DU FU [TOU FOU] (712-770)

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Avec deux millénaires et demi d'histoire littéraire, il n'est pas étonnant que la Chine ait de la peine à choisir son Dante, son Shakespeare ou son Goethe, à savoir un seul auteur qui dépasserait incontestablement tous les autres. Elle a néanmoins un poète que les hommes de lettres s'accordent à reconnaître, de par la supériorité de sa technique et l'absolue sincérité de ses vers, comme « le plus grand des poètes chinois », le « saint de la poésie » : Du Fu. Mais, s'ils reconnaissent Du Fu comme « le plus grand », ils ajoutent aussitôt que son aîné et ami Li Bo est son pair. C'est que ces deux amis représentent les deux tendances de l'âme chinoise : Li Bo, taoïste anarchique, exprime la tendance dionysiaque, en quête de l'ivresse de la nature ; Du Fu, par contre, est l'homme social engagé, le tenant de l'orthodoxie confucianiste. Sa passion intense pour l'ordre public, pour le bon gouvernement servi avec intégrité par des fonctionnaires loyaux prend corps dans la perfection formelle de ses vers, image de l'ordre social idéal auquel il aspire. En même temps, contrastes et dissonances, juxtapositions inattendues à couper le souffle montrent combien ses aspirations étaient loin d'être réalisées dans sa vie tourmentées.

Errances et malchances

Du Fu est issu d'une famille, modeste mais de lignage ancien, de petits fonctionnaires à budget limité ; il est le petit-fils d'un poète mineur, Du Shenyan. Très tôt, il montra un réel talent poétique, mais il semble que, comme beaucoup de ses contemporains, il n'ait voulu l'exploiter que pour obtenir un emploi du gouvernement. Il garda sa vie durant l'impression d'être un homme d'État manqué ; cependant, rien ne donne à penser qu'il ait eu des aptitudes quelconques pour la politique ou l'administration, et ses échecs répétés dans la carrière qu'il ambitionnait sont providentiels du point de vue de la littérature chinoise.

De sa vingtième à sa trentième année, Du Fu entreprend des voyages d'agrément et d'intérêt culturel dans l'est de la Chine, ponctués par l'éche [...]

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Écrit par :

  • : professeur à l'université d'Oxford (Grande-Bretagne)

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Pour citer l’article

David HAWKES, « DU FU [TOU FOU] (712-770) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/du-fu-tou-fou/