WILL EDOUARD (1920-1997)

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Issu d'une famille alsacienne protestante de Mulhouse, Edouard Will a manifesté toute sa vie une double passion pour la musique (comme pianiste, comme critique musical, mais aussi comme compositeur) et pour l'histoire. Après des études à l'université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand et une participation active à la Libération dans la 1re armée française, il passe l'agrégation d'histoire et enseigne quelques années au gymnase Jean-Sturm, puis au lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg. En 1955, il devient docteur d'État, avec une thèse principale consacrée à l'histoire archaïque de Corinthe (Korinthiaka, De Boccard, 1955) et une thèse secondaire intitulée Doriens et Ioniens (Strasbourg, 1956). Ce petit livre, au sous-titre éloquent – Essai sur la valeur du critère ethnique appliqué à l'étude de l'histoire et de la civilisation grecques – montre que l'opposition entre l'esprit dorien et l'esprit ionien n'est nullement un legs de l'Antiquité, mais qu'il s'agit d'un mythe moderne qui remonte à Karl-Ottfried Müller, au début du xixe siècle.

Élu en 1955 à l'université de Nancy (où il enseignera pendant toute sa carrière, jusqu'en 1984), il continue à s'imposer comme l'un des meilleurs spécialistes de l'archaïsme grec – notamment de l'histoire sociale et des origines de la monnaie. Il est l'un des premiers historiens à comprendre l'apport que représente le déchiffrement du linéaire B des tablettes mycéniennes par Michael Ventris, et son article « Aux origines du régime foncier grec : Homère, Hésiode et l'arrière-plan mycénien » (Revue des études anciennes, 1957) demeure une des études fondamentales sur le régime de la terre à Pylos. En dépit d'un intérêt soutenu pour ce nouveau domaine de l'histoire grecque, il n'écrira plus rien sur les textes mycéniens, parce que ces documents comptables ne permettent pas de dégager « ce que pensaient les Mycéniens ». Pendant ses premières années à Nancy, il rédige aussi son œuvre majeure, l'Histoire politique du monde hellénistique (Presses univ. de Nancy, 1re éd. 1963-1965, 2e éd. revue et augmentée, 1981). Dans ce livre fondamental, qui contribua à la réhabilitation de l'histoire événementielle, l'analyse des sources et l'établissement méticuleux de la chronologie se doublent d'un examen approfondi de quelques questions majeures, comme celle de l'impérialisme lagide, et d'une confrontation fréquente des thèses de l'auteur avec celles des grands pionniers de l'histoire hellénistique – J. G. Droysen, M. Holleaux et M. Rostovtzeff en particulier – Edouard Will n'est pas de ceux qui se contentent de « la bibliographie récente de la question », ni de ceux qui croient que les grands historiens des générations précédentes sont « dépassés ».

Changeant à nouveau de terrain d'enquête, il entreprend la rédaction de sa grande synthèse sur le ve siècle dans la collection Peuples et Civilisations (P.U.F. 1re éd., 1972) : sans sacrifier l'étude précise des événements, il s'attache aussi à présenter la réflexion philosophique, politique et religieuse de ce siècle marqué notamment par l'enseignement des sophistes. C'est dans le même esprit d'histoire totale qu'il rédige, dans le volume suivant de la même collection, la partie consacrée à l'époque hellénistique. Revenant au genre de l'essai historique qu'il avait déjà illustré dans Doriens et Ioniens, il étudie dans Ioudaïsmos-Hellenismos (P.U.N., 1986) les diverses attitudes des Juifs de Judée face à la civilisation grecque au iie et au ire siècle avant J.-C., en élargissant son propos à une réflexion générale sur l'acculturation et ses limites dans les situations de type colonial, puis s'attache à réfuter la théorie, développée notamment par Renan, d'un prosélytisme juif précurseur du prosélytisme chrétien (Le Prosélytisme juif. Histoire d'une erreur, Les Belles lettres, 1992) ; pour ces deux ouvrages, il s'est assuré la collaboration de son ami l'historien hébraïsant Claude Orrieux.

Tout au long de sa carrière, parallèlement à cette œuvre personnelle considérable, Edouard Will a écrit de très nombreux comptes rendus. De 1965 à 1979, il a en particulier rédigé le bulletin bibliographique d'histoire grecque de la Revue historique. La tâche de recenseur est parfois ingrate, et E. Will a regretté que beaucoup de travaux « manquent à la fois de science et de conscience », mais il est évident aussi que l'historien a pris beaucoup de [...]

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  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur d'histoire grecque à l'université de Paris-X-Nanterre

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  • Écrit par 
  • Pierre CARLIER
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Dans le chapitre « Le mythe moderne »  : […] Ce sont des historiens modernes qui ont fait de l'opposition entre Doriens et Ioniens le clivage fondamental du monde grec. Tandis que les premiers linguistes du xix e  siècle expliquaient la coexistence des dialectes par l'arrivée en Grèce de vagues successives d'hellénophones, les Ioniens, puis les Éoliens, et enfin les Doriens, dès 1824, l'historien allemand Karl-Ottfried Muller opposait les ve […] Lire la suite

Pour citer l’article

Pierre CARLIER, « WILL EDOUARD - (1920-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/edouard-will/