CHRISTIANISME SOCIAL ANGLAIS

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Le lien entre la foi religieuse et la volonté d'obtenir une société plus juste a été affirmé très tôt dans l'Angleterre du xixe siècle, aussi bien par les Églises non conformistes que par l'Église anglicane. Les racines historiques du christianisme social anglais plongent loin dans le passé : à la fin du Moyen Âge, les lollards ont proclamé la vocation fraternelle de l'Église ; au xviie siècle, au temps de la première révolution, des sectes, en particulier les diggers de Gerrard Winstanley, ont combattu au nom de leur foi chrétienne en faveur de grandioses réformes agraires ; les méthodistes du xviiie siècle ont allié à la mission évangélique en milieu défavorisé l'aide charitable ainsi que l'établissement d'écoles. Les maux sociaux nés de la révolution industrielle et la déchristianisation des masses, qui apparaît clairement lors du recensement religieux de 1851-1853, poussent nombre d'Églises à prendre leurs responsabilités ; elles y sont amenées parfois par l'essor d'Églises concurrentes ouvertes aux seuls ouvriers, telles les Églises chartistes des années 1840 et les Églises de travailleurs de la fin du xixe siècle. Certaines branches du méthodisme, dont les méthodistes primitifs, ont constitué de véritables sectes ouvrières et inculqué à leurs adhérents un message de démocratie sociale. De leur côté, les baptistes ont très tôt affirmé leur révolte de chrétiens en face de la misère des régions industrielles et urbaines. Dans les années 1850, Charles Kingsley, pasteur et romancier, John Frederick Denison, Maurice et Edmund Ludlow se sont faits les apôtres d'un socialisme chrétien et l'écho de leurs idées est sensible lorsque se développent les premiers partis socialistes vers 1890-1900. L'Église anglicane réagit plus lentement, sans réel souci unitaire, se bornant souvent à la traditionnelle action charitable, essayant en vain de prendre le contrôle, dans les années 1880, de la jeune Armée du salut, fondée en 1875-1878 par William Booth. En fait, le grand changement au sein de l'Église établie intervient à partir des années vingt sous l'impulsion de William Temple, évêque de Manchester en 1921, archevêque d'York en 1929, archevêque de Canterbury en 1942. Membre du Parti travailliste pendant sept ans, avant d'entrer dans l'épiscopat, il s'est consacré à la construction d'écoles ; en 1924, il a réuni à Manchester une Conférence sur la politique, l'économie et la responsabilité civique rassemblant des représentants de toutes les Églises, sauf la catholique romaine : cette conférence a posé le principe de l'intervention en faveur des victimes de conflits industriels, a demandé la prise en considération des principes chrétiens dans l'action gouvernementale et administrative et est allée jusqu'à mettre en cause la validité de la propriété individuelle. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Temple publie un livre au retentissement considérable, qui est encore très lu aujourd'hui, Christianism and Social Order, où il reprend ses critiques de l'individualisme égoïste. Mort en 1944, Temple a frayé la voie à un courant durable et perceptible dans les prises de position des anglicans depuis 1945 ; des organismes permanents de l'Église (son Conseil pour les affaires sociales et son Secrétariat des questions industrielles, en fait économiques) se préoccupent de définir une position chrétienne en face des problèmes sociaux et moraux que pose la société d'abondance. Des préoccupations identiques animent l'Église romaine britannique, venue plus tard à ce type de questions mais sensible à l'aggiornamento des années soixante. Le christianisme social n'a inspiré aucun mouvement politique qui lui soit propre mais il a pénétré la conscience des militants de tous les grands partis.

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Roland MARX, « CHRISTIANISME SOCIAL ANGLAIS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christianisme-social-anglais/