DÉLIRE (histoire du concept)

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Étiologie et pathogénie

Pathologie de la croyance, pathologie relationnelle, pathologie de la liberté, les délires sont connus dans leur phénoménologie, dans leurs caractères cliniques, dans leur dynamique affective, et, pour certains, dans leur causalité efficiente. Schématiquement, une certaine déstructuration (aspect et phénomènes négatifs) et une certaine restructuration (aspect et phénomènes positifs) de la personnalité tendant à défendre ainsi, sous une autre forme, son existence, conditionnent l'état délirant. Mais cela n'explicite pas la complexité du déterminisme délirant, ni la multiplicité des voies par lesquelles se préparent, se déclenchent ou se maintiennent les délires. Précisons seulement quelques points.

La réaction délirante de la personnalité à l'agression infectieuse (délire de la fièvre), toxique (alcoolisme, toxicomanies), traumatique (commotion cérébrale), émotionnelle (rupture affective, deuil, peur) présuppose déjà, dans certains cas, une autre condition, la prédisposition. Tout le monde ne délire pas, et tous les délirants ne délirent pas de la même façon.

La prédisposition marque une « fragilité orientante » de la personnalité, soit acquise par accumulation de conflits, de frustrations, etc. – cas plus rare qu'on ne le dit, car une personnalité solide résout ses conflits ou y fait face sans décompensation –, soit par insuffisance de développement de la personnalité, immaturité affective, dysharmonie, faiblesse du moi ayant une mauvaise organisation de ses défenses, insuffisante cohésion de la personnalité, soit par une disposition héréditaire infligeant au sujet une marque constitutionnelle.

Selon les théories psychopathologiques, l'essentiel des déterminismes est porté au niveau organique (phénomènes initiaux, neutres, anidéiques, automatiques de Clérambault, troubles du fonctionnement de la substance réticulée, de l'hypothalamus, pour G. Guiraud, par exemple), psychologique (fixation, régression, projection, dynamisme libidinal pour les psychanalystes freudiens, modalité existentielle pour les phénoménologues), sociologique (facteurs culturels pour les psychanalystes culturalistes ou sociologues ; formalisme quasiment impersonnel pour le mouvement sémantico-structuraliste).

La conception sociale devient extrémiste avec l'idéologie « gauchiste », d'inspiration rousseauiste et anarchiste, qui nie la pathologie mentale comme telle et récuse totalement la psychiatrie, son savoir et sa pratique : la folie ne serait que la réponse individuelle à la mauvaise société, seule pathogène. Il suffirait de construire une « bonne » société. Sans doute ce genre de remède serait-il d'application plus difficile que la chimiothérapie et la psychothérapie.

Une position raisonnable et raisonnée, qui laisse ouverte à la recherche toutes les voies, admet un processus évolutif à substratum organique, à efflorescence psychologique avec tout l'aspect significatif et symbolique tenant à l'organisation existentielle de la personnalité, ce qui introduit nécessairement les actions et réactions sociales.

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Gabriel DESHAIES, « DÉLIRE (histoire du concept) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/delire-histoire-du-concept/