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METZ CHRISTIAN (1931-1993)

Christian Metz est à l'origine d'une discipline nouvelle : la sémiologie du cinéma. Son œuvre, d'inspiration linguistique, s'est développée à partir d'un article paru dans Communications en 1964 : “Le cinéma : langue ou langage ?” Et les ouvrages se sont succédé : le premier volume des Essais sur la signification au cinéma, en 1968, le second en 1973 ; puis, Langage et cinéma (1971) ; Le Signifiant imaginaire (1977) ; Essais sémiotiques (1977) auxquels devait s'ajouter, en 1991, L'Énonciation impersonnelle, ou le Site du film. Son influence théorique a été considérable, et l'importance de ses travaux a été reconnue internationalement. En témoigne la traduction en plus de vingt langues de ses livres et de ses articles. Il a contribué à la clarification de notions comme celles de “système” et de “code”, de “connotation” et de “dénotation”, ou de “métaphore” et de “métonymie”. Dans ses derniers travaux sur l'énonciation, il envisage les retombées possibles de la théorie du cinéma sur la recherche linguistique.

Roland Barthes a vu en lui un “fondateur” et a souligné la place historique de Metz, qui a “secoué la fatigue d'un stéréotype” : le cinéma est un langage. Christian Metz, conscient du fait que la sémiologie du film ne pouvait commencer avant que ne soit résolu le problème du découpage de celui-ci en unités de sens, s'est consacré à l'analyse syntagmatique de la bande-images. En même temps, il a inauguré les recherches sur la narrativité au cinéma.

Christian Metz aura également permis que le “droit à la mutation” soit reconnu à la sémiologie. Le déplacement le plus apparent est, dans Le Signifiant imaginaire, celui qui s'opère vers la psychanalyse, laquelle, à travers le problème de l'identification, soulève la question du spectateur. Son dernier ouvrage le ramène à des préoccupations sémio-linguistiques. Toutefois, par son analyse de l'énonciation, Metz est conduit à un nouveau déplacement de perspective et “affronte ce qui pourrait être une poétique ou une esthétique du film”.

Metz est “un fondateur de discursivité”, au sens où l'entend Michel Foucault, en raison de “la possibilité infinie des discours” qu'il a ouverte, assumant jusqu'à l'hétérogénéité de ses propres travaux avec les transformations et les écarts qu'ils ont pu engendrer chez d'autres chercheurs. Il ne faut donc pas envisager l'œuvre de Metz comme partagée en deux moments : la relation entre cinéma et linguistique d'abord, puis entre cinéma et psychanalyse.

Dans les dernières années de sa vie, desservi par le reflux du structuralisme et le retour de l'histoire, Christian Metz a vu son audience diminuer en France : les études cinématographiques se sont déployées vers d'autres domaines. Il n'est ni excessif ni paradoxal de dire que l'un des mérites de son travail est d'avoir favorisé ces nouveaux déplacements. En 1989, à Cerisy-la-Salle, un colloque lui fut consacré qui rendait hommage au chercheur. L'homme, affable et dévoué à ses amis comme à ses étudiants de l'École des hautes études en sciences sociales où il était directeur de recherche, cachait une blessure secrète. Il a choisi de se donner la mort, en septembre 1993.

— Suzanne LIANDRAT-GUIGUES

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • CINÉMA (Aspects généraux) - Les théories du cinéma

    • Écrit par Youssef ISHAGHPOUR
    • 5 396 mots
    • 2 médias
    ...universités, les théories naissent les unes des autres et s'attachent à définir leur champ respectif. La théorie s'autonomise alors en parlant de théorie. Ainsi Christian Metz commence son œuvre critique par une réflexion sur la théorie esthétique de Mitry. Il serait cependant faux de croire que cette multiplicité...

Voir aussi