CAVALIER ALAIN FRAISSÉ dit ALAIN (1931- )

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Né le 14 septembre 1931 à Vendôme (Loir-et-Cher), diplômé de l'IDHEC, assistant-réalisateur, le cinéaste Alain Cavalier réalise d'abord un court métrage, Un Américain (1958). Malgré une coïncidence de génération, il n'a en commun avec les jeunes gens de la Nouvelle Vague qu'une forte envie de faire du cinéma. Il le montre dès ses premiers longs métrages, Le Combat dans l'île (1962) et L'Insoumis (1964). Réalisés dans un style parfaitement classique, mais avec une vigueur et un rythme « à l'américaine », ces deux films se déroulent sur un fond nettement politique. Le héros du Combat dans l'île, Clément (Jean-Louis Trintignant), est un être immature qui cherche dans un engagement de type fasciste un exutoire à son incapacité à affronter la vie et la sexualité. Celui de L'Insoumis, Thomas (Alain Delon), fuit une vie médiocre et un mariage décevant dans la Légion lors des derniers combats d'Algérie. Il se trouve lié à l'OAS au cours de l'enlèvement d'une avocate (Léa Massari) qui le fascine et qu'il fascine au point de fuir avec elle. L'échec public de ces deux films, tranchant à la fois sur la production courante et sur les essais moins « engagés » de la Nouvelle Vague, amène Cavalier à choisir une voie moyenne, qui se révèle peu satisfaisante, avec Mise à sac (1967), policier à arrière-plan politique, et La Chamade, d'après Françoise Sagan (1968). Après sept ans de silence, c'est Le Plein de super (1975), écrit et réalisé avec quatre amis acteurs (P. Bouchitey, E. Chicot, X. Saint-Macary, B. Crommbey), dont le scénario reproduit la genèse : une bande de copains « déconnectés » (conjugalement, professionnellement) se découvre mutuellement au cours d'un voyage en voiture. Martin et Léa (1979) reprend le principe d'une intrigue sentimentale aux prolongements historico-politiques : fils d'un ancien d'Indochine et manutentionnaire passionné de chant, Martin (X. Saint-Macary) tombe amoureux de Léa, femme entretenue et quasi maquerelle, fille de Vietnamien.

Après un film expérimental, autobiographique et thérapeutique sur l'enfermement schizophrénique et la tentation du suicide (Ce répondeur ne prend pas de message, 1979), c'est la consécration du prix Delluc pour Un étrange voyage (1981) : un homme (Jean Rochefort) à la recherche de sa mère, tombée du train entre Paris et Troyes, renoue des liens distendus avec sa fille (interprétée par la propre fille du réalisateur, Camille de Casabianca). Avec Thérèse (1986), prix du jury à Cannes, Cavalier poursuit une recherche de stylisation, commencée avec Martin et Léa, en donnant à la vie de Thérèse de Lisieux une vision peu conforme à l'imagerie populaire. Stylisation, ici, ne signifie ni gratuité ni esthétisme, mais ascèse, quête d'une vérité qui se dérobe : ainsi encore avec les visages scrutés de Libera me (1993), plus réels d'apparaître dans un total silence. Alain Cavalier fait ici percevoir la résistance à l’oppression, le terrorisme, la torture, la souffrance par l’image souvent fixe, le montage, le rapprochement de visages, d’objets, de paysages, dans une écriture qui fait parfois songer à celle de Robert Bresson sans jamais s’y réduire.

Apparemment disparate, l'œuvre d'Alain Cavalier révèle pourtant une étrange continuité, enracinée dans la biographie de son auteur comme dans son époque. Ses héros, essentiellement masculins jusqu'à Thérèse, enfermés en eux-mêmes, sont confrontés à leur contraire – l'intellectuel à une situation concrète, l'instinctif à la réflexion – dans un itinéraire initiatique (sous la forme le plus souvent géographique), en quête d'absolu (moral, affectif, politique, religieux) et de communication, guidés par l'amour, confrontés à la mort. Comme eux, Cavalier tient compte des réalités (l'argent), fasciné par une forme stylisée, conscient de ce que le plus grand bien peut naître du plus grand mal, la lumière de l'ombre. Les morts qui ponctuent la plupart de ses films s'accompagnent toujours d'un signe de vie, comme, à l'inverse, la fécondité de Léa (Martin et Léa) se fonde sur la mort de la prostituée Viviane. L'ascétisme de la forme et du propos, dans Thérèse, n'est là que pour mettre en relief la sensualité des visages et le goût de la vie.

Seul, sans équipe, Alain Cavalier tourne en 1996, avec une minicaméra vidéo numérique, un film qui reste longtemps sans titre et deviendra La Rencontre : un cinéaste – lui-même – filme une femme qu'il a rencontrée et qu'il a [...]

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Écrit par :

  • : critique et historien de cinéma, chargé de cours à l'université de Paris-VIII, directeur de collection aux Cahiers du cinéma

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  • Écrit par 
  • René PRÉDAL
  •  • 998 mots

Dans le chapitre « Un acteur de caractère à l’image contrastée »  : […] Pour beaucoup, Vincent Lindon incarnerait une sorte de Monsieur-tout-le-monde semblable à celui que rencontre une femme seule un Vendredi soir (Claire Denis, 2002). Mais il a aussi interprété un docteur Charcot particulièrement sobre ( Augustine , Alice Winocour, 2012). Et, dans Pater ( Alain Cavalier, 2011), il joue le rôle d’un Premier ministre en rivalité avec le président de la République in […] Lire la suite

Pour citer l’article

Joël MAGNY, « CAVALIER ALAIN FRAISSÉ dit ALAIN (1931- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cavalier-alain-fraisse-dit-alain/