CANADAEspace et société

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CapitaleOttawa
Langues officiellesanglais, français
Unité monétairedollar canadien (CAD)
Population38 148 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)9 984 670

La cohabitation des cultures

Diverses populations habitent le Canada. Chacune a pris racine sur le territoire à des moments différents de son histoire, marquant plus particulièrement certains lieux et espaces de sa présence. Les Autochtones l’habitaient bien avant l’arrivée des premiers Européens, Français, puis Anglais, peuples dits « fondateurs » du Canada. S’ajoute, depuis le début du xxe siècle, une diversité de groupes, venus du monde entier et contribuant à la formation d’un Canada multiculturel. La géographie du Canada ne saurait se comprendre sans ces dynamiques particulières découlant de l’insertion territoriale des quatre grandes « cultures » qui ont façonné le pays.

Les territoires autochtones

Lors des premiers contacts soutenus avec les Européens, les Autochtones formaient déjà des sociétés complexes, bien implantées un peu partout sur le territoire canadien. L'hypothèse la plus probable est qu’ils sont entrés sur le continent nord-américain depuis la Sibérie orientale et l’Alaska, il y a environ 15 000 ans. Parce qu’ils ont été inclus tardivement dans les comptes officiels de la population, il est difficile d’en estimer le nombre au moment où la France et l’Angleterre jettent les bases d’un peuplement permanent dans l’est du pays, quoiqu’on s’entende généralement sur une fourchette allant de 350 000 à 500 000 personnes. En 1867, après deux siècles et demi de colonisation européenne, il ne resterait plus qu’entre 100 000 et 125 000 membres des Premières Nations au Canada, ainsi que 10 000 Métis au Manitoba et 2 000 Inuits dans l’Arctique. La population autochtone a continué de décliner par la suite, un fléchissement causé entre autres par la maladie, la famine et les autres menaces qu’a fait peser sur eux une cohabitation souvent difficile. Aujourd’hui, la population autochtone augmente beaucoup plus rapidement que le reste de la population canadienne, en grande partie en raison d’une forte natalité. Une fierté renouvelée envers l’appartenance autochtone, favorisée par la reconnaissance de plus en plus grande de leurs droits au territoire, fait aussi que de plus en plus de Canadiens s’identifient comme Autochtones.

Lors du recensement de 2016, plus de 1,6 million de Canadiens se déclaraient autochtones, soit environ 5 p. 100 de la population du pays. Tous n’en ont pas le statut officiel toutefois, réservé aux membres des Premières Nations définis comme Indiens par une loi qui remonte à 1876 et qui leur confère droits et privilèges. Environ 60 p. 100 des Autochtones du Canada sont membres des Premières Nations, dont la moitié vit aujourd’hui dans les provinces de l’Ouest, le quart en Ontario, le reste se répartissant dans les autres provinces et territoires. Formant moins de 5 p. 100 de la population autochtone du Canada, les Inuits habitent dans une cinquantaine de communautés disséminées le long de la côte de l’Arctique, la moitié d’entre eux au Nunavut, territoire qui leur a été cédé en 1993. Le reste de la population autochtone du pays, soit environ 35 p. 100, est formé de Métis, nés de l’union d’Européens avec des membres des Premières Nations, qui vivent principalement dans les provinces des Prairies et en Ontario.

On compte plus de six cents Premières Nations au Canada et plus de soixante-dix langues autochtones. Il est commun de les regrouper selon les territoires qu’ils occupaient au moment de l’arrivée des premiers Européens : peuples autochtones des forêts de l’Est, des plaines, du plateau, de la côte nord-ouest, de la région subarctique et de l’Arctique (le terme « peuples de l’Arctique » renvoie généralement aux Inuits). Vivant de la chasse, de la trappe, de la pêche et de la cueillette, ces différentes populations étaient pour la plupart nomades, se déplaçant sur le territoire au gré des saisons et des années en fonction de la disponibilité des ressources, qui dictait aussi bien la taille du groupe que son fonctionnement. Dans l’Est, seuls les Iroquois – les Haudenosaunee, ou « peuples des maisons longues » – habitaient, grâce à l’horticulture, des communautés permanentes régies par des systèmes de gouvernement fondés sur des principes démocratiques. Dans l’Ouest, l’abondance du saumon a aussi favorisé l’émergence d’établissements permanents. L’accumulation de richesse, rendue possible par la propriété immobilière et un système de rangs et de classes plus ou moins rigide selon les communautés, fait aussi l’originalité des Autochtones de cette région du Canada.

Les Inuits, chasseurs-cueilleurs nomades, vivaient traditionnellement en larges groupes régionaux, qui se séparaient en bandes d’environ cent personnes durant l’hiver et en cellules de moins de douze personnes pour la chasse en été. Bien que sédentaires depuis les années 1960, plusieurs groupes d’Inuits vivent toujours de la chasse et de la pêche, les aliments traditionnels locaux, plus accessibles que les importations du Sud, composant toujours une part importante de leur nourriture.

La présence de cadres politiques et sociaux européens a entraîné des transformations profondes du mode de vie des membres des Premières Nations et des Inuits. La traite des fourrures, sur laquelle s’est fondé le rapport qu’ils ont développé avec les allochtones, a créé une grande dépendance à des articles venus d’ailleurs. De nouvelles territorialités se sont ainsi instaurées. Les comptoirs de traite établis aux embouchures ou au confluent des principales rivières ont agi comme autant de pôles d’attraction pour les populations autochtones qui ont modifié peu à peu leurs activités de chasse de subsistance. Femmes et enfants y restaient pour des périodes de plus en plus longues. Par la suite, chapelles et missions ont fait naître des agglomérations permanentes. Peu intégrés au marché de l’emploi et mal formés, les Autochtones deviennent de plus en plus dépendants du soutien financier gouvernemental.

La création de réserves à l’usage exclusif des Premières Nations est un autre facteur géographique de transformation de leur mode de vie. Les Autochtones les ont obtenues en échange de la cession de leurs droits et titres sur leurs terres ancestrales. Les premières réserves auraient été établies par décret sur des terres seigneuriales durant le régime français. Mais la plupart d’entre elles ont été obtenues ultérieurement en vertu de traités. Les onze traités conclus entre le gouvernement canadien et les Premières Nations entre 1871 et 1921 sont les plus connus (les traités numérotés). Ils couvrent toute la zone située entre le Lac des Bois, à la frontière de l’Ontario et du Manitoba, les Rocheuses et la mer de Beaufort, dont ils ont favorisé la colonisation et l’exploitation des ressources, en confinant les Autochtones dans des espaces restreints, parfois éloignés de leurs territoires traditionnels de chasse et de pêche. La Convention de la Baie-James et du Nord québécois et celle du Nord-Est québécois, signées en 1975 et 1978, ainsi que les autres traités dits « modernes », garan [...]

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  • : professeure émérite, département de géographie, université d'Ottawa, Ontario (Canada)

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Pour citer l’article

Anne GILBERT, « CANADA - Espace et société », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/canada-espace-et-societe/