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DÉMATÉRIALISATION DE L'ŒUVRE D'ART

La nouvelle présentation des œuvres d'art

Le processus de dématérialisation des œuvres partait, autrefois, d'un matériau de base relativement complexe et « lourd », la création consistant pour l'artiste à dégager l'œuvre d'une composante physique. Le modèle, à l'arrière-plan, restait celui du sculpteur, dégageant peu à peu du bloc (de pierre, de marbre, de bois) une forme épurée. Les artistes de la seconde moitié du xxe siècle et ceux du xxie partent, eux, souvent de processus directement conceptuels ou immatériels (codes et logiciels, réseaux, etc.). Il n'y a plus alors de « dématérialisation » ; les artistes œuvrent d'emblée au cœur d'un champ désincarné.

L'œuvre d'art est, conjointement, de plus en plus dépendante de ses nouveaux moyens de communication et de présentation. Le développement de l'Internet, l'apparition de galeries et de musées virtuels, la multiplication des sites d'artistes, ont profondément modifié la donne matérielle des œuvres. La muséographie elle-même se transforme. L'art sur Internet présente, sous forme d'images ou de clones, les œuvres du répertoire de l'art mondial, mais aussi d'autres créations directement destinées aux réseaux. Celles-ci ne seront souvent véhiculées et présentées que sur écran.

Tout cela conduit à une conception de l'œuvre d'art très différente de celle des siècles antérieurs. Doubles, fantômes, ectoplasmes lumineux : les œuvres sont prises dans le grand flux des images. Avec lesquelles elles tendent à se confondre.

L'art vidéo (Nam June Paik, Bill Viola, Gary Hill ou Thierry Kuntzel…), les arts numériques (Vera Molnar, Manfred Mohr...) et les arts virtuels, apparus plus récemment, avec Laurie Anderson ou The Virtual Museum, installation de Jeffrey Shaw (1991), ont connu des développements fulgurants. On y baigne dans des flux d'images – fixes ou mouvantes. L'art le plus contemporain retrouve, dans ces dispositifs, une composante qui avait déjà joué un rôle considérable dans la dématérialisation de l'art antérieur, à savoir la lumière... immatérielle. Impondérable. Et d'une forte présence.

Le marché de l'art lui-même, qui a longtemps boudé un processus de dématérialisation risquant de lui paraître inquiétant et peu profitable, est tenu aujourd'hui de prendre en compte ces évolutions. D'autant que les environnements virtuels procurent au visiteur un ensemble de perceptions artificielles qui n'en correspondent pas moins à des sensations « vraies ». L'illusion matiériste se substitue souvent efficacement à la réalité matérielle.

L'œuvre d'art est-elle pour autant totalement dématérialisée ? Ce serait oublier la dimension physique des machines et des infrastructures matérielles qui sous-tendent sa création, sa production et sa diffusion. Le haut pouvoir de dématérialisation des œuvres d'art est sans doute d'abord et avant tout affaire d'idéologies ou de fantasmes. Il est plaisant de manipuler des leurres, des doubles et de purs ectoplasmes. Mais que survienne la grande panne, informatique ou électrique..., et l'on serait brutalement ramené à la condition très physique, et matérielle, des moyens de présentation et de communication des images et des œuvres d'art. Force est donc de constater que la matière a la vie dure. Prétendre la faire totalement disparaître est sans doute illusoire.

Matérialisation, dématérialisation : L'Objet invisible (Mains tenant le vide) d'Alberto Giacometti (1934) pourrait réunir et illustrer les deux tendances et les deux processus à l'œuvre. Le personnage de bronze fut moulé et coulé dans un matériau précis, aux propriétés et qualités intrinsèques. En revanche, l'objet qu'il tient entre ses mains est totalement invisible ; sa forme, son aspect,[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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