ZHEN CHEN (1955-2000)

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Né à Shanghai (Chine) en 1955, Chen Zhen y fit des études artistiques avant de devenir professeur. En 1986, il s'inscrit à Paris à l'École des beaux-arts et participe à l'aventure de l'Institut des hautes études en arts plastiques créé par Pontus Hulten, où il enseignera de 1993 à 1995. En 1995 il est nommé à l'École nationale des beaux-arts de Nancy. Véritable citoyen du monde, Chen Zhen travaillait aussi bien à New York qu'à Shanghai ou Paris, sa ville d'adoption. Emporté par la maladie en pleine création, après d'ultimes démêlés avec l'ambassade de Chine à propos de l'exposition des Daily Incantations à la Cité de la musique, l'artiste est enterré au Père-Lachaise. Conjuguer deux cultures et, lorsqu'il sut qu'il était atteint d'un cancer, se servir de son corps comme d'un laboratoire pour élargir sa vision du monde et de l'art, tels furent les défis relevés par Chen Zhen.

La transformation de la Chine et le risque de perte d'identité qu'elle comporte sont au cœur de l'œuvre de l'artiste franco-chinois. L'une de ses toutes premières expositions en France, au Magasin de Grenoble, en 1992, présentait une œuvre significative à cet égard : Sleeping Tao. À Shanghai, en 1993, Chen Zhen avait été frappé par l'incroyable modernisation de sa ville natale : il fut heureux cependant de redécouvrir sous le fracas de la ville moderne un bruit familier de son enfance : celui de l'eau utilisée chaque matin pour le nettoyage des pots de chambre traditionnels, sortes de tonnelets de bois. Tel fut le point de départ de Daily Incantations (1996) : 101 pots de chambre suspendus à une structure de bois diffusent des sons qui mêlent bruits d'eau et bribes de discours politiques de l'époque du maoïsme. Au centre de la structure, une sphère avec des résidus de la technologie électronique. Dans Fu Dao/ Fu Dao, up-side-down Buddha. Arrival at Good Fortune (1997), ce sont des statuettes de Bouddha qui sont suspendues la tête en bas. Precipitous Parturition (1999) traduit dans une image saisissante – qui évoque Monogram (1959) de Robert Rauschenberg ou les Nanas de Niki de Saint-Phalle – la « fausse couche » issue des noces de la Chine et du progrès : d'innombrables chambres à air de vélos liées pour former une manière de grand dragon du Nouvel An chinois sont colonisées par une myriade de petites voitures qui gangrènent la terre chinoise. L'artiste n'est pourtant pas un passéiste. Le ballot de l'émigrant (The Voice of Migrators, 1995), version sonore de Houseball (1985) de Claes Oldenburg, est rempli de haut-parleurs modernes. En réalisant, devant l'immeuble des Nations unies à New York, Round Table (1995), vaste table ronde en bois où des chaises venues des cinq continents s'encastraient autour d'un extrait de la Déclaration des droits de l'homme, écrit en chinois, l'artiste rêvait d'une démocratie universelle fondée sur le dialogue.

Issu d'une famille de médecins et de chercheurs, Chen Zhen conçoit volontiers son art comme soin de l'âme et du corps, d'autant qu'il fit intuitivement le parallèle entre la dangereuse mutation qui touche la Chine et sa propre maladie. Ainsi dans In(ter)fection (1998), tel un virus attaquant une cellule, une colonne de déchets pénètre le cocon chinois. Mais celui-ci semble l'absorber et la purifier. Chen Zhen confronte le plexiglas, les métaux, les objets trouvés au bois, à la terre, à l'eau, à la corde et au bambou, détournant ainsi leurs potentialités maléfiques comme la médecine chinoise le fait avec l'arsenic (Salle de purification, 2000). Les aiguilles d'acupuncture et les plantes médicinales font partie de ses matériaux. L'anatomie, il la dessine et la sculpte comme un Paysage intérieur (2000). De la perle au simple balai, les objets caractéristiques de la culture chinoise – cocons de ver à soie, boules et chapelets bouddhiques, gongs – viennent à propos fournir à l'artiste les métaphores de sa quête spirituelle, qui fait parfois penser à celle de Joseph Beuys.

L'œuvre de Chen Zhen apparaît comme une création décentrée de l'art contemporain occidental, celle d'un « magicien de la terre » pour reprendre le terme de Jean-Hubert Martin. Au spectateur de poursuivre le travail d'interprétation que l'artiste avait lui-même prévu dans Chacun 50 coups (1998) en l'invitant à frapper sur des chaises et des lits transformés en gongs.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Paris-X-Nanterre

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Thierry DUFRÊNE, « ZHEN CHEN - (1955-2000) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chen-zhen/