HARE DAVID (1947- )

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Pour sir David Hare, le rôle du théâtre consiste à analyser la société – un peu à la manière d'un journaliste idéal (A Map of the World, 1983). « Les mots ne peuvent être testés que lorsqu'ils sont dits. Les idées ne peuvent être mises à l'épreuve qu'en situation. Voilà pourquoi le théâtre est la cour [de justice] la plus efficace dont dispose la société. » Tout l'itinéraire de David Hare reflète cette conception.

Né à Bexhill, David Hare fait partie de la seconde génération de dramaturges politiques (après celle de John Osborne et d'Arnold Wesker) qui commence à écrire dans les années 1970 en Angleterre. D'abord situé radicalement à gauche, il fonde avec Howard Brenton la compagnie « Portable Theatre » qui fait descendre le théâtre dans la rue et aborde des problématiques invariablement centrées sur la corruption et la décadence du monde, ainsi que sur une vision historique de la société. Les deux dramaturges cosignent un certain nombre de pièces (Lay By, 1971 ; Brassneck, 1973 ; Pravda, 1985...) qui donnent forme à ce théâtre très proche de l'agit-prop, dans sa technique comme dans son idéologie. Fanshen (1975) marque pour David Hare le point indépassable d'une telle esthétique : dans cette pièce construite en tableaux, à la manière brechtienne, des personnages s'adressent directement au public pour lui expliquer les moments clés de la révolution chinoise.

Dès la fin des années 1970, Hare va se dégager de l'étiquette radicalement politique. Il quitte le Royal Court Theatre – bastion du théâtre expérimental, lieu où il s'était livré à des condamnations sans appel du capitalisme notamment avec Knuckle en 1974 –, accepte d'écrire pour les grands théâtres nationaux. Une douzaine de ses pièces, à commencer par Plenty, sont jouées au National Theatre entre 1978 et 1997. Il tente de concilier les exigences d'un théâtre « commercial » et ses propres parti pris esthétiques et politiques, de plus en plus libéraux. À partir de Teeth'n'Smiles (1975), l'exploration psychologique des personnages prend davantage d'importance dans ses pièces. Hare excelle dans l'art de cerner, en se concentrant sur un individu, les turbulences qui affectent tout un groupe social. Ces pièces se construisent autour de personnages féminins idéalistes (Plenty, 1978 ; Skylight, 1995 ; Amy's View, 1998) qui établissent les normes morales permettant de juger le degré de déviance de la société. Formellement, Hare revient à un théâtre qui se noue autour d'une histoire proche de la comédie de mœurs, même si celle-ci n'est qu'un prétexte pour explorer l'état de la nation. Ces personnages féminins ont tous leur franc-parler. Ils permettent à Hare de poser, par leur entremise, des questions que la gauche bien-pensante n'oserait pas formuler, échappant ainsi au « politiquement correct ». Son analyse s'attaque, sans retenue ni hypocrisie, à tous les rouages de la société : respectivement l'éducation dans Skylight ; l'Église, la justice et le Parti travailliste dans sa trilogie (Racing Demon, 1990 ; Murmuring Judges, 1991 et The Absence of War, 1993) ; ou encore l'héritage (The Secret Rapture, 1988).

Si David Hare s'intéresse à l'état de la société et à la maladie du monde, c'est qu'il ne cesse de redéfinir la mission du théâtre. La propension autoréférencielle de son théâtre, évidente dans The Judas Kiss (1998), dédié à Oscar Wilde, ou encore dans The Blue Room (1998), réécriture de La Ronde de Schnitzler, transparaît plus subtilement dans cette pièce-limite qu'est Via Dolorosa (1998). Là, l'auteur-acteur-personnage occupe, seul, le centre de la scène pour recréer par son soliloque, la situation qu'il a vue de ses yeux au Proche-Orient. Ce qui se joue alors, ce sont à la fois l'analyse du conflit israélo-palestinien et le rôle de l'artiste dans la société. De même, David Hare a écrit deux autres pièces, Stuff Happens (2004) et The Vertical Hour (2006) qui ont pour thème la guerre en Irak et le rôle qu'y joua Tony Blair.

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  • : agrégée, professeur de littérature anglaise (théâtre) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Dans le chapitre « Du naturalisme au néoréalisme »  : […] C'est à une version acide de la traditionnelle comédie de mœurs ( comedy of manners ) que Londres réserve un nombre important de scènes. David Hare, revenu au théâtre bourgeois après un début de carrière dans le fringe , calque son théâtre-document sur une esthétique presque cinématographique. Après une trilogie satirique qui prend pour cibles l'Église anglicane, la justice et le Parti travaillist […] Lire la suite

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Elisabeth ANGEL-PEREZ, « HARE DAVID (1947- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/david-hare/