ESPAGNE (Le territoire et les hommes)Économie

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

quelques données-clés.
CapitaleMadrid
Unité monétaireeuro (EUR)
Population47 526 000 (estim. 2021)
R.N.B. par habitant (USD)30 330 (2019)

La succession des crises à partir de 2007

En analysant les événements économiques et financiers qui se sont succédé, année après année à partir de 2007, on comprend à quel engrenage s’est trouvée confrontée l’économie espagnole : enchaînement de crises de différentes natures (financière, économique, de l'emploi, puis budgétaire), contagion des déséquilibres à l'ensemble du système… Fin 2007, toutes les conditions nécessaires à la surchauffe de l’économie sont réunies. D'énormes masses financières issues des marchés ainsi que des fonds européens structurels (54 milliards d'euros entre 2001 et 2006) irriguent l'économie. Au même moment, des décisions politiques (lois foncières, fiscalité incitant à l'acquisition immobilière, ainsi que des mesures de régularisation massive d'une main-d’œuvre immigrée destinée à être employée dans le secteur de la construction) favorisent le secteur immobilier. D'autres facteurs, de nature sociologique, renforcent la dynamique de croissance. L’intense courant d’immigration crée des besoins de logements. L’entrée massive des femmes espagnoles sur le marché du travail assure de nouvelles conditions de solvabilité aux ménages, qui cherchent, en raison de la hausse des prix, à accéder le plus vite possible à la propriété. Cet ensemble de facteurs provoque l’augmentation de la quantité des logements produits et la hausse des prix de l’immobilier. De 1998 à 2007, le prix du mètre carré augmente de 175 p. 100. En 2007, le nombre de logements mis en construction en Espagne approche les 600 000 unités (soit plus que la construction de logements cumulée de la France, de l'Allemagne et du Royaume-Uni).

2007 : la formation de la bulle immobilière en Espagne

Dessin : 2007 : la formation de la bulle immobilière en Espagne

Pendant plusieurs années, les mesures politiques de l'Espagne et de l'Europe se sont conjuguées, aboutissant à la formation d'une bulle immobilière considérable. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Krach financier de 2008 et contagion à l'économie réelle

Dès 2008, la conjoncture se retourne. La fin du mandat de George Bush aux États-Unis coïncide avec une flambée des cours de l’énergie et des matières premières. La nervosité qui s’ensuit se transforme en défiance à l’égard des actifs particulièrement surévalués des banques espagnoles, ce qui accroît la tension sur les taux d’intérêt. Avant même la faillite de la banque Lehman Brothers (le 15 septembre 2008), le retournement de la conjoncture en Espagne se traduit par la banqueroute du promoteur espagnol Martinsa-Fadesa (début juillet 2008). Le principal indice de la Bourse de Madrid, IBEX 35, enregistre un krach : les cotations perdent 39 p. 100 de leur valeur entre l'été et la fin de l'année 2008, puis encore 30 p. 100 l'année suivante. La chute de la bourse espagnole induit deux conséquences immédiates : l'effondrement brutal du cours des sociétés travaillant dans la promotion immobilière et la multiplication des défauts de paiement des emprunteurs (entreprises et ménages) étranglés par la remontée des taux d’intérêt (car les contrats d'emprunts sont le plus souvent adossés à des taux variables). L'onde de choc atteint très rapidement les activités liées au bâtiment (cimenteries, faïenceries, agences immobilières…)

2008 : l’éclatement de la bulle immobilière espagnole et le krach financier

Dessin : 2008 : l’éclatement de la bulle immobilière espagnole et le krach financier

En 2008, la bulle immobilière atteint un seuil critique. Avant même la crise financière mondiale, la bulle immobilière espagnole éclate, entraînant dans sa chute l'ensemble de l'économie du pays.  

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

À l'automne 2008, les responsables de la réserve fédérale des États-Unis et de la Banque centrale européenne maintiennent des taux d’intérêt élevés, comme s’ils ne craignaient pas la contagion des faillites qui se multiplient. Les petits établissements de crédit, notamment les caisses d'épargne régionales, ne parviennent pas à se refinancer auprès des établissements centraux, qui doutent de la qualité de leurs créances (actifs toxiques). Peu à peu, l’ensemble du système financier se grippe. Les ménages, acculés par l’augmentation des taux d’intérêt, limitent leur consommation. Les entreprises, asphyxiées par la dette, commencent à licencier en masse.

