DENCK JOHANNES ou HANS (1500-1527)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Proche des anabaptistes, dont il s'éloigne cependant par son mysticisme, Denck apparaît, à bien des égards, comme un précurseur de la libre-pensée. En butte à l'animosité de tous les partis, il dégage de son propre scepticisme une attitude chrétienne débarrassée de la rigueur des dogmes et fondée sur le respect mutuel des individus. Relevant les multiples contradictions de la Bible, il en vient à souhaiter que Dieu se manifeste en lui afin de lui accorder cette foi sans laquelle toute religion est lettre morte. Une des raisons de la persécution qui l'atteindra sa vie durant tient à sa thèse : « Là où est la foi, il n'y a pas de péché ; là où il n'y a pas de péché demeure la vertu divine. »

Né à Habach (Haute-Bavière), Hans Denck entre à dix-sept ans à l'université d'Ingolstadt. Il poursuit ses études à l'université de Bâle et se perfectionne en latin, grec et hébreu, tout en travaillant comme correcteur dans une imprimerie. L'influence d'Érasme se mêle à son attrait pour la mystique allemande et pour les thèses de Thomas Münzer. À l'initiative d'Œcolampade, il est nommé, à vingt-trois ans, recteur de l'école Saint-Sebald à Nuremberg. Il se marie et compte parmi les notables de la ville, bien que son indépendance d'esprit irrite les milieux luthériens, Osiander en particulier.

Mis en cause dans l'affaire des « trois peintres sans Dieu », pour les propos tenus avec l'un des artistes impies, il comparaît devant le conseil de la cité, qui exige de lui une confession de foi. Denck rédigera en deux fragments successifs des aveux d'une grande sincérité. Il constate que, examinant la foi en laquelle il a été éduqué, il doit admettre qu'il s'agit là d'une foi fictive, « parce que cette foi n'a pas triomphé de ma pauvreté spirituelle, de mon inclination à pécher, de ma faiblesse et de mon état maladif [...]. Je ne m'aventurerai pas à prétendre que je possède maintenant la foi qui se traduit elle-même dans la vie, bien que je voie clairement que mon incroyance ne peut continuer davantage devant Dieu [...]. Seigneur, j'ai le désir d'atteindre à la foi, aide-moi. » Sans qu'il soit établi que les deux hommes se soient rencontrés, il apparaît clairement qu'Eloi Pruystinck d'Anvers a fait sienne la proposition de Denck : « Tous les croyants sont à un moment ou à un autre des incroyants. Pour devenir croyants, ils doivent laisser mourir leurs passions et l'homme terrestre de telle façon que ce ne soient plus eux qui vivent, comme ils le font tant qu'ils sont dans l'incroyance, mais que ce soit Dieu qui vive en eux par la médiation du Christ. » Cette présence de Dieu qui, agissant dans l'homme, le délie de toute contrainte et de tout péché sera une des thèses de ceux que Calvin appellera les libertins spirituels.

Le 25 janvier 1525, Denck est condamné au bannissement. Contraint de quitter sa famille, il se réfugie en juin à Saint-Gall chez des anabaptistes, qu'il choque bientôt par ses conceptions. L'errance le mène à Augsbourg, où il séjournera jusqu'en octobre 1526. Il écrit Wer die Wahre warlich lieb hat, où il met en évidence quarante paradoxes contenus dans la Bible. Il conclut que seule la présence de Dieu en soi peut éclairer l'existence, et non pas les querelles d'interprétations. L'hostilité des luthériens le contraint à un nouvel exil. Le même sort l'attend à Strasbourg, où il est dénoncé par Bucer et Capito. Lors d'un bref séjour à Worms, il aide Hetzer à traduire les prophètes de l'Ancien Testament. C'est un homme usé par son combat solitaire qui arrive à Bâle en septembre 1527. Œcolampade lui accorde le refuge à condition d'abjurer. Denck écrit une manière de confession où, à côté de quelques concessions, il se rapproche de la notion d'homme intérieur, défendue par Schwenckfeld. Œcolampade publiera le texte sous le titre abusif d'Abjuration de Hans Denck.

Quand Denck mourut, à vingt-sept ans, de la peste, à Bâle, il venait de publier Von der waren Liebe, où il insiste sur l'idée que celui qui aime Dieu et a Dieu dans son cœur n'a pas à se soucier des institutions, qui ne font que l'aveugler. Deux de ses textes paraîtront, en 1528, comme préface et appendice à la Deutsche Theologie. Il y développe la thèse que la créature est nécessaire à Dieu et que l'homme déifié par l'illumination jouit, aussi bien que le Christ, de l'union avec lui.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  DENCK JOHANNES ou HANS (1500-1527)  » est également traité dans :

FRANCK SÉBASTIEN (1499-1542)

  • Écrit par 
  • Raoul VANEIGEM
  •  • 734 mots

Historien, humaniste, esprit indépendant, Sébastien Franck fait entendre, dans la tourmente religieuse du xvi e siècle, la voix de la tolérance et de la liberté de pensée. Seule importe pour lui la foi individuelle en un Dieu que n'emprisonnent ni les dogmes, ni les Écritures, ni les rituels, ni les théologiens. Ses courageuses prises de position, proches des options de Johannes Denck, lui attire […] Lire la suite

Pour citer l’article

Raoul VANEIGEM, « DENCK JOHANNES ou HANS - (1500-1527) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/denck-johannes-ou-hans/