DICKENS CHARLES (1812-1870)

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La carrière littéraire

L'exubérance juvénile

Au début de l'année 1836, il publiait son premier livre, deux volumes de contes et autres petites pièces, dont peu étaient inédites : les Esquisses de Boz (Sketches by Boz, Boz étant provisoirement son pseudonyme). Quelques semaines plus tard, la veille du mariage de Dickens-Boz avec Catherine Hogarth, fille d'un journaliste distingué, commençait la parution des immortelles aventures de M. Pickwick (The Posthumous Papers of the Pickwick Club). Pickwick, lancé sous forme de livraisons mensuelles illustrées, fit en quelques mois la conquête de l'Angleterre et la célébrité de l'auteur ; les aventures de M. Pickwick, de ses compagnons et de son valet Sam Weller sont assez décousues, mais rayonnent d'imagination prodigue, de réalisme et surtout d'humour chaleureux.

Installé d'un seul coup au faîte de la gloire, Dickens connut quelques années de fécondité exceptionnelle et de bonheur familial. Les naissances se succédaient à son foyer et les manuscrits chez son imprimeur. Un événement douloureux survint toutefois dès 1837 : la mort d'une jeune belle-sœur, Mary Hogarth, à laquelle l'attachait une vive affection. Il l'idéalisa sous les traits d'héroïnes de plus en plus irréelles. Ce deuil, en effet, fut une meurtrissure profonde et durable pour le jeune romancier qui découvrit alors la fragilité du bonheur, des affections humaines et de la vie elle-même.

Tous les romans de Dickens furent publiés par livraisons mensuelles ou hebdomadaires, écrites peu avant d'être envoyées chez l'imprimeur. Cette méthode présente des inconvénients évidents : elle fait une large place à l'improvisation et interdit les retouches en fonction d'une conception d'ensemble. Mais elle correspond au tempérament et au génie de Dickens, dont l'imagination créatrice était stimulée par l'urgence des livraisons. Dans la première période de sa carrière, il y eut même des chevauchements dans la rédaction de Pickwick (1836-1837), Olivier Twist (The Adventures of Oliver Twist, 1837-1839) et Nicolas Nickleby (The Life and Adventures of Nicholas Nickleby, 1838-1839). Olivier Twist est la sombre histoire d'un orphelin qui tombe entre les mains d'une bande de criminels et résiste vertueusement à leurs tentatives pour le corrompre ; le récit est adroitement agencé, le réalisme dans la description de la pègre est puissant, les scènes humoristiques sont nombreuses et divertissantes, mais la psychologie des milieux bourgeois reste sommaire. Nicolas Nickleby répond mieux à l'idée qu'on se fait du roman dickensien en général, car l'intrigue est tantôt nonchalante et tantôt mélodramatique, l'indignation sociale est bouillonnante, mais le remède proposé n'est autre que la philanthropie paternaliste, et le tout est vivifié et cimenté par le réalisme et l'humour.

Oliver Twist, de David Lean

Photographie : Oliver Twist, de David Lean

Le réalisateur David Lean (1908-1991) et l'acteur Alec Guinness, qui interprète le rôle de Fagin, chef des voleurs, dans Oliver Twist, film réalisé par Lean en 1948, d'après le roman de Dickens. 

Crédits : Bert Hardy/ Picture Post/ Getty Images

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Le Magasin d'antiquités (The Old Curiosity Shop) et Barnaby Rudge parurent en 1840 et 1841 dans un hebdomadaire lancé, dirigé et pour finir rédigé intégralement par Dickens. Le premier atteint, avec l'épisode célèbre de la mort de la petite Nell, le sommet de la sensibilité et du pathos dickensiens, tant prisés par les contemporains ; aujourd'hui on goûte davantage le comique de plusieurs personnages excentriques et l'atmosphère étrange de ce roman de « la route ». Quant à Barnaby Rudge, première incursion de Dickens dans le domaine du roman historique, consacrée aux émeutes anticatholiques de 1780, en même temps qu'à une sombre intrigue criminelle et à une pâle histoire d'amour, ce n'est pas, malgré la force d'évocation des violences populaires, un livre pleinement réussi.

Enfin, au retour d'un voyage en Amérique (1842), Dickens publia Martin Chuzzlewit (The Life and Adventures of Martin Chuzzlewit, 1843-1844), qui combine la forme caractéristique des premiers romans de l'auteur (biographie d'un jeune homme, prodigalité dans la création des comparses, juxtaposition de l'humour, du drame et du pathétique) avec l'ambition nouvelle de traiter explicitement des thèmes moraux (dénonciation de l'égoïsme et de l'hypocrisie).

Ce voyage outre-Atlantique, bientôt suivi de longs séjours en Italie, en Suisse et en France, marque bien la fin de la première période de la carrière de Dickens, celle de l'inspiration abondante et facile, mais aussi de la concentration farouchement assidue et de la production ininterrompue de romans. Désormais Dickens s'adonnera à d'autres activités : journalisme politique, théâtre d'amateurs, philanthropie, et n [...]

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Charles Dickens

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Oliver Twist, de David Lean

Oliver Twist, de David Lean
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Écrit par :

  • : professeur émérite de l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Sylvère MONOD, « DICKENS CHARLES - (1812-1870) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/charles-dickens/