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CREMONINI CESARE (1550 env.-1631)

L'un des représentants les plus autorisés de cette école de Padoue qui, durant des siècles, a vu converger les efforts des penseurs italiens pour échafauder une philosophie originale, résolument orientée vers l'expérience, en opposition au courant scolastique relevant de Thomas d'Aquin, Cremonini, dont l'éclectisme s'abreuve à Averroès et à Aristote, a tenté une synthèse fidèle et ferme de la pensée padouane à un point culminant de sa trajectoire. Rationaliste, il professe que la philosophie ne peut commencer par la théologie, qui n'est pas du ressort de la raison. On l'a accusé d'athéisme et, pour avoir dans ses discours pris parti pour les maîtres laïques, il eut maille à partir avec les Jésuites, qui avaient réussi à s'implanter à Venise. Ceux-ci le desservirent à Rome auprès de l'Inquisition. Heureusement pour lui, l'État vénitien protégeait à Padoue les libertés de la philosophie et, avec une douce obstination, il put continuer à refuser de se rétracter sur les trois erreurs capitales qui lui étaient reprochées, s'abritant derrière l'autorité d'Aristote. En réalité, esprit pacifique, nuancé, conciliant, répugnant au dogmatisme et au fanatisme, il suit, comme nombre de ses contemporains, la règle de morale pratique de Descartes : obéir aux coutumes de son pays ; autrement dit, il distingue nettement entre certitude éthique et certitude logique.

Ni initiateur de génie, ni grand novateur, ce témoin précieux des controverses de son époque connut de son vivant une célébrité retentissante. Princes et rois de l'Europe correspondent avec lui, le consultent sur les affaires publiques et privées. Venise lui octroie un salaire double de celui de Galilée. Si son œuvre écrite tomba rapidement en désuétude, ses leçons (il enseignait à Padoue), surtout par le canal de disciples aussi fervents qu'innombrables, rayonnèrent bien au-delà des frontières de l'Italie.

— Angélique LEVI

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Écrit par

  • : ingénieur de recherche en littérature générale et comparée à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle, traductrice

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • LIBERTINS

    • Écrit par Robert ABIRACHED, Antoine ADAM
    • 5 715 mots
    ...Padoue, attire de nombreux Français. On citera seulement le jeune Gabriel Naudé (1600-1653), qui, pendant trois mois, reçut les confidences de l'illustre Cesare Cremonini (1550 env.-1631). Il apprit, dans des entretiens privés, ce que cachait l'aristotélisme que Cremonini enseignait dans ses cours. On connaissait...

Voir aussi