RIMITTI CHEIKHA (1923 env.-2006)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Jusqu'à sa mort d'une crise cardiaque, à Paris, le 15 mai 2006, Saâdia Bedief, alias Cheikha Rimitti (ou Remitti), « la mamie du raï », arborait diadèmes de perles et mains teintées au henné. Cette femme de caractère qui fut si souvent blessée par les aléas de l'existence racontait sans fards ses années de misère, en pleine Seconde Guerre mondiale, dans la région de Sidi Bel Abbes, en Algérie, lorsque le typhus faucha son fils et son époux. « On embarquait les morts sur des charrettes, j'étais hantée par cette maladie. Pour survivre, j'ai suivi les mariages, j'ai bourlingué, j'ai erré. Dès que je m'allongeais, des airs me venaient dans la tête, je commençais à fredonner. Je pleurais en même temps que je chantais pour évacuer toute cette souffrance qui m'avait déglinguée. »

Dès la fin des années 1940, sa lancinante voix androgyne est remarquée lors des fêtes du marabout Sidi Abed prolongées par des concerts. Puis, passant sans transition des cantinas (bistrots de campagne) aux studios d'enregistrement, elle réalise en 1952 son premier 78-tours. De cette époque date son surnom, une déformation de « remettez-moi ça » (sous-entendu : « une tournée, patron »).

Cheikha Rimitti fut une des premières femmes à chanter, comme les hommes, sur fond de flûte gasba et de long tambour guellal. À ce style bédouin, elle a ajouté le langage cru et le style rugueux, presque parlé, des meddahates, qui initient les adolescentes aux joies et aux pièges de l'amour en chantant pour des assemblées exclusivement féminines. Le raï est né de ce télescopage.

Son premier succès, Charrak Gattà (« déchire, lacère »), écrit en 1954, est une charge explosive contre le tabou de la virginité : « Il me broie, me bleuit / il m'attise... il m'abreuve, je dis je pars et je passe la nuit / malheur à moi qui ai pris de mauvaises habitudes. »

Par la suite, nombre d'interprètes de raï « nouvelle vague » (les chebs, c'est-à-dire les jeunes, par opposition aux chiuoukhs, les vieux) ont pillé, sans le reconnaître, quelques-unes de ses plus belles chan [...]

1 2 3 4 5

pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages




Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Éliane AZOULAY, « RIMITTI CHEIKHA (1923 env.-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/cheikha-rimitti/