CHANTILLY CHÂTEAU DE

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Quatrième fils de Louis-Philippe, Henri d'Orléans, duc d'Aumale (1822-1896), avait épousé Caroline de Bourbon-Siciles, fille du prince Léopold de Salerne. Leur premier fils, Louis-Philippe, titré prince de Condé à sa naissance en 1845, mourut lors d'un voyage en Australie en 1866, leur autre fils, duc de Guise, ne survécut pas, pas plus que leurs autres enfants. Le duc d’Aumale légua son domaine de Chantilly, avec les collections qu'il y avait accumulées, à l'Institut de France – où il était entré comme académicien français en 1871 – à condition que rien n'y fût bougé, ni prêté, ni vendu. Le château de Chantilly, qui abrite le musée Condé, offre aujourd'hui le curieux exemple d'une collection-musée de la fin du xixe siècle, figée en apparence, qui ne semble vivre qu'au rythme des restaurations d’œuvres, des expositions qui montrent en alternance fonds de dessins et de livres. Le château pose donc de nombreux problèmes aux historiens et aux conservateurs. Il est similaire, par les clauses limitatives de la donation, à la Wallace Collection de Londres. Il fixe, comme l'Isabella Steewart Gardner de Boston, un moment de l’histoire de la muséographie.

Héros de la prise de la Smala d'Abd el-Kader (mai 1843), gouverneur général de l'Algérie (1847), Aumale mena une carrière militaire au service du pays plus que de la monarchie : exilé en Angleterre à la chute de son père en 1848, période durant laquelle il multiplia les achats d’œuvres à travers toute l'Europe, de retour en France en 1871, président du Conseil de guerre qui, en 1873, au Grand Trianon, condamna Bazaine qui n'avait pas su défendre Metz durant la guerre franco-prussienne, il fut en 1883 inspecteur général de l'armée, proscrit entre 1886 et 1889, et mourut en Sicile, dans sa propriété du Zucco, jusqu'au bout prince du sang mais fidèle, au-delà de l'idée monarchique, à l'idée nationale. En ce sens, la réconciliation voulue par Louis-Philippe trouve son prolongement dans la carrière militaire du « général Henri d'Orléans » – et le grand dessein historique d'un Versailles dédié « à toutes les gloires de la France » –, sa continuation dans les collections de Chantilly, ainsi que dans la décision de les ouvrir au public. À Bazaine plaidant qu'en octobre 1870 il n'avait plus d'ordre de personne et ne savait à qui obéir, Aumale avait répondu en un mot que la presse de l'époque rendit soigneusement historique : « Il restait la France, Monsieur. » C'est à l'histoire de France dans son ensemble, histoire que la dynastie d'Orléans avait voulu assumer, héritière du régicide Philippe Égalité et par lui de la Révolution, héritière de l'Empire et d'un Napoléon enseveli aux Invalides en 1840 « au nom de la France », que le duc d'Aumale dédie Chantilly, demeure privée et princière. Tout le paradoxe de Chantilly est là, paradoxe politique présent déjà chez le roi-citoyen qui ne manquait pas de rappeler qu'il était un Bourbon descendant de Louis XIV – métamorphosé en paradoxe artistique chez l'héritier des Condé.

Les collections de Chantilly sont en effet à la fois princières, dynastiques et nationales. Princières par le lieu : le vieux Chantilly médiéval avait été reconstruit entre 1528 et 1531 par Pierre Ier Chambiges (mort en 1544) pour le connétable Anne de Montmorency, Jean Bullant (1520-1578) l'avait complété par le Petit Château en 1550, qui existe encore aujourd'hui. Le domaine était entré en 1643 dans la maison de Condé – par le mariage de Charlotte-Marguerite de Montmorency avec Henri de Condé, d'où est issu le Grand Condé, vainqueur de Rocroi –, où il demeura jusqu'en 1830, date du suicide du dernier Bourbon-Condé, père du duc d'Enghien que Napoléon avait fait fusiller en 1804, et parrain du duc d'Aumale, qui hérita de l'ensemble. Le vieux Chantilly de Bullant, embelli par Mansart et Le Nôtre, n'était qu'un souvenir après la Révolution. Seule la « maison de Sylvie » dans le parc (1684) parlait encore aux romantiques, lecteurs de Théophile de Viau. Subsistaient les immenses écuries qui, ouvrant aujourd'hui sur l'hippodrome, abritent un musée dédié à l'équitation.

Aumale ne put reconstruire Chantilly que sous la IIIe République, de 1876 à 1882. Sur les plans de Félix Duban (1797-1870), qu’il avait engagé en 1846, et qui furent repris par Honoré Daumet, il édifie un château neuf pour abriter des collections dont tout signale le caractère princier : les portraits et miniatures de famille, mais surtout une bibliothèque comprenant de nombre [...]

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, ancien élève de l'École normale supérieure, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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AUBERT JEAN (1680 env.-1741)

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre MOUILLESEAUX
  •  • 145 mots

Cet ancien collaborateur d'Hardouin-Mansart perpétue la tradition de grandeur de l'école française tout en exprimant les inventions et le raffinement de l'art rocaille. Moins célèbre que les architectes de Louis XV, Jean Aubert crée pourtant l'un des édifices majeurs de l'architecture du xviii e siècle : les écuries de Chantilly (1719-1740), « palais de la chasse », édifié pour les Bourbon-Condé. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Adrien GOETZ, « CHANTILLY CHÂTEAU DE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chateau-de-chantilly/