DAI JIN [TAI TSIN] (1388-1462) & WU WEI [WOU WEI] (1459-1508)

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Limites et originalité de la peinture de genre

Chez Dai Jin, les techniques du pinceau sont évidemment empruntées à Ma Yuan et Xia Gui ; mais, en ce qui regarde la composition du paysage, son art n'est pas moins tributaire des Song du Nord (Fan Kuan, Li Tang) : il s'efforce en fait de traduire dans le langage formel des Song du Sud – écriture abrégée et rapide – la vision ample et globale des Song du Nord. Cette tentative de synthèse des deux écoles est intéressante et originale, mais elle n'est pas entièrement satisfaisante : l'encombrement de la composition ne réussit pas à restituer le puissant espace de Fan Kuan, cependant qu'il fait regretter l'éloquente économie et les vides suggestifs de « Ma-Xia ». Que ce fût en proposant une vaste vision cosmique ou au contraire en fixant un simple instantané, les maîtres des deux âges Song renvoyaient toujours à un sentiment de permanence et d'intemporalité. Chez Dai Jin, l'ampleur devient prolixité, l'instantané tombe dans l'anecdote et la scène de genre. Sa peinture, décorative et habile, reste plate : elle se contente de juxtaposer les trop nombreux éléments du décor sans arriver à suggérer une profondeur, à fondre ces éléments dans une synthèse spatiale.

Wu Wei, lui, apporte dans l'exécution de ses scènes de genre une célérité de pinceau et une vigueur frénétique qui viennent superbement transcender le prétexte anecdotique. Son métier, largement hérité de Dai Jin, va beaucoup plus loin que celui de son prédécesseur dans le sens de l'audace simplificatrice ; il a une façon fruste et abrupte de réduire les figures à quelques signes nerveux, explosant d'une vitalité qui les porte au bord de la caricature. Outre la nature souvent vulgaire de ses sujets, la critique lettrée lui reproche évidemment l'absence d'aura, le caractère trop explicite et agressif de sa peinture. Mais, après tout, les mêmes reproches ont été faits aux maîtres de la peinture Chan, Liang Kai et Muqi, et s'appliqueront à un grand excentrique comme Xu Wei : Wu Wei se trouve décidément en bonne compagnie.


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Écrit par :

  • : reader, Department of Chinese, Australian National University

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Dans le chapitre « L'étude des Anciens »  : […] Les époques Ming et Qing furent très riches dans le domaine pictural – jamais les peintres n'ont été plus nombreux, ni les théories critiques et esthétiques plus développées – et paradoxalement elles sont pourtant restées les moins connues et les moins comprises en Occident. Cela non seulement parce que le tempérament multiforme des artistes et la complexité des écoles permettent moins aisément de […] Lire la suite

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Pierre RYCKMANS, « DAI JIN [TAI TSIN] (1388-1462) - & WU WEI [WOU WEI] (1459-1508) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/dai-et-wu/