L'année 2009 est marquée par l'inéluctable expansion de cette onde destructrice. Le P.I.B. se contracte d’environ 5 p. 100 en douze mois. Le nombre des chômeurs passe de 2 millions à plus de 4 millions et demi (soit de 8 p. 100 à 20 p. 100 de la population active). Les suppressions d'emplois touchent d'abord les immigrés employés dans la construction, puis les ouvriers des industries de biens de consommation (notamment ceux qui étaient financés par le crédit, comme l'automobile). Les immatriculations de véhicules passent de plus de un million par an en 2007 à moins de 300 000 en 2009. La vingtaine d’usines automobiles présentes sur le sol espagnol (Citroën à Vigo, Nissan à Barcelone, etc.) sont touchées par des vagues de chômage partiel. Les chaînes de leurs sous-traitants s’arrêtent de fonctionner. Peu à peu, le chômage se répand de l'industrie aux activités de service et atteint désormais les femmes. La récession affecte alors l'ensemble des secteurs productifs et la plus grande partie du marché du travail.

Un éphémère plan de relance keynésienne

Signe que l’état d’esprit des Espagnols est marqué par l’incertitude sur l’avenir, le taux d’épargne des ménages bondit (18 p. 100 des revenus). Mais le gouvernement ne veut pas accentuer les comportements baissiers. Dans les médias, il s’interdit d’utiliser le terme crise, préférant des euphémismes tels que « décélération » ou « atterrissage ». Dans le courant de l'année 2009, à la suite d'autres gouvernements européens, il se résout à soutenir le système financier et à tenter de sauver l’emploi, en injectant une cinquantaine de milliards d'euros d’argent public dans l’économie, ce qui correspond aux excédents budgétaires des précédents exercices. Ce plan d’inspiration keynésienne a trois objectifs. En débloquant ces fonds publics, l’État cherche à compenser la méfiance des organismes bancaires et l'assèchement du crédit. En lançant des chantiers locaux, il veut soutenir l’emploi là où il recule le plus (bassins industriels et grandes métropoles). Enfin, en distribuant des stimulants fiscaux (prime à l'achat d'une automobile…) et des revenus sociaux (une indemnité chômage et un salaire minimal revalorisés), il essaie d’enrayer la chute de la consommation. L’une de ses mesures phares est le « plan Emploi » (ou « plan E ») qui attribue près de 9 milliards d’euros à la réalisation de 30 000 chantiers publics urbains. Pour assurer ces travaux, plus de 400 000 contrats à durée déterminée sont signés dans le bâtiment et les travaux publics, dans l’animation sociale, dans l’entretien des espaces verts… Des aménagements de la fiscalité immobilière sont mis en place pour hâter la décision d’achat des futurs propriétaires, dans l’espoir d’endiguer la chute des prix de la pierre. Enfin, l’État accélère l’achèvement du réseau ferroviaire à grande vitesse (Alta Velicidad Española). À ce rythme de mesures, la marge de manœuvre financière dégagée grâce aux excédents budgétaires des années précédentes s’évapore rapidement. À la fin de l’année 2009, le déficit public atteint déjà 11,4 p. 100 du P.I.B.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

Médias de l’article

Espagne : chômage depuis 1970

Espagne : chômage depuis 1970
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Espagne : emploi par secteur d'activité

Espagne : emploi par secteur d'activité
Crédits : Encyclopædia Universalis France

tableau

Espagne : P.I.B. par habitant

Espagne : P.I.B. par habitant
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Espagne : déficit public

Espagne : déficit public
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Afficher les 9 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeure des Universités, agrégée de géographie, habilitée à diriger des recherches
  • : économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (O.F.C.E.)

Classification

Autres références

«  ESPAGNE  » est également traité dans :

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - Géographie

  • Écrit par 
  • Michel DRAIN
  •  • 9 612 mots
  •  • 7 médias

À l'extrémité sud-ouest de l'Europe, l'Espagne (46,9 millions d'habitants en 2010) n'est séparée de l'Afrique que par un bras de mer étroit. Cette particularité a joué un rôle majeur dans son histoire. Disposant, comme la France, à la fois d'une façade méditerranéenne et d'une façade atlantique, l'Espagne a participé à l'histoire de la Méditer […] Lire la suite

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - Des Wisigoths aux Rois catholiques

  • Écrit par 
  • Marcelin DEFOURNEAUX
  •  • 6 379 mots
  •  • 7 médias

Un fait domine l'histoire de l'Espagne médiévale : l'invasion musulmane de 711, qui en dévie le cours et entraîne de multiples conséquences d'ordre politique, social, religieux et moral. La mainmise de l'Islam sur le royaume hispano-gothique créé deux siècles plus tôt étouffe les germes de « féodalisation » qui s'y manifestaient. La Reconquista, tout en donnant naissance à plusieurs royaumes, cont […] Lire la suite

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - De l'unité politique à la guerre civile

  • Écrit par 
  • Henri LAPEYRE
  •  • 14 279 mots
  •  • 18 médias

Il est deux façons de suivre le déroulement de l'histoire de l'Espagne depuis le xvie siècle : de l'extérieur ou de l'intérieur. Si l'on se place à l'extérieur, ce pays apparaît mêlé étroitement à la grande politique européenne jusqu'au début du xixe siècle, puis réduit à l'état de petite puissance et se […] Lire la suite

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - L'ère franquiste

  • Écrit par 
  • Guy HERMET
  •  • 7 215 mots
  •  • 3 médias

L'Espagne apparaît comme le prototype des nations européennes longtemps vouées à une sorte de fatalité autoritaire, et le régime franquiste comme le symbole de l'autoritarisme moderne en Europe. Pourtant, si la guerre d'Espagne a suscité des études nombreuses et approfondies, et si elle a pris une sorte de valeur universelle, la dictature issue de ce confl […] Lire la suite

ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - Le retour à la démocratie

  • Écrit par 
  • Guy HERMET, 
  • Mercedes YUSTA RODRIGO
  •  • 10 708 mots
  •  • 5 médias

Depuis les années 1970, l'Espagne a enregistré presque simultanément les trois « révolutions » – industrielle, socioculturelle puis démocratique – que la plupart des pays voisins ont affrontées de façon successive et sur près d'un siècle. De surcroît, il lui a fallu se réinventer un destin national et un État accepté de tous ses habitants. C'est dire que les dé […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - La langue

  • Écrit par 
  • Bernard POTTIER
  •  • 5 481 mots
  •  • 1 média

L'année 1492 est fondamentale pour la destinée de la langue espagnole. Avant cette date, la Péninsule connaissait une période de fort dialectalisme, et la littérature, très estimable, était cependant relativement peu abondante. À la fin du xve et au début du xvie siècle, le castillan (espagnol) arrive à m […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - La littérature

  • Écrit par 
  • Jean CASSOU, 
  • Corinne CRISTINI, 
  • Jean-Pierre RESSOT
  •  • 13 806 mots
  •  • 4 médias

Le caractère essentiel de la littérature espagnole, comme de toute la culture et de tout le génie de l'Espagne, comme du tempérament des Espagnols, est la singularité. De cette singularité les Espagnols ont conscience et ils lui donnent, d'emblée, une raison géographique : ils se sentent situés au bout de l'Europe. Un de leurs aphorismes favoris est que l'Europe commence aux Pyrénées.À cette raiso […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - L'art espagnol

  • Écrit par 
  • Marcel DURLIAT
  •  • 5 038 mots
  •  • 11 médias

L'histoire de l'art espagnol ignore la continuité. Son développement par ruptures doit être mis en relation avec le déterminisme géographique qui oppose la massivité continentale de la Meseta à la diversité des zones périphériques. Les Castilles paraissent faites pour unifier et pour commander. Les régions du pourtour ont toujours été attirées par les dissidences. Selon le rythme de l'histoire, l' […] Lire la suite

ESPAGNE (Arts et culture) - La musique

  • Écrit par 
  • Luis CAMPODÓNICO, 
  • Pierre-Paul LACAS
  •  • 5 663 mots
  •  • 4 médias

Selon que l'on considère la traduction musicale des caractères communs à l'ensemble des peuples ibériques ou l'évolution d'une tradition savante, on pourra parler de musique espagnole ou de musique d'Espagne.La première, présente dans les folklores de la Péninsule depuis les origines de la nationalité, a souvent info […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

2-28 mai 1997 France. Victoire de l'opposition de gauche au premier tour des élections législatives

l'Économie en cas de victoire de la droite, soulignent leur « complémentarité ».  […] Lire la suite

Pour citer l’article

Nacima BARON, Sabine LE BAYON, « ESPAGNE (Le territoire et les hommes) - Économie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/espagne-le-territoire-et-les-hommes-economie/