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DIVAGATIONS, Stéphane Mallarmé Fiche de lecture

Le « poème critique »

La fin du volume, explique la Bibliographie, risque de causer du « désarroi » en raison de « la disposition typographique ». En effet, le lecteur ne peut plus alors se référer à des genres connus. L'œil d'abord est troublé : la prose tend à un éclatement en paragraphes souvent brefs, évoquant le verset et séparés par d'énigmatiques blancs, avec recours à une ponctuation neuve : le tiret tend à remplacer le point. Un rythme s'impose, impliquant une pensée nouvelle, qui exige à son tour une appellation nouvelle : « une forme, peut-être, en sort, actuelle, permettant, à ce qui fut longtemps le poème en prose et notre recherche, d'aboutir, en tant, si l'on joint mieux les mots, que poème critique ». Ouvertes par les poèmes en prose appartenant au passé de l'auteur, les Divagations s'achèvent donc par la proposition d'une forme inédite qui doit aider à poser de nouvelles questions dans l'ultime section. Son titre, « Grands faits divers », redit ironiquement la rivalité avec le « journalisme », mais pour la dépasser : le poème critique permet d'affronter le « monde réel » et sa violence à l'endroit de celui qui essaie de penser, en évitant l'écueil du récit journalistique. Confrontation permanente où Mallarmé aborde résolument l'actualité, de la crise de Panama aux attentats anarchistes. Il s'interroge aussi sur la place de la poésie et du livre dans ce monde (« Crise de vers », « Quant au livre », « Le Mystère dans les lettres »), tout comme il examine des lieux où la vie semble possible, comme les « Cloîtres » où les universités d'Oxford et Cambridge, visitées en 1894, abritent les hommes de pensée.

En 1897, la célébrité de Mallarmé dépassait le cercle de ses premiers admirateurs. Des articles favorables parurent sur les Divagations non seulement dans les « revues amies », comme le Mercure de France ou la Revue blanche, mais également dans la grande presse : ainsi au Figaro Philippe Gille (ancien librettiste d'Offenbach !) invitait le lecteur à « découvrir la pensée de M. Mallarmé, qui mérite vraiment qu'on la cherche ».

— Patrick BESNIER

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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<em>Stéphane Mallarmé</em>, É. Manet

Stéphane Mallarmé, É. Manet

Autres références

  • L'ACTION RESTREINTE. L'ART MODERNE SELON MALLARMÉ (exposition)

    • Écrit par Yves MICHAUD
    • 1 133 mots

    L'art de l'âge moderne avait fini par être écrasé sous sa propre vulgate. L'expositionL'Action restreinte. L'art moderne selon Mallarmé, au musée des Beaux-Arts de Nantes du 9 avril au 3 juillet 2005 (catalogue de Jean-François Chevrier, Musée des Beaux-Arts de Nantes-Hazan,...

  • MALLARMÉ STÉPHANE (1842-1898)

    • Écrit par Jean-Louis BACKES
    • 5 997 mots
    • 2 médias
    ...les revues du mouvement, se détachent impérieusement, difficiles et superbes, les poèmes en prose que publia Mallarmé sous le modeste nom d'articles. La continuité est en effet visible entre les poèmes en prose écrits à Tournon, les traductions, en prose, des poèmes de Poe, et les Divagations publiées...