008 et 2014). Le train des réformes structurelles avance difficilement : loi sur la transparence financière, nouvelle régulation du marché du travail, rénovation des règles de la fiscalité (taux et assiette), lutte contre l'évasion fiscale. En 2013 les ressources fiscales ne représentent que 37 p. 100 du P.I.B. espagnol, un taux inférieur à celui de la Grèce, et les dépenses publiques ne dépassent pas 44 p. 100 du P.I.B., loin derrière bien des puissances européennes. Malgré la lenteur des évolutions de fond, l’année 2014 est marquée par des signes encourageants qui semblent annoncer l'apparition d'une reprise encore timide. En effet, l'Espagne sort de la récession, au sens statistique du terme, dès le dernier trimestre de l'année 2013. Le premier trimestre 2014 est marqué par une série de signaux positifs.

2014 : une amorce de sortie de la récession

Le début de l’anné [...]

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Espagne : chômage depuis 1970

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Espagne : emploi par secteur d'activité

Espagne : emploi par secteur d'activité
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Espagne : P.I.B. par habitant

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Espagne : déficit public

Espagne : déficit public
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Écrit par :

  • : professeure des Universités, agrégée de géographie, habilitée à diriger des recherches
  • : économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (O.F.C.E.)

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Pour citer l’article

Nacima BARON, Sabine LE BAYON, « ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - Économie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-economie